C’est un rapport choc consacré à la prévention nutritionnelle qu’ont remis les Pr. Serge Hercberg et Arnaud Basdevant à la ministre de la Santé, Marisol Touraine.

Parce que la nutrition constitue un facteur majeur de la santé et notamment dans la prévention des pathologies chroniques, les deux auteurs mettent l’accent sur la réduction des inégalités sociales, notamment en terme d’accès à l’offre alimentaire et d’activité physique.

Dans la première partie de ce document en deux volets intitulé « Propositions pour un nouvel élan de la politique nutritionnelle française de santé publique dans le cadre de la stratégie nationale de santé », le Pr. Serge Hercberg propose quinze recommandations visant à inciter les Français à manger mieux.

Un code couleur sur les emballages

Parmi les mesures phares, on note la mise en place d’un logo unique et d’un code couleurs sur les emballages des produits alimentaires et dans les rayons fruits et légumes, une méthode déjà utilisée au Royaume-Uni sur la base du volontariat des industriels.

Il s’agit de représenter le profil nutritionnel de chaque aliment, en prenant en compte l’apport calorique, la teneur en sel, en graisses saturées et en sucres simples de chaque produit. Cela permettrait de répérer d’un seul coup d’oeil, les produits bons pour la santé (comme les fruits et légumes, le pain complet, avec un logo vert), des produits plus mauvais comme les produits gras et sucrés (biscuits apéritifs, gâteaux, sauces, etc) flanqués d’une pastille rouge. Cet affichage devrait être également obligatoire sur tout plat servi dans les chaînes de restaurations collectives type fast-food ainsi que dans les publicités faisant référence à l’aliment ou au plat.

Le spécialiste de la nutrition à l’Inserm, directeur du Programme national nutrition santé (PNNS), propose dans un même temps d’aposer une taxe proportionnelle au score nutritionnel de chaque aliment. Par exemple le muesli nature, les fruits et légumes ou le pain complet bénéficieraient d’une réduction de TVA. En revanche, les chips les plus grasses et les plus salées, les pâtes à tartiner auraient une taxe plus élevée. L’idée n’est pas nouvelle : en 2012, le projet de taxer les produits riches en acides gras saturés (la taxe « Nutella ») avait été largement débattu mais elle avait été abandonnée sous le poids des lobbies.

Des coupons fruits et légumes et des tickets sport pour les plus défavorisés

Pour le Pr. Hercberg, l’objectif est triple : en plus d’introduite une « composante économique orientant le choix des consommateurs vers des aliments de meilleure qualité », il s’agirait « d’inciter les industriels à (…) réduire le gras, le sucre et le sel, augmenter la proportion de fibres » tout en disposant de fonds pour financer d’autres mesures, indique le rapport.

Autres propositions : la distribution de « coupons fruits et légumes » afin d’aider les personnes les plus défavorisées à consommer des produits frais, la création de « tickets sport », là encore pour faciliter la pratique d’une activité physique et sportive pour tous, ou encore l’interdiction de publicité à la télévision dans la journée (de 7heures à 22 heures) et de toute publicité pour les compléments alimentaires y compris sur le net.

Le rapport préconise également l’interdiction de certaines promotions en volume par exemple de boissons sucrées ainsi que l’interdiction totale de publicité (TV, radio, presse écrite, internet) pour des produits de régime amaigrissants. Il envisage également une meilleure réglementation de la teneur en sel et en fibres du pain. Selon le rapport, la baisse de la consommation de sel (en passant de 10 à 5 g par jour) réduirait le taux global des accidents vasculaires cérébraux de 23% et celui des maladies cardiovasculaires de 17%.

Le Pr Hercberg, conscient des « obstacles » que vont rencontrer ses propositions, assure qu’elles sont « faisables », tout en soulignant que les mesures incitatives et les chartes d’engagement des industriels de l’agro-alimentaire ont montré leur limites.