Combattre le saturnisme infantile

«Mon fils a quinze ans. Il ne parle pas, il est incapable de rester assis quelques secondes, il n’a jamais pu aller à l’école. Le plomb, il vous massacre le cerveau » : le sobre témoignage de M. Sané a été l’un des temps forts de la conférence-débat organisée au siège parisien de la Mutuelle Familiale avec l’Association des familles de victimes du saturnisme (Afvs).

En 2000, il habitait un immeuble de la Ville de Paris, au 5 rue du Rhin, gorgé de plomb. Il avait refait son appartement, « avec de la moquette sur les murs », mais des travaux dans la cage d’escalier pour ôter le plomb ont dégagé des poussières. Les ouvriers travaillaient en scaphandre mais les locataires avaient été laissés sur place ! Ce qui a provoqué une sur-intoxication des enfants, dont l’organisme est très sensible au plomb.
M. Sané est revenu sur la bataille menée avec l’association pour le relogement des familles et pour la reconnaissance par la justice du préjudice subi. Il a participé au film réalisé à l’initiative de l’Afvs, Du plomb dans la tête, qui a été projeté lors de la conférence, car, si pour son fils « le mal est fait », il appelle à la vigilance les familles vivant dans un habitat dégradé où l’humidité fait réapparaître les anciennes peintures au plomb.
« On fabrique tous les jours des petits handicapés, en n’éradiquant pas le saturnisme. Les dispositifs réglementaires ne sont pas appliqués. Il n’y a pas la volonté politique de régler ce problème », a affirmé Patrick Mony, président de l’association. Pour sa part, Me François Lafforgue, avocat, a développé le volet réparation, évoquant des difficultés avec les experts sur les taux d’incapacité qui détermineront le préjudice.
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Reloger les familles

En 1999, l’Inserm estimait à 85 000 le nombre d’enfants touchés, mais le dépistage dans les centres de Protection maternelle et infantile (Pmi) étant très inégal, selon les localités, il est difficile de le savoir avec exactitude. D’autant que les symptômes sont tardifs et que les signes, quand ils existent, ne sont pas spécifiques : mal de ventre, mal de tête, fatigue, troubles de l’humeur, difficultés scolaires… « Il faudrait sensibiliser les médecins libéraux qui exercent dans des quartiers à habitat dégradé, ainsi que les enseignants », a estimé le Dr Françoise Fleury.

Seul traitement, selon elle, le relogement de la famille. La chelation, procédé qui favorise l’évacuation du plomb par les urines, ne sert à rien, si l’enfant reste dans le même environnement. Interrogée sur la prévention, elle a estimé que les conseils – nettoyage à la serpillière plutôt qu’au balai, lavage fréquent des mains des enfants, prescription du fer contre l’anémie provoquée par le plomb – restaient dérisoires au regard des conséquences dramatiques d’une intoxication.

Elle s’est en outre inquiétée de l’absence de suivi des enfants intoxiqués, en cas de changement de médecin. « Rien n’est prévu pour les adolescents, ni pour les femmes enceintes », dit-elle. Stocké dans les os, le plomb est présent longtemps après l’intoxication et traverse le placenta pendant la grossesse. Le saturnisme concerne aussi la prochaine génération.