Ces couples qui décident de ne pas avoir d'enfants

Les personnes sans enfants et déclarant ne pas en vouloir sont relativement rares en France. Qui sont-elles ? Quelles raisons donnent-elles à leur choix ? Le fait de vivre ou non en couple a-t-il une influence ? Des chercheurs de l’Ined présentent les résultats de leur analyse sur ce choix de vie. 

5 % des femmes et des hommes ne veulent pas d’enfant

D’après les données quantitatives 6,3 % des hommes et 4,3 % des femmes déclarent ne pas avoir d’enfant et ne pas en vouloir. Il est sans doute moins stigmatisant pour les hommes d’assumer ce choix que pour les femmes, étant donné les rôles encore assignés à chacun des sexes. Ces constats rejoignent les résultats issus de l’Eurobaromètre réalisé en 2006 où 95 % des Français déclaraient souhaiter avoir au moins un enfant

Un fort désir d’enfant à tous les âges

Aux âges jeunes, le désir de fonder une famille est déjà très fort : on ne se projette que très rarement sans enfant. La pression sociale pour avoir des enfants est forte à tous les âges, et d’autant plus à ceux de « pleine fécondité », c’est-à-dire entre 25 et 35 ans, âges auxquels l’infécondité volontaire est particulièrement faible.

Cette injonction s’accompagne de représentations de la « bonne » parentalité : avoir un partenaire et être en couple stable, planifier des naissances au « bon » âge et au « bon » moment, dans le cadre d’un projet conjugal, ensemble de normes sociales qui se traduisent par un désir de « faire famille » largement partagé par la population en France.

Être en couple diminue l’infécondité volontaire déclarée

Les niveaux déclarés d’infécondité volontaire sont très faibles parmi les personnes en couple : 3 % pour les femmes et 5 % pour les hommes (contre 10 % et 17 % pour les personnes non en couple). Ces chiffres sont stables depuis 1995 et rappellent que l’arrivée d’un premier enfant fait toujours partie du parcours conjugal attendu (par les couples eux-mêmes et par leur entourage), l’absence d’enfant pouvant renvoyer à un dysfonctionnement (médical ou affectif ) au sein du couple stable. Majoritaires au moment de la mise en couple, les couples sans enfant basculent peu à peu dans une position minoritaire lorsque dans leur entourage les naissances sont de plus en plus fréquentes. Une certaine pression, diffuse, s’exerce de manière progressive sur les couples ne s’engageant pas dans un projet parental, alors même qu’ils réuniraient les « bonnes » conditions pour avoir un enfant.

La part plus importante de personnes non en couple déclarant ne pas vouloir d’enfant traduit des configurations multiples. Elle peut s’expliquer par l’absence de conjoint ou par le fait qu’elles ne se projettent pas en tant que parent, la stabilité conjugale – qui suppose a minima d’avoir un partenaire – étant considérée comme un préalable pour avoir un enfant dans de « bonnes » conditions. Alternativement, être sans partenaire et ne pas souhaiter d’enfant peut exprimer le souhait de ne pas répondre au schéma classique de la conjugalité et de la famille.

Concilier vie professionnelle et vie privée : un challenge… Pour les femmes

Pour les femmes et les hommes en couple, la fréquence de l’infécondité volontaire déclarée varie peu selon le diplôme. Après 35 ans, le souhait de ne pas être parent est très minoritaire pour les femmes comme pour les hommes en couple, indépendamment de leur milieu social : presque tous souhaitent devenir parent (ou le sont déjà).

Par contre, parmi les femmes n’étant pas en couple, ce sont les plus diplômées qui déclarent le plus souvent vouloir rester sans enfant. Au-delà d’une moindre propension à la conjugalité, elles sont plus que les autres inscrites dans des parcours de vie sortant des schémas traditionnels de socialisation assignés aux femmes dès le plus jeune âge. Les femmes diplômées, sans enfant, sont plus enclines à construire une vie professionnelle sans avoir à gérer la complexité de l’articulation avec une vie familiale. On observe un effet inverse du diplôme pour les hommes non en couple : l’infécondité volontaire déclarée est forte pour tous les niveaux de diplôme, mais toutefois moins pour les très diplômés.

Les souhaits d’infécondité volontaire sont plus fréquents chez les personnes qui, de par leur position sociale, sont les plus éloignées de l’idéal du « bon parent » véhiculée par la société actuelle : une femme modérément diplômée avec de moindres responsabilités professionnelles perçue comme plus disponible pour sa famille, et un homme plus diplômé perçu comme un « bon » pourvoyeur de ressources.

Ces résultats sur les souhaits rejoignent les observations concernant l’infécondité définitive. En effet, cette dernière est plus élevée pour les femmes diplômées, alors que pour les hommes, elle est plus fréquente en bas de la hiérarchie sociale.

« Être bien » sans enfant

Plusieurs raisons motivent leur souhait de rester sans enfant mais les raisons « libertaires » regroupent le fait d’être bien sans enfant, de vouloir rester libre, d’avoir d’autres priorités sont très souvent mises en avant dans le projet de rester sans enfant. Huit fois sur dix, femmes (79 %) et hommes (83 %) déclarent « être bien sans enfant ». Pour les femmes, la tension persiste dans l’articulation entre les sphères personnelle, professionnelle et familiale, les obligeant souvent à prioriser une sphère sur une autre. Pour les hommes, la stabilité professionnelle prend toujours une place importante avant d’avoir des enfants. Enfin, hommes et femmes attendent le « bon » moment pour avoir un premier enfant, notamment après avoir profité d’une période « libre » d’enfants.

Le fait de se considérer comme trop âgé est un argument très souvent mis en avant après 40 ans, notamment pour les femmes qui sont, plus que les hommes, confrontées à la pression « biologique ».

Les raisons financières ou les problèmes de santé sont très peu mis en avant, y compris par les plus jeunes, qui sont potentiellement dans des positions encore précaires vis-à-vis des revenus et de l’autonomie financière.

La moitié des femmes et des hommes volontairement sans enfant (tous âges confondus) sont en couple (60 % au-delà de 30 ans). Pour deux tiers des femmes et des hommes non en couple, la situation conjugale est présentée comme l’une des raisons de ne pas vouloir d’enfant.

Parmi les personnes en couple, le conjoint est déjà parent dans un tiers des cas, et c’est la raison évoquée par trois quarts des hommes et femmes en couple avec un conjoint déjà parent. Être beau-parent permet, en quelque sorte, une parentalité moins engageante, avec un investissement minimal et modulable dans l’éducation des beaux-enfants.