Difficile lorsque l’on vieillit et que l’on doit peu à peu renoncer aux choses de continuer malgré tout à s’émerveiller… Un ouvrage collectif, piloté par Catherine Bergeret-Amselek (1), propose des pistes pour vieillir en accord avec soi-même.

Comment est née l’idée de ce livre ?
C’est un ouvrage collectif, conçu à la suite du deuxième colloque que j’ai organisé à Paris, en octobre 2012, qui s’intitulait « La cause des aînés »[fn]Renseignements sur les deux colloques : www.cause-des-aines.fr[/fn]. Il rassemblait des intervenants militants de la « bientraitance » et soucieux d’une approche globale de la personne. Dans cet ouvrage, nous voulons faire passer l’idée que le vieillissement, auquel nous som­mes tous inexorablement confrontés, peut nous permettre une évolution intérieure. Nous souhaitons que la société cesse de regarder la personne âgée en la cantonnant dans le camp des « vieux » mais la regarde dans sa trajectoire de vie.

Seniors, « vieillir jeune » sont des termes qui vous hérissent. Pourquoi ?
Nous allons vivre de plus en plus longtemps, et c’est tant mieux. Cette longévité est un événement inédit dans l’histoire de l’humanité. Il faut donc faire tomber les tabous qui entourent la vieillesse. Briser le racisme anti-âge. Vieillir en pleine forme n’est pas vieillir jeune, cela implique des renoncements et des transformations au cours des années qui permettent justement de parvenir à une ouverture spirituelle. C’est là tout l’intérêt de prendre de l’âge. Quant au terme « senior », il est utilisé pour masquer une réalité. Il ne faut pas être dans le déni de la vieillesse et de la mort. Il s’agit au contraire de faire avec le temps qui passe afin qu’il accomplisse son œuvre de maturation. L’enjeu du « bien vieillir » est sans doute d’aider chacun d’entre nous à accepter que ce qui a été n’est plus, afin de s’ouvrir à de nouvelles « premières fois ».

Pourtant vieillir, c’est renoncer, se fragiliser… Comment faire face ?
Nous ne sommes pas tous vieux au même âge, et dans cet ouvrage nous ­disons qu’il faut aller vers « l’accord-d’âge » pour être bien avec son âge. ­Assumer et accepter de vieillir ouvre des voies pour que la sénescence puisse s’écrire « c’est naissance ». Nous consacrons tout un chapitre aux syndromes démentiels et militons pour des prises en charge pluridisciplinaires afin d’aider les personnes souffrant de troubles cognitifs et leurs familles. La simple présence d’un psychothérapeute permet de stimuler la pulsion de vie et rétablit le sentiment d’exister. Ne pas perdre de vue les soignants et les ­familles, avec des approches novatrices, comme la ­socio-esthétique. Lorsqu’une esthéticienne prodigue un soin à une personne hospitalisée ou en maison de retraite, cela permet à celle-ci de se sentir exister, sa mémoire sensorielle est sollicitée, elle ressent les limites et les contours de son corps. Les résultats sur les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer sont spectaculaires.

Un message à nos lecteurs ?
L’avancée en âge est insolite. Ce changement du rapport au corps et au temps qu’est la vieillesse fait que l’on va vers l’essentiel, peut-être vers une ouverture spirituelle. Il est urgent de « s’équiper » psychologiquement, éthiquement, économiquement, pour que notre société se prépare à être une société de tous les âges. Et puis s’ouvrir à l’inconnu et à l’imprévisible, être dans l’étonnement, c’est cela, « l’avancée en âge ».

(1) L’Avancée en âge, un art de vivre,
éd. Eres, 18 euros. Catherine Bergeret-Amselek est psychanalyste et anime des séminaires
sur les différents âges de la vie.