Ça bouge dans l’univers de la cancérologie et c’est tant mieux ! Le mois d’octobre est l’occasion de parler du dépistage du cancer du sein et de mettre en lumière les avancées en matière de prise en charge. Interview du Dr Suzette Delaloge, chef du comité de pathologie mammaire à l’Institut Gustave-Roussy.

On assiste à de grandes avancées dans le dépistage et le traitement des cancers et particulièrement dans le cancer du sein. Le but des recherches ? Soigner toujours mieux, guérir encore plus, avec moins de séquelles.

Sur quoi travaillez-vous dans votre unité pilote ?

En cancérologie, nous nous dirigeons de plus en plus vers une médecine personnalisée. C’est-à-dire traiter la personne en fonction de sa tumeur et lui proposer des traitements ciblés. Dans notre unité pilote «  de prévention personnalisée » qui sera lancée début 2016, notre but, dans les dix prochaines années, est de repérer le profil des personnes à risque très tôt et leur faire des propositions en terme de prévention. Nous souhaitons apporter aux femmes qui se posent des questions sur leur risque de cancer du sein des éléments de réponse et les recommandations personnalisées de prise en charge.

Nous abordons aussi le sujet d’un point de vue psychologique. A savoir : cette information sur des risques de cancer est-elle recevable pour la personne ? Dans quelle mesure ? Finalement, cette information n’est-elle pas contre-productive ? Sur ce volet, nous travaillons avec une équipe de psychologues. Nous sommes soutenus dans notre démarche par l’Agence régionale de santé (Ars), la Cnam et les réseaux de santé.

Quel sera la prise en charge de demain ?

L’imagerie se développe considérablement et nous pourrons repérer des tumeurs à un stade très précoce. L’immunothérapie aussi est une révolution, car on a compris comment reverser les blocages immunitaires, c’est-à-dire faire en sorte que l’immunité naturelle se réveille, se débloque.

Autre piste très prometteuse : le traitement pré-opératoire, qui se fait avant l’opération pour les femmes qui ont un cancer du sein localisé. L’idée n’est pas de supprimer l’opération, mais d’éviter la chimiothérapie et/ou la radiothérapie, l’hormonothérapie post-opératoire, qui sont des traitements très lourds à supporter pour les patientes et très invalidants. Les comprimés de cette thérapie ciblée de courte durée (14 à 21 jours selon le traitement) sont à prendre à la maison et présentent peu d’effets secondaires. Ce traitement pourrait avoir un impact sur la prolifération de leur tumeur en attendant l’opération. Il permettrait aussi de mieux identifier les patientes à haut risque de rechute ou au contraire, celles qui sont susceptibles d’être guéries. C’est un programme ambitieux et innovant et nous sommes très bien placés en France.

118 femmes suivent ce programme.

Cette unité pilote concerne uniquement les femmes qui ont un cancer du sein ?

Non, nous travaillons sur plusieurs types de risque : des femmes à risque de cancer du sein non génétique mais aussi des personnes à risque de mélanome, celles qui sont à risque pour des cancers Hpv (papillomavirus) de la sphère Orl, qui sont plutôt jeunes et très mal repérées et suivies ainsi que des gros fumeurs ou anciens gros fumeurs et désireux d’arrêter de fumer. Nous proposons à chacun un traitement et un suivi personnalisés.

Tous ces programmes sont à mener en adéquation avec la médecine de ville.