Le cancer du côlon touche près de 40000 personnes chaque année. A l’occasion du mois de mobilisation contre le cancer colo-rectal, «Mars bleu», Viva fait le point sur le dépistage.
Le cancer du côlon et du rectum touche 40000 nouvelles personnes chaque année, c’est le troisième cancer le plus fréquent en France et celui qui tue le plus après le cancer du poumon. Dans 60 à 80% des cas, il se développe à partir d’un polype adénomateux (ou adénome), sorte d’excroissance qui apparaît à la surface de la paroi interne de la muqueuse du côlon ou du rectum. Mais tous les adénomes ne sont pas cancéreux : seuls 3 sur 1000 le deviennent. Cela dépend du type d’adénome, de sa taille (plus il est gros, plus le risque augmente), du nombre (plus il y en a, plus il y a un risque que l’un d’entre eux se transforme en cancer). Il faut en moyenne dix à quinze ans pour qu’un adénome bénin se transforme en tumeur maligne. D’où l’intérêt du dépistage, qui peut déceler la maladie à un stade très précoce, voire détecter des adénomes avant qu’ils n’évoluent vers un cancer. Lorsque le cancer est encore superficiel, le taux de survie à cinq ans après le diagnostic dépasse les 90%.

A quel âge faire le test ?

Le dépistage est proposé aux femmes et aux hommes âgés de 50 à 74 ans qui n’ont pas de symptômes apparents de la maladie, ni d’antécédents personnels ou familiaux d’adénome ou de cancer colo-rectal. C’est le médecin traitant qui leur remet le test, appelé Hemoccult, dont le but est de rechercher la présence éventuelle de sang dans les selles. Il se réalise chez soi : le patient doit prélever sur trois selles consécutives deux fragments de la taille d’un grain de riz et les déposer sur une plaquette fournie avec le test. L’ensemble est ensuite à -envoyer au centre de lecture dont l’adresse est inscrite sur l’enveloppe également fournie. L’examen, entièrement pris en charge par l’assurance–maladie, doit être renouvelé tous les deux ans. Entre-temps, il ne faut pas -hésiter à consulter en cas de présence de sang dans les selles, de troubles du -transit, de douleurs abdominales ou d’amaigrissement.

Qu’est-ce que la coloscopie ?

Lorsque le test se révèle positif, le médecin demande à ce que soit réalisée une coloscopie par un gastro-entérologue. Cet examen de référence permet de détecter des anomalies du côlon et du rectum, dont la présence de polypes bénins ou cancéreux, qui seront retirés lors de l’examen. Certains adénomes cancéreux, de par leur grosseur ou leur positionnement, nécessitent le recours à la chirurgie pour être enlevés. La coloscopie est réalisée sous anesthésie générale en ambulatoire, le patient rentre le soir à la maison.

Comment convaincre ?

Le dépistage organisé du cancer du côlon est généralisé depuis 2009, mais seulement 32% de la population ciblée s’y soumet.
« Ce cancer est parfois considéré, de par sa localisation, comme peu noble, dévalorisé, remarque le Pr Gérard Dubois, professeur de santé publique au Chu d’Amiens. Par ailleurs, le test nécessite une démarche active du patient, qui peut avoir quelques réticences à manipuler ses selles.» Autre point noir : le dialogue médecin-patient est un élément clé de l’adhésion au dépistage. Or, ce sujet n’est pas suffisamment abordé en consultation : selon une enquête Bva de 2009, 62% des patients âgés de 50 à 74 ans se souviennent avoir reçu la lettre d’invitation au dépistage, mais seulement 42% en ont parlé ensuite à leur médecin traitant. Une autre enquête Bva, menée en 2010 auprès des généralistes, révèle que, si les praticiens sont convaincus de l’importance de leur rôle dans le dépistage, seuls 34% vérifient systématiquement que leurs patients ont bien réalisé le test.

Y a-t-il d’autres tests ?

Les tests immunologiques devraient remplacer le test Hemoccult en janvier2014. «L’assurance-maladie prépare actuellement les appels d’offres d’achat des tests, de mise à disposition des automates permettant leur interprétation, et sélectionne déjà les laboratoires qui les réaliseront», explique le Dr Jérôme Viguier, cancérologue, directeur adjoint du pôle santé publique et soins à l’Institut national du cancer (Inca). Ce nouveau test repose toujours sur la détection de la présence de sang dans les selles, mais de façon plus sensible grâce à l’utilisation d’anticorps mono ou polyclonaux, spécifiques de l’hémoglobine humaine. Un seul prélèvement de selles pourrait suffire. S-elon les essais, ces tests permettraient de déceler deux fois plus de cancers, le plus souvent à un stade précoce, et trois à quatre fois plus d’adénomes avancés. Bémol : à cause de leur sensibilité, «on observera plus de résultats positifs, ce qui nécessitera au moins deux fois plus de coloscopies, et par conséquent plus de risques liés à cet examen», note le Pr Dubois. Leur coût sera également plus élevé. 

Les facteurs de risque
Outre les antécédents familiaux et l’âge, en 2009, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a ajouté le tabagisme à la liste des facteurs de risque des cancers colo-rectaux. Le surpoids et l’obésité, la consommation de boissons alcoolisées et l’excès de viandes rouges et de charcuterie augmentent également le risque. A contrario, une alimentation riche en fibres (céréales complètes, fruits, légumes, légumineuses) et une activité physique régulière le diminuent.