Cancer de la thyroïde, faut-il moins opérer? 

Certains cancers de la thyroïde sont surtraités, estiment des experts qui mettent en garde contre le dépistage et le traitement de cancers de la thyroïde de plus en plus petits et à faible risque de progression, dans un article paru le 27 août dans la revue British Medical Journal (BMJ).

Dans leur analyse, le Dr Juan Brito et ses collègues de la clinique Mayo (Etats-Unis) estiment qu’au delà de l’impact de l’accident nucléaire de Tchernobyl, la hausse des nouveaux cas s’explique surtout par le dépistage de nodules thyroïdiens cancéreux de plus en plus petits (jusqu’à 2 mm), grâce aux nouvelles techniques d’imagerie.

Il s’agit essentiellement de micro-cancers dit de type papillaire, le plus fréquent (il représente environ 80% des cancers de la thyroïde) dont le pronostic est particulièrement bon, avec une survie proche de 99% à 20 ans et qui pourraient, selon eux, faire l’objet d’une surveillance rapprochée et non de traitements agressifs d’emblée. Le traitement standard du cancer de la thyroïde est l’ablation chirurgicale de la thyroïde associée ou non à une cure d’iode radioactif.

Traitement ou simple surveillance?

Mais au delà de son coût, l’ablation de la thyroïde comporte des risques opératoires, tandis que le traitement à l’iode radioactif peut avoir des effets secondaires à court terme (inflammation des glandes salivaires), voire à long terme, avec un risque accru de leucémie « multiplié par cinq », selon les auteurs de l’analyse. Un traitement hormonal substitutif doit par ailleurs être instauré à vie après l’opération de la glande thyroïde. Les chercheurs proposent également de débaptiser ces micro-cancers afin de dédramatiser le diagnostic et permettre aux patients qui le souhaitent (notamment les plus âgés, ou ceux qui ont d’autres pathologies) d’opter pour une simple surveillance.

« L’étude dit publiquement ce que beaucoup de spécialistes pensent tout bas » commente le Pr Jean-Louis Peix, le chef du service de chirurgie endocrinienne au Centre hospitalier de Lyon-sud, à l’AFP. « Tout le problème est de définir la frontière » pour éviter de se retrouver « deux ans plus tard avec des métastases ganglionnaires », ajoute-t-il.

En France, malgré une multiplication par trois des nouveaux cas de cancers (8.211 en 2012 contre 2.531 en 1990, selon les chiffres de l’Institut national du cancer (Inca)), la mortalité associée à ce cancer est en baisse (375 décès l’an dernier contre 478 en 1999).