D’après une étude de l’Inserm menée sur 1840 patients à qui on a diagnostiqué un cancer de la prostate en 2001, 9,3% à 22,2% d’entre-eux atteints d’une tumeur de stade 1 (précoce) ont été sur-traités. Soit entre 7,7% et 24,4% des malades ayant subi une ablation de la prostate et entre 30,8% à 62,5% de ceux ayant eu une radiothérapie.

L’étude, réalisée par Cyrille Delpierre avec le réseau français des registres de cancer et publiée dans la revue Cancer Epidemiology, montre également que 2% des hommes atteints d’un cancer de stade 2 (avancé) ont ont été traités inutilement, soit 2% de ceux qu’on a opéré de la prostate et 4,9% de ceux sous radiothérapie.

La présence d’une ou deux autres maladies (comorbidité) augmenterait considérablement ces chiffres selon l’Inserm.

« Une des limites importantes de notre étude a été de travailler sur des patients diagnostiqués en 2001. La situation est actuellement différente. Mais des données plus récentes concernant l’année 2008 montrent une inversion des proportions des stades T1 et T2. Les stades T1 sont maintenant plus fréquents que les T2. La proportion des petits stades dans lesquels l’on observe un risque élevé de sur-traitement serait en augmentation » explique Cyrille Delpierre.

Des chiffres à ne pas prendre à la légère « puisque le sur-diagnostic ou le sur-traitement peuvent être associés à des effets indésirables comme l’impuissance ou l’incontinence », précise l’Inserm.

De quoi relancer le débat sur le dépistage systématique du cancer de la prostate par dosage du taux de PSA chez tous les hommes à partir de 50 ans. Soutenu par l’Association française des urologues (l’AFU), il fait polémique depuis une dizaine d’années en France.

En avril 2012, la Haute Autorité de santé (HAS) a tranché, indiquant dans un avis qu’ « il n’y avait pas de preuve que le dépistage du cancer de la prostate diminue la mortalité et donc qu’il y ait un bénéfice qui soit supérieur aux conséquences physiques et psychologiques importantes des dosages de PSA, des biopsies, ou encore des traitements par chirurgie, radiothérapie ou hormonothérapie ».

Tous les cancers n’ont pas la même agressivité

Certes, l’utilisation généralisée du test PSA a conduit à une plus grande précocité des diagnostics. « Cette évolution constitue en soi une avancée, les stades précoces étant moins graves donc plus facilement curables, note l’Inserm dans son communiqué. Mais tous les cancers de la prostate n’ont pas la même agressivité et comme beaucoup de tests de dépistage, le dosage du PSA détecte plus facilement les tumeurs qui évoluent le moins vite. Par conséquent, une part non négligeable des tumeurs diagnostiquées suites à un test PSA sont faiblement évolutives, ce qui expose des patients aux risques de sur-diagnostic ou de sur-traitement ».

Le problème est qu’en l’absence de marqueurs permettant de repérer les tumeurs agressives, on traite tous les hommes. « La question essentielle dans le débat autour de l’utilité du PSA, et de façon plus générale autour de tous les dépistages, n’est donc pas le test en lui-même mais plutôt le choix d’une prise en charge appropriée. Au vu du sur-traitement avéré du cancer de la prostate, cette prise en charge pourrait se limiter, notamment pour les patients ayant des comorbidités, à une surveillance permettant de proposer le traitement quand il deviendrait opportun », avance Cyrille Delpierre.

Selon la HAS, « au-delà de 80 ans, un homme sur quatre est atteint d’un cancer de la prostate sans le savoir ni ressentir de symptômes ».

 

A LIRE :

« Prostate, le grand sacrifice », (éd° Pascal)

Le Dr Christophe Desportes s’interroge sur le dépistage par PSA devenu quasi-systématique alors que, sans symptômes évocateurs (trouble de la miction, infections urinaires, grosse prostate…), il n’est pas recommandé par les autorités sanitaires et sur la souffrance des hommes devenus impuissants et/ou incontinents après un traitement parfois inutile.

 

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