La vésicule biliaire fait généralement peu parler d’elle, sauf lorsque des calculs s’y forment. Il est alors parfois nécessaire d’intervenir, si ceux-ci sont douloureux ou source d’infections.

Petits cailloux ou gros calculs

Des calculs peuvent se former lorsque le mélange biliaire est déséquilibré, et contient, par exemple, trop de cholestérol (ce qui n’a rien à voir avec un excès de cholestérol dans le sang) ou pas assez de sels biliaires, la bile se cristallise alors, et forme comme du sable, voire des cailloux plus ou moins gros – certains atteignent parfois la taille d’un œuf de pigeon. Ces calculs passent en général inaperçus tant qu’ils ne perturbent pas le bon fonctionnement de la vésicule, ni celui des ­organes avoisinants, comme le pancréas. C’est souvent lors d’une échographie de l’abdomen qu’on découvre leur existence, quand ils n’ont pas été éliminés par les voies naturelles.

Dans d’autres cas, à cause de leur taille ou de leur nombre, les calculs obstruent les conduits qui mènent la bile vers le foie et les intestins : celle-ci ne peut alors plus s’écouler et s’accumule dans la vésicule, qui finit par gonfler. Ces distensions soudaines de la vésicule provoquent des souffrances intenses, qui peuvent durer entre vingt minutes et une heure. C’est la fameuse colique biliaire ou hépatique. « La plupart du temps, la douleur se situe au creux de l’estomac et réveille le patient en deuxième partie de la nuit », fait remarquer le Pr Bertrand Millat, chef du service de médecine ­digestive au Chu de Montpellier.

La crise passe d’elle-même lorsque les calculs parviennent à se déloger des canaux, ce qui permet alors à la bile de s’écouler ­normalement par ces conduits. Mais si les crises ­douloureuses se répètent, l’ablation de la vésicule ­biliaire devient nécessaire.

L’opération, c’est pas systématique

En l’absence de symptômes, aucune prise en charge n’est nécessaire. Une intervention chirurgicale ne se justifie que lorsque le patient souffre de crises intenses répétées – c’est le cas le plus fréquent, il représente deux tiers des interventions chirurgicales pour ablation de la vésicule – ou lorsque la présence de calculs entraîne des complications telles que l’inflammation et l’infection de la vésicule (cholécystite aiguë), du pancréas (pancréatite aiguë) ou des canaux biliaires. Ces complications justifient une hospitalisation en urgence.

« Dans tous les autres cas, il n’y a aucune nécessité à retirer la vésicule », explique le Pr Bertrand Millat, qui met en garde contre les opérations abusives. Chaque année en France, 118 000 personnes se font retirer la vésicule. Ces dernières années, le nombre des interventions avait bondi de 10 %. Mais, aujourd’hui, on s’interroge plus sur la pertinence d’opérer ou pas. « Les médecins ont une part de responsabilité, mais pas seulement. Les patients doivent aussi comprendre qu’avoir des calculs ne justifie pas toujours une opération, d’autant plus lorsque ces derniers ne provoquent aucun symptôme. Dans la majorité des cas, il n’y a aucune complication, fait remarquer le Pr Millat. Car, même s’il s’agit d’un geste courant et banalisé, l’intervention chirurgicale présente quand même un risque de mortalité de 1 à 2 ‰. »

Les facteurs de risques

Les femmes, en particulier celles qui ont eu plusieurs grossesses, ont plus de risques que les hommes de développer des calculs biliaires. La faute aux hormones féminines, qui augmentent la concentration de cholestérol dans la bile, et accroissent donc le risque de formation de calculs. Même chose pour les contraceptifs oraux et les traitements de la ménopause à base d’œstrogènes. L’hérédité et l’obésité, la prise de certains médicaments (notamment ceux contre le cholestérol) prédisposent aussi au risque de calculs. Celui-ci augmente également chez les diabétiques, les personnes obèses ayant subi une chirurgie bariatrique (visant à diminuer l’absorption des aliments) et celles souffrant de maladies intestinales inflammatoires chroniques (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique).

Pas de régime particulier après l’ablation

On procède à l’ablation de la vésicule biliaire par laparoscopie : après avoir pratiqué quatre incisions au niveau de l’abdomen, on introduit les instruments nécessaires à l’intervention, mais également une mini-caméra qui assure le contrôle de l’ablation de la vésicule. Parfois, en cas de gros calculs ou d’infections, cette technique ne peut être utilisée. On recourt alors à l’ancienne méthode par chirurgie ouverte en incisant l’abdomen sur 7 à 10 centimètres.  Après l’intervention, il n’est pas nécessaire de suivre un régime particulier, notamment sans graisses. « Finalement, la vésicule n’a qu’un rôle accessoire, explique le Pr Millat. Lorsqu’on la retire, le foie continue à produire de la bile. Sauf que celle-ci n’étant plus stockée, elle s’écoule alors de façon continue dans l’intestin grêle, mais cela ne perturbe pas le transit intestinal. »

 

La vésicule, à quoi ça sert ?

Située du côté droit de l’abdomen, juste en dessous du foie, la vésicule biliaire est un organe creux en forme de poire. Elle est reliée par de petits canaux au foie, au pancréas et au duodénum, la première partie de l’intestin grêle. Son rôle est de stocker la bile produite par le foie. Ce liquide jaune contient des sels biliaires, du cholestérol et de la bilirubine, un pigment qui vient de la dégradation de l’hémoglobine. Lors de la digestion, la vésicule se contracte pour libérer la bile, laquelle facilite la digestion des corps gras au niveau de l’intestin grêle, permet l’élimination de certains médicaments et aide le foie à débarrasser l’organisme des toxines.