Bruxelles met le paquet contre le tabac

700 000 décès sont imputables chaque année à la consommation de tabac en Europe. Partant de ce constat, la Commission européenne envisage de durcir le ton contre le tabagisme. Elle a présenté hier son projet de directive qui prévoit d’encadrer plus fermement « la production, la présentation et la vente de tabac ».

Avec comme mesure phare le souhait de recouvrir 75% de la surface des paquets de cigarettes et de tabac à rouler, d’avertissements sanitaires et de photos chocs. Actuellement, ces messages représentent 40% de la surface des paquets. « Cette proposition vise à dissuader les jeunes de s’initier au tabagisme en limitant l’attrait des produits du tabac et de la cigarette », a expliqué Tonio Borg, le commissaire chargé de la Santé et de la protection des consommateurs, qui a précisé que la directive laisse toutefois la possibilité aux Etats membres de durcir encore la mesure.
Comme par exemple supprimer toute référence à une marque comme c’est le cas déjà en Australie. En août dernier, la Ministre de la santé, Marisol Touraine s’était montrée plutôt favorable à la mise en place du paquet neutre en France.

Autre mesure qui ne devrait pas plaire aux industriels du tabac : l’interdiction de certains arômes (mentholé, chocolat,..), des cigarettes slims (dont le diamètre est inférieur à 7,5 mm) et des minipaquets (moins de 20 cigarettes). « Les consommateurs ne doivent pas être abusés: il faut que les produits du tabac aient l’aspect et le goût du tabac. Cette proposition veille à ce que les emballages et les arômes ne puissent être utilisés comme arguments de vente », a souligné Tonio Borg, espérant ainsi « réduire de 12% le nombre des fumeurs au cours des cinq prochaines années ».

Les règles sont en revanche moins strictes pour le tabac à pipe, les cigares et cigarillos, exemptés de l’obligation d’apposer des avertissements imagés car « ils ne servent pas en quantité massive de porte d’entrée dans le tabagisme ».

La gronde des industriels

Dès l’annonce de ce projet de directive, la réaction des industriels du tabac ne s’est pas faite attendre : « Ces propositions nous paraissent inefficaces et disproportionnées, elles portent atteinte à la liberté du consommateur », a déclaré Eric Sensi, directeur des affaires publiques de la Seita, filiale française d’Imperial Tobacco. A la tête de la filiale française de Japan Tobacco International, Daniel Sciamma considère que les mesures annoncées « n’auront aucun impact sur la prévalence tabagique et la santé publique » mais « encourageront le commerce illicite et détruiront des emplois en Europe ».

Ce projet anti-tabac qui a nécessité deux ans de préparation devra encore être validé par les gouvernements des Pays de l’Union européenne et par les députés du Parlement européen. Ce qui devrait prendre du temps. La Commission espère néanmoins une entrée en vigueur de cette directive en 2015 ou 2016.