5 millions de Français ont un problème avec l’alcool. Alors que la consommation d’alcool se banalise de plus en plus, même chez les plus jeunes, sous la forme du « binge drinking » (boire massivement et très rapidement), des chercheurs de l’Inserm ont montré que consommer précocement de l’alcool de façon excessive et répétée rend plus vulnérable à l’alcool une fois adulte.
« Les intoxications alcooliques répétées à l’adolescence, alors que le cerveau n’a pas fini sa maturation, entraînent une perte de contrôle de la consommation d’alcool à l’âge adulte, et provoquent des modifications neurologiques à long terme », explique Mickaël Naassila, directeur de l’Unité Inserm ERi 24, de l’Université de Picardie, qui a dirigé ces travaux publiés dans la revue Neuropharmacology
Une plus grande vulnérabilité à l’alcool à l’âge adulte
Dans le cadre du projet européen AlcoBinge, les chercheurs ont en effet exposés de jeunes rats à de fortes doses d’alcool de façon répétée et ont observé leur prédisposition et leur motivation à consommer de l’alcool à l’âge adulte. Résultats : les rats exposés à des ivresses alcooliques tôt dans l’adolescence, sont plus vulnérables à l’alcool à l’âge adulte, perdant même le contrôle de leur consommation. De même, les rats devenus adultes sont beaucoup plus motivés à obtenir et à consommer de l’alcool.
D’un point de vue neurologique, l’intoxication alcoolique répétée au cours de l’adolescence engendre des modifications au niveau du cerveau, et plus particulièrement au niveau d’une sous-région du noyau accumbens. Cette zone cérébrale qui joue un rôle primordial dans le comportement addictif, est en effet moins réactive à long terme à une nouvelle exposition à l’alcool, ce qui pourrait expliquer une plus grande vulnérabilité face à la boisson.
Ces travaux corroborent ainsi les suspicions chez l’Homme de l’existence d’une plus grande vulnérabilité à l’alcool à l’âge adulte après une initiation à la consommation d’alcool à un âge très précoce. « Les jeunes exposés précocement à l’alcool, entre 13 et 16 ans ont en effet deux fois plus de risque de devenir dépendants à l’alcool que ceux exposés plus tardivement, entre 17 et 21 ans », note le Pr. Naassila.
Les chercheurs vont désormais étudier l’impact du « binge drinking » sur les atteintes cérébrales et les capacités d’apprentissage et de mémorisation.