- Par Emmanuelle Heidsieck

Yannick Jadot : « Il faut associer fortement la Sécu et les complémentaires »

Jean Claude MOSCHETTI/REA
Candidat d’Europe Ecologie Les Verts (Eelv) à l’élection présidentielle, Yannick Jadot estime que l’assurance-maladie et les complémentaires doivent s’associer fortement dans un « accord cadre » pour une meilleure prise en charge des assurés. Le député européen considère par ailleurs qu’il faut élargir le financement du système à l’ensemble des revenus et à une taxe carbone. Grand défenseur des réseaux de soins, vus comme « indispensables pour une réforme durable de la protection sociale », il se félicite de la mise en place du tiers payant généralisé.

 - Comment voyez-vous l'articulation entre assurance maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être, selon vous, le panier de soins remboursable par l'assurance-maladie ? 

Dans son dernier rapport, la Cour des comptes constate un paradoxe : il n’y pas de désengagement global de l’assurance-maladie ; le taux d’intervention est le même qu’il y a quinze ans. Pourtant, le niveau de remboursement individuel n’a cessé de baisser. Cette contradiction s’explique par une augmentation des prises en charge à 100 % qui s’accompagne d’un recul sur les soins courants. A cela viennent s’ajouter les dépassements d’honoraires, pris en charge par les complémentaires. La conclusion de la Cour des comptes est assez sévère : le régime de base n’assure plus une protection suffisante et équitable contre le risque maladie et les complémentaires ne sont pas en situation de remédier à cette situation.

Dans ce contexte, il pourrait être intéressant de promouvoir un accord cadre associant la Sécurité sociale et l’Unocam (Union nationale des organismes d’assurance-maladie complémentaire) : 

  • aux négociations conventionnelles avec les professionnels de santé ;
  • au partage des outils en vue d’éviter la double gestion d’un même risque ;
  • à l’organisation du parcours de soins, notamment pour les maladies chroniques, mais aussi le dentaire, l’optique et les prothèses auditives.

Dans cette perspective, l’Etat devrait revoir sa politique fiscale à l’égard des complémentaires et des professionnels de santé afin de définir une incitation/pénalisation plus franche privilégiant la solidarité des contrats, la maîtrise des dépenses de santé et l’installation dans les zones moins couvertes.

Enfin, il faut avoir le courage de dire que le financement ne peut plus reposer uniquement sur les cotisations salariales. Cotisations sur l’ensemble des revenus du pays, utilisation d’une partie d’une taxe carbone, économies engendrées par une véritable politique de prévention, voilà les garants d’un système de santé financièrement viable, soucieux de tous, respectueux de notre planète.

- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ? 

Des dispositifs visant à limiter les restes à charge ont été mis en place successivement, tels que les Ald, la Cmu-c et l’Acs. Et d’autres mécanismes ont été développés pour limiter les dépassements d’honoraires comme le « contrat d’accès aux soins » et le « contrat responsable ». Mais tout cela n’a pas été en mesure d’enrayer l'évolution défavorable à l’accès aux soins et à la maîtrise des coûts, ce qui finit par fragiliser l’ensemble du système.

En conséquence, une réforme durable de la protection sociale impose de davantage peser sur l’offre de soins et les prix par le biais, notamment, de réseaux de soins. 

- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l'accès aux soins ? 

Je me félicite de la généralisation du tiers payant, mesure de justice sociale soutenue par une majorité de Français. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2012 et 2016, l’accès à un généraliste est devenu de plus en plus difficile pour un quart de la population. 

Pour lutter contre les déserts médicaux, on retiendra d’une part, l’arme du conventionnement médical, comme cela existe déjà pour les infirmiers libéraux : dans les zones surdotées, un infirmier ne peut s’installer que si un autre cesse son activité. D’autre part, la rémunération des médecins peut être incitative, avec deux leviers :

  • la rémunération forfaitaire des médecins devrait être modulée en fonction du nombre de patients pris en charge ; 
  • la variable des dépassements d’honoraires pourrait être utilisée afin de ne pas inciter les médecins à s’installer dans les zones surdotées ;

Enfin, il s’agira, dans le cadre de l’organisation de réseaux de soins, de favoriser la création de maisons de santé, en partenariat avec les organismes complémentaires et les structures politiques des territoires.

 

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