- Par Emmanuelle Heidsieck

« Pour le reste à charge zéro, nous sommes prêts à proposer des lunettes de qualité à prix serré »

Le président du principal syndicat d’opticiens (le Rof*), André Balbi, se dit prêt à faire un effort sur les prix des lunettes s’il y a également un geste de l’Etat et des organismes complémentaires qui devraient pouvoir absorber une hausse de leurs remboursements sans augmentation de leurs tarifs. Selon lui, le reste à charge zéro pour des lunettes de qualité est possible. Il doit cependant s’accompagner d’une meilleure lisibilité des contrats des complémentaires et du tiers payant chez tous les opticiens.

- Les lunettes sont coûteuses et génèrent un reste à charge non négligeable pour les ménages (24 % de reste à charge moyen). Croyez-vous qu’il puisse y avoir un reste à charge zéro sur des produits de qualité ?

 Tout d’abord, je tiens à dire que nous sommes favorables à cette réforme car on sait que 10 % des Français renoncent aux équipements d’optique pour des raisons financières. Il faut ensuite noter que cette question connaît des disparités géographiques (un reste à charge moyen de 4  euros en Ariège contre 236 euros à Paris) et pénalise surtout ceux qui n’ont pas de couverture complémentaire ou qui ont une complémentaire ne remboursant que le ticket modérateur ou à peine plus. Il y a donc un vrai enjeu pour un accès de tous à l’optique quel que soit son département et quelle que soit sa couverture santé. Nous allons également faire la proposition d’une nouvelle offre avec un reste à charge zéro pour aller dans le sens des pouvoirs publics.

Celle-ci, que nous baptisons « panier d’accès aux soins responsable », aurait cette particularité d’associer pour la première fois un prix serré et des critères de qualité. Ainsi, pour un tarif modéré à définir, il y aurait un effort important sur les produits : des verres traités contre les rayures pour pouvoir tenir 2 ans ; des verres amincis si nécessaire en fonction de la correction. Selon nous, ceci doit s’accompagner de deux conditions : une meilleure lisibilité des contrats des complémentaires et le tiers payant généralisé (le tiers payant n’existe que chez 74 % des opticiens).

- Certains pensent qu’il y a un trop grand nombre d’opticiens et que pour faire baisser les prix il faut réorganiser le système de distribution. Qu’en pensez-vous ?

Nous ne sommes pas d’accord. Si l’on se réfère à une récente une étude de l’Assurance maladie (Points de repère N°43, décembre 2015, Cnamts), on constate que s’il y a un grand nombre de magasins dans un territoire, cela n’a pas d’impact sur les prix. Par ailleurs, tous les débats sur les revenus des opticiens s’appuient sur des chiffres antérieurs à la réforme des contrats responsables entrée en vigueur le 1er avril 2015 (plafond limité de remboursement ; remboursement des lunettes tous les 2 ans et non plus tous les ans). Or, son impact se fait déjà sentir dans notre secteur. En 2017, on a eu un record des défaillances de magasins d’optique (114 contre 71 en 2016).

Cela dit, nous sommes à l’écoute et nous admettons l’idée qu’il faille former moins d’opticiens à l’avenir. Nous sommes d’ailleurs favorables à ce que la formation passe de 2 à 3 ans. Aujourd’hui, seuls 60 % des opticiens ont suivi une formation de 3 ans. Si ce cursus devient la norme, nous serons alors davantage en mesure d’obtenir des délégations de tâches de la part des ophtalmologues, sujet que nous voulons mettre sur la table de la concertation actuelle.

- Que pensez-vous des premières pistes de réflexion de la Mutualité Française sur ce sujet du reste à charge zéro en optique (baisse de la TVA sur les lunettes de 20 % à 5,5 % ; augmentation des remboursements de la Sécurité sociale ;  développement des réseaux de soins ) ?

Nous sommes plus que favorables à la baisse de la TVA sur les lunettes et nous soutenons également l’idée d’une hausse des remboursements du régime de base car nous ne souhaitons pas que l’optique soit intégralement pris en charge par les complémentaires. Ainsi, le reste à charge zéro doit être le fruit d’un effort conjoint des opticiens sur les prix, de l’Etat (baisse de la TVA et hausse des remboursements) et des complémentaires, dont nous pensons qu’elles peuvent augmenter leurs remboursements pour ce nouveau panier de soins sans hausse de cotisations. En outre, comme la Mutualité Française, nous estimons que la réforme ne doit pas empêcher les patients de souscrire à des options supplémentaires dans leur contrat ou de librement consentir à un reste à charge choisi.

Notre position sur les réseaux a, en revanche, évolué. Nous y sommes beaucoup moins favorables aujourd’hui, notamment à la lecture du rapport de l’Igas (juin 2017) qui révèle que les réseaux ont tendance à creuser les inégalités dans l’accès aux soins. Il faut en faire une meilleure évaluation avant de songer à les développer. Nous désapprouvons les remboursements différenciés autorisés par la loi Le Roux du 19 décembre 2013 et nous sommes pour la liberté des assurés dans le choix de leurs professionnels de santé, qu’ils soient médecins ou opticiens.

* Le Rof (Rassemblement des Opticiens de France) est le syndicat majoritaire chez les opticiens (71 % des entreprises ; 82 % des salariés). Il est formé de deux anciens syndicats (l’Udo et le Snor) qui ont décidé de se réunir avant l’été. Le Rof officialisera cette fusion le 20 février 2018. L’autre syndicat d’opticiens, la Fnof (Fédération nationale des Opticiens de France) représente 29 % des entreprises et 18% des salariés. Le Rof et la Fnof ont publié un communiqué commun sur le reste à charge zéro.

Quelques chiffres

- Chiffre d’affaires de l’optique en 2016 : 6,1 milliards d’euros.

- Répartition de la prise en charge : AMO (4,3%) ; AMC (71,6%) ; ménages (24,1%).

- Nombre d’opticiens en 2016 : 34 370 (contre 21 000 en 2010).

- Nombre de points de vente : 12 440.

- Augmentation des prix de l’optique entre 2006 et 2014 : 8 %.

- Prix moyen des lunettes en 2014 : 316 euros (verres unifocaux) ; 613 euros (verres multifocaux).

- Remboursement moyen en 2014 : 240 euros (verres unifocaux) ; 380 euros (verres multifocaux).

- Nombre de personnes concernées : 70 % des personnes portent des lunettes après 20 ans ; 62 % des lunettes sont achetées par les plus de 40 ans.

- Renouvellement des lunettes : avant la réforme des contrats responsables, 33 % des personnes renouvelaient leurs lunettes avant 2 ans.

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