- Par Anne-Marie Thomazeau

Pascale Vatel : « L’Etat annonce des réformes sociales, mais payées par l’argent des assurés sociaux »

Pascale Vatel, secrétaire générale des Mutuelles de France revient sur l'actualité sociale de ces dernières semaines.

Les débats commencent concernant la prise en charge de la dépendance. L’une des pistes serait la mise en place d’une assurance dépendance obligatoire gérée par les complémentaires. Sous quelle forme ?

Ce sujet de société mérite des réponses durables et qui écartent toute inégalité. La Mutualité française va s’impliquer dans le débat « Grand âge et autonomie » lancé par le gouvernement et veut être force de propositions autour des thématiques de l’offre de soins, de prévention et du financement. Au sein des Mutuelles de France, nous exigeons un socle universel de solidarité nationale le plus élevé possible. C’est notre combat depuis toujours.  Au-delà, un éventuel niveau complémentaire doit également garantir chacun. Pour cela, pourquoi ne pas imaginer une garantie obligatoire complémentaire, par répartition, donc solidaire et assise sur la plus grande mutualisation possible ?

Quelle est votre analyse du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019 ?

Il me semble reposer sur plusieurs dogmes : le premier est qu’il faut à tout prix faire baisser les déficits publics et sociaux en dessous de la barre des 3 % du Pib, comme l'exigent les traités européens.

L’autre idée de nos dirigeants est que le travail coûte cher et qu’il faut donc l’alléger coûte que coûte, avec l’argument fallacieux de permettre une reprise de l’emploi ou de redonner du pouvoir d’achat aux Français. La baisse des cotisations sur les heures supplémentaires va dans ce sens. Pis, le gouvernement a décidé de ne plus compenser ces baisses de cotisations sociales dès l’année prochaine et carrément de détourner des futurs excédents de la Sécu pour réduire le déficit  de l’Etat. On dépouille purement et simplement la Sécurité sociale de ses revenus. 

Le gouvernement justifie ces baisses par un retour à l’équilibre des comptes de la Sécurité sociale…

Certes, la Sécurité sociale est de retour à l’équilibre, mais cela s’est fait au prix de politiques d’austérité, d’un désengagement total des hôpitaux, de transferts sur les assurés sociaux, soit directement, soit via leurs mutuelles. De nouveaux transferts sont encore programmés en 2019. En privant la Sécu de ses ressources on la prive de moyens de répondre aux besoins.

Pourtant le président Macron et sa ministre de la Santé ont souhaité insister sur les mesures exceptionnellement sociales de ce Plfss…

Pour essayer de  faire oublier la politique menée en faveur des plus riches, le gouvernement annonce des initiatives en direction des plus fragiles, des mesures ciblées comme l’augmentation de minima sociaux ou l’exonération de la Csg pour 300 000 retraités. La fusion de la Cmu-c et de l’Acs, tout comme le « Reste à charge zéro », disent aller dans ce sens. Or, dans les faits, 4 millions de Français qui n’ont pas de mutuelle seront exclus du « reste à charge zéro » qui repose sur l’intervention combinée de la Sécu et des complémentaires. D’autre part, il n’est pas bien difficile de faire des mesures sociales avec l’argent des autres. Car l’Etat ne met pas un euro dans ces deux dernières réformes. C’est  l'assurance-maladie et les mutuelles qui vont être mises à contribution pour le  « reste à charge zéro » et uniquement les complémentaires pour le fonds Cmu abondé à 100 % par une taxe payée par les mutualistes. Les professionnels de santé quant à eux vont devoir limiter certains de leurs tarifs en optique, dentaire et audioprothèse.

Concernant ces deux dernières réformes, que demandez-vous ?

Le montant des cotisations mutualistes a dépassé les limites du supportable. De nouvelles hausses, si elles devaient intervenir, engendreraient de nouvelles exclusions et donc un recul de l'accès aux soins. Ce serait un comble. Nous réclamons la suppression des taxes sur les cotisations mutualistes qui dépasseront les 14 %  en 2019. Les mutuelles sont prêtes à faire un effort mais il est urgent que l’Etat prenne enfin sa part.

Et que pensez-vous du Plan santé pour 2022 ?

Il y a de bonnes choses, comme la création  de la fonction d’assistants médicaux, le développement du salariat pour les médecins dans des structures de soins coordonnées, ou l’ouverture à de nouveaux modes de rémunération. Ces pratiques existent depuis des dizaines d’années dans les centres de santé mutualistes et nous nous félicitons qu’ils servent aujourd’hui d’exemples. Mais les moyens seront-ils au rendez-vous ? On peut craindre que non, quand le Plfss nous annonce 3,8 milliards d’économies supplémentaires en 2019.

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