- Par Anne-Marie Thomazeau

Les projets d’Agnès Buzyn pour l’hôpital

Marta NASCIMENTO/REA
Lors d'une rencontre avec l'Association des journalistes de l'information sociale, Agnès Buzyn a exposé ses priorités pour l'hôpital.

« Je serai d'une extrême vigilance sur la question des hôpitaux car je connais bien ses difficultés. J'hérite de trente ans de réformes : 35 heures, T2A, loi Hpst, autant de mesures qui, en appliquant à l'hôpital les règles des entreprises, lui ont fait perdre le sens de sa mission et ont conduit les professionnels de santé à une grande souffrance. Il n'est pas normal que l'on demande aux hôpitaux de faire du chiffre ou de gagner des parts de marché. Il faut rendre à l'hôpital la place qui lui revient. »

Ce qu'elle a déjà fait

- Un Ondam (Objectif national des dépenses d'assurance-maladie) pour l'hôpital de 2,3 %, « le plus élevé depuis 2014».

- L'augmentation du forfait hospitalier de 18 à 20 euros.

Des augmentations qui permettront simplement de compenser la croissance des dépenses de santé et qui, pour la partie forfait hospitalier, sera payée par les mutuelles, donc par les cotisations des adhérents.

Ce qu'elle va faire

  • Sortir du tout T2A. Cette tarification à l'activité, affectée à une pathologie (cataracte, appendicite...) ne fonctionne pas pour les maladies lourdes, chroniques, les polypathologies. Résultat, les cliniques privées ont eu tendance à s'emparer des activités financièrement rentables, laissant à l'hôpital les « patates chaudes », c'est-à-dire les malades nécessitant du temps et du personnel, deux facteurs que la tarification à l'activité rémunère mal. D'autre part, la T2A encourage la « quantité » d'actes au détriment de la « qualité ». Les meilleures rémunérations vont aux hôpitaux qui font « plus » plutôt qu'à ceux qui font « mieux ».

    La ministre propose de créer des filières de prise en charge avec une tarification au forfait, par exemple pour le parcours d'un patient diabétique prenant en compte dans l'année un certain nombre d'examens. En 2018, quelques parcours de soins (pour certaines chirurgies et maladies chroniques) devraient être mis en place avec l'aide de la Caisse nationale d'assurance-maladie (Cnam) pour la mise en place de la tarification et de la Haute Autorité de santé (Has) pour les recommandations de bonnes pratiques

  • Lutter contre les soins inutiles et coûteux : Deux rapports, l'un de la Fédération hospitalière de France, l'autre de l'Ocde, convergent. 25 % des actes médicaux seraient inutiles. La ministre envisage de travailler avec les acteurs de santé, en particulier dans les régions où les actes sont de 25 % supérieurs à ceux d'autres régions, mais aussi de relancer le dossier médical partagé (Dmp) qui permettra d'améliorer la pertinence des soins, en évitant la multiplication des actes (radios, scanners, Irm...).

 

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