- Par François Fillon

Jean-Paul Benoit, président de la FMF : « Sans maîtrise des tarifs, pas de reste à charge zéro »

@EmericJuliot
A quelques mois du congrès de la Mutualité Française, Vivaleblog donne la parole à Jean-Paul Benoit, président de la Fédération des mutuelles de France. Tour d’horizon des sujets d’actualité.

 Viva magazine : Le reste à charge zéro est le sujet sur lequel travaille aujourd’hui la Mutualité. La ministre de la santé annonce des décisions d’ici début juin. Qu’en est-il pour la Fédération des mutuelles de France ?

Jean-Paul Benoit : « Le reste à charge est l’une des toutes premières causes de renoncement aux soins, c’est donc un sujet essentiel.

Avec le dentaire, l’optique et l’audio-prothèse, le Président de la république a décidé de cibler 3 secteurs. Ce qui ne doit pas nous faire oublier l’accès aux soins médicaux qui pâtit terriblement des dépassements d’honoraires.

La mutualité a réussi à faire comprendre qu’on ne peut atteindre un reste à charge nul, ni même maîtrisé, en n'agissant que sur les remboursements. S’il n’y a pas de tarifs opposables, l’augmentation de la prise en charge ne fait que nourrir l’augmentation des prix. 

Pour la Fédération des mutuelles de France, ce dossier ne peut pas passer par un accroissement du coût des complémentaires. N’oublions pas que l’objectif premier est justement de lutter contre le renoncement aux soins. Exclure des gens de la complémentaire en augmentant le coût des mutuelles, c’est exclure des soins. Toute augmentation des coûts sur les mutuelles doit être compensée par la suppression des taxes iniques sur les cotisations des mutualistes.

De plus chacun doit prendre sa part. L’augmentation des remboursements de la sécurité sociale est incontournable. Quant aux tarifs, ils doivent être controlés, et dans de nombreux cas diminués, par la remise en cause des rentes de situation existantes et par la diminution de la TVA pour les verres, montures, prothèses dentaires et auditives. Comment justifier que ces dispositifs médicaux soient taxés comme des produits de luxe ?

Viva magazine : Justement, avec le nouveau volet de la campagne #LaSanteEstUnDroit, la Fédération que vous présidez demande la suppression des taxes sur les mutuelles…

J.-P. B. : « Les taxes atteignent aujourd’hui 13,27 %. Elles ne sont pas légitimes, renchérissent le coût des cotisations et contribuent à l’exclusion de plus de 3 millions de personnes de la couverture santé. Agir sur la fiscalité des mutuelles aura un effet immédiat et c’est une condition absolue de l’atteinte de la promesse du président de la République d’un reste à charge nul. »

Viva magazine : En juin se tiendra le congrès de la Fédération de la Mutualité française. Le fil conducteur en sera la transformation de notre système de protection sociale. Un moment important pour le mouvement ?

J.-P. B. : « Le congrès est un moment essentiel pour apporter des réponses concrètes aux questions que se posent aujourd’hui les mutualistes.

La hausse continue des cotisations mutualistes devient insupportable pour une part croissante de la population. La complexité et l’inefficacité des aides à l’accès à la complémentaire est aussi un problème majeur. Le taux considérable de non recours aux droits montre qu’il y a un vrai besoin d’accompagnement. On peut aujourd’hui douter de la capacité de la Sécurité sociale à faire cet accompagnement alors que ses ressources se réduisent…

Enfin, la déliquescence du système de soins est aussi une cause majeure de renoncement. Les pouvoirs publics doivent prendre la mesure réelle de cette crise. La mutualité peut, sur ce sujet également, participer à la construction de solutions, notamment grâce aux réseaux d’établissements et de services de soins mutualistes au service de toutes les mutuelles et plus largement de toute la population. »

Recueilli par François Fillon

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