- Par Anne-Marie Thomazeau

Jacques Battistoni, président de MG France «on ne peut plus demander aux médecins de travailler seuls 64 heures par semaine».

HAMILTON/REA
Téléconsultation, développement des Communautés Professionnelles des Territoires de Santé (CPTS) , assistants médicaux, délégation de tâches... Jacques Battistoni, président de MG France, fait le point sur les transformations de notre système de santé.

Que pensez-vous du développement des cabines de téléconsultation ?

Elles peuvent être des réponses dans des situations extrêmes, comme plus largement la télémédecine peut être utile dans environ 30 % des cas. Mais les français ont avant tout besoin d’une présence physique. La priorité est d’organiser le système de soins pour apporter la bonne solution au bon endroit : les cabines, comme les bus médicaux, et pourquoi pas les hélicoptères dans certaines régions ne sont que des outils … Pensons d’abord à l’organisation générale sur un territoire. Nous trouverons ensuite, les bons outils.

Une meilleure organisation dans les territoires, c’est ce que doivent favoriser les CPTS amenées à se développer dans les prochaines années.

On ne peut plus, en effet, demander aux médecins de travaillers seuls dans leur cabinet, 64 heures par semaine, week-end compris. Pour autant les français doivent pouvoir, en dehors des urgences vitales qui relèvent de l’hôpital, accéder à des soins en ville non programmés. Les CPTS doivent favoriser une organisation collective des professionnels entre eux dans les prochaines années. Elles pourront prendre des formes multiples allant d’un simple agenda ou accueil téléphonique partagé jusqu’à des lieux identifiés et mutualisés. C’est à chaque territoire de s’organiser. Dans certains cas, les CPTS pourront avoir un professionnel salarié chargé de mener à bien cette coordination, de faire le diagnostic de l’offre de soins, des actions à mener par exemple en prévention, de jouer un rôle de représentation vis-à-vis de l’hôpital, en particulier lors de la sortie des patients pour coordonner, en vile,  la prise en charge médico-sociale. 

Ce coordonnateur sera-t-il un médecin ?

Pas forcément mais il s’agira bien sûr d’un professionnel qualifié sur les questions de santé publique et d’organisation des soins. Attention cependant à ne pas trop leur « charger la barque » et vouloir leur faire « tout faire »

Les médecins sont-ils prêts pour les CPTS, organisation collective dans laquelle ils ne seront pas obligés de s’inscrire. 

Non ils ne le sont pas. Ils ne le sont pas, parce qu’ils n’ont pas de temps pour y réfléchir car ils sont accaparés par leur exercice quotidien. Il faut changer de logique et développer des actions  afin qu’ils aient plus de moyens, et donc de temps. Il faudra aussi leur prouver que les CPTS peuvent leur faciliter la vie et leur apporter de vrais services ? 

Les assistants médicaux que proposent le gouvernement aux médecins vont dans ce sens…

En effet, si on veut que la population ait accès à un médecin, il faut libérer du temps médical. C’est bien la mission des assistants médicaux. Ces personnes gèreraient la partie administrative du travail du médecin (prise de rendez-vous, assistance du patient, mise à jour du Dmp, relance pour les vaccinations…) et libérerait le médecin de tâches chronophages. Le gouvernement nous en promet 4000 mais le risque est que les conditions d’éligibilité soient draconiennes. Elles seront négociées avec l’assurance maladie. 

La délégation de taches à d’autres professionnels de santé libérerait aussi du temps.

Nous le faisons déjà avec les infirmières de santé publique "Asalée" qui suivent une population en éducation thérapeutique poue les  patients atteints d’une maladie chronique : diabète,  risques cardiovasculaires ou BPCO. Ces pratiques doivent s’intensifier.

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