- Par Emmanuelle Heidsieck

Benoît Hamon : « Les mutuelles doivent retrouver le rôle d’aiguillon qui fut le leur»

@agence REA
Candidat à la primaire socialiste, le député des Yvelines Benoît Hamon veut consolider l’assurance-maladie tout en valorisant les mutuelles qu’il estime « plus agiles » que le régime de base pour innover en matière de prévention. L’ancien ministre de l’Economie sociale et solidaire puis de l’Education nationale se dit favorable au tiers payant généralisé, mais pense que l’Ani a abouti à « une grande confusion ». Fervent défenseur de l’égalité de traitement de la protection sociale, il prône un bouleversement total : l’instauration d’un « Revenu universel d’existence ».

- Comment voyez-vous l’articulation entre assurance-maladie de base et complémentaires santé ? Quel devrait être selon vous le panier de soins remboursable par l’assurance-maladie ?
L’assurance-maladie obligatoire est pour moi le socle fondamental. C’est elle qui assure l’égalité de traitement entre tous les citoyens. C’est une conquête sociale précieuse mais fragile, qu’il nous faut consolider en cessant de ponctionner ses financements. J’y suis très attaché car elle est au cœur du Pacte républicain français.
Les complémentaires, au premier rang desquelles les mutuelles, doivent à mon sens retrouver le rôle d’aiguillon qui fut le leur, lorsqu’elles remboursèrent l’Ivg ou inventèrent le tiers payant. Plus agiles, elles peuvent plus facilement innover en matière de prévention en mobilisant notamment le digital au service d’une véritable « gestion du risque » pour les grands maux de notre temps tels que l’obésité, le tabac ou la sédentarité.
Globalement, en matière de prévention, je suis convaincu que nous avons besoin d’une grande alliance entre la Sécu, les complémentaires, les professionnels de santé et les associations de patients. C’est le sens de la « République coopérative » que je souhaite proposer aux Français. L’Etat impulse et met en mouvement les forces agissantes au service d’un intérêt général défini en commun avec les Français.  
Mais il faut aller plus loin. Pour assurer cette nécessaire égalité de traitement de la protection sociale, je mets au cœur de mon projet le « Revenu universel d’existence ». Il sera alloué à chacun quel que soit son revenu et son statut, permettant ainsi de considérer chaque citoyen de manière égale. Ce serait un immense pas en avant pour la solidarité, comparable à l’instauration de la Sécu en 1945.
 
- L’Ani, soit la complémentaire obligatoire en entreprise, a abouti à une forte segmentation des couvertures : Cmu, Acs, complémentaire en entreprise, complémentaire seniors, complémentaire individuelle. Envisagez-vous une réforme pour sortir de cette complexité ?
Le projet partait d’une bonne intention : généraliser la couverture complémentaire santé. Je crains qu’au final, faute d’avoir eu une vision d’ensemble du problème, on ait abouti à une grande confusion. Ma position est finalement assez simple, guidée par une seule valeur : l’égalité de traitement entre les citoyens.
Si l’on veut aboutir à ce que tous les Français aient accès à une complémentaire santé de qualité, il faut les aider de la même façon. Or, les quelque 4 milliards d’euros d’aides fiscales et sociales à la complémentaire santé sont répartis de manière très inégale. Les retraités, les étudiants, les chômeurs de longue durée, mais aussi les fonctionnaires, ne reçoivent rien ou très peu car les aides publiques sont réservées aux contrats collectifs obligatoires en entreprise.
 
- Quelle est votre position sur le tiers payant généralisé ? Quelles sont les mesures que vous préconisez pour améliorer l’accès aux soins ?
 La généralisation du tiers payant est une bonne chose car elle facilite le parcours de soins. Reste à mettre en place les meilleures solutions techniques pour simplifier la vie des professionnels de santé et celle des patients.
 Mais pour moi, la priorité pour améliorer l’accès de soins,  c’est d’en finir avec l’inégale répartition des soins de premier recours sur le territoire. La situation n’est pas bonne. Ne nous voilons pas la face. Dans nos campagnes ou dans certains quartiers populaires de grandes villes, le médecin généraliste se fait rare. Des mesures ambitieuses ont été négociées dans la nouvelle convention médicale, elles pourraient faire leur effet. Si ce n’est pas le cas, il nous faudra aller plus loin. L’idée me paraît intéressante de ne plus autoriser le conventionnement des médecins qui s’installeraient dans une zone déjà fortement dotée.
 

Mais encore

- Le revenu d'existence pourrait être appliqué en trois temps. D'abord pour les 18-25 ans, ensuite pour les personnes en dessous du revenu médian, enfin, généraliser à l'ensemble de la population lors d'un second quinquennat. Il pourrait s'établir aux alentours de 600 euros/

- Lancement d'un grand plan "Sport et santé" dans les collèges, lycées, entreprises et ehpad, en prévention des maladies chroniques

- Oeuvrer sur la baisse des médicaments innovants maintenus à prix élevés par certains laboratoires pharmaceutiques

AMT

 

 

 

 

 

 

 

Vos réactions

Vous aimeriez aussi

- Par Anne-Marie Thomazeau

La santé, enjeu fondamental pour les Français

3 Français sur 4 pensent que les propositions en matière de santé seront déterminantes pour leur vote.