- Par Emmanuelle Heidsieck

« Beaucoup risquent d’être déçus en voyant le ‘’panier reste à charge zéro’’ en dentaire »

500 millions d’euros. C’est ce que demande le Dr. Catherine Mojaïsky, présidente de la Confédération nationale des Syndicats dentaires (Cnsd) pour faire un effort sur le prix des prothèses et permettre la mise en place d’un « panier reste à charge zéro ». Pour le dentaire, le cadre de la concertation sur le reste à charge zéro est la négociation conventionnelle menée par la Cnam avec les syndicats de chirurgiens-dentistes. Les organismes complémentaires y sont représentés par l’Unocam. Cette négociation a repris le 15 septembre dernier après un premier échec. Le Dr. Catherine Mojaïsky doute que celle-ci puisse « aboutir à un accord en mai comme le veut le gouvernement ».

 - Les soins dentaires concentrent 47 % des renoncements aux soins pour raisons financières, essentiellement en raison du coût des prothèses et du reste à charge les concernant (reste à charge moyen de 25 %). Pensez-vous qu’il soit possible d’aboutir à un reste à charge zéro sur les prothèses ?

Nous sommes prêts à faire un effort. Mais la réforme ne pourra se résumer au plafonnement du prix des prothèses. Il faut comprendre que ce sont les prothèses qui permettent de faire tourner nos cabinets. Car, d’un côté, nous effectuons beaucoup d’actes conservateurs (soins, caries etc.) qui sont mal payés et très bien remboursés. Cela représente 80 % de notre activité. De l’autre, les prothèses ne représentent que 11 % de nos actes mais génèrent 55 % de nos recettes. Compte tenu de la non revalorisation des soins courants depuis 30 ans, nous avons été dans l’obligation de nous rattraper sur le prix des prothèses. Ce sont elles qui nous permettent d’assumer nos frais de fonctionnement. Or, effectivement, elles ne sont que partiellement remboursées, ce qui génère du renoncement aux soins. C’est pourquoi, nous estimons qu’il faut rééquilibrer les choses : il faut revaloriser les tarifs des actes conservateurs et, en contrepartie, fixer un tarif pour des prothèses reste à charge zéro.

- Concrètement quelles sont vos propositions pour parvenir à ce reste à charge zéro ?

Nous demandons 500 millions d’euros à l’Assurance maladie en financement de la hausse des tarifs des soins conservateurs, ce qui permettra un plafonnement des prix des prothèses reste à charge zéro. Tout l’enjeu de la négociation en cours va être de trouver le bon équilibre. Dans ce cadre, une des pistes envisagées est de s’aligner sur les tarifs de la Cmu-c, soit une couronne céramique à 410 euros alors que le prix moyen d’une couronne est de 541 euros. Je précise qu’à ce prix de 410 euros, la couronne est en céramique blanche jusqu’aux prémolaires et en métal dans le fond de la bouche. On peut aussi jouer sur la qualité de la céramique et sur les finitions de la prothèse. Mais, il faut se rendre à l’évidence : il n’y aura pas de reste à charge zéro sur toutes les prothèses. La réforme va surtout concerner les couronnes. Il n’est pas prévu, par exemple, que cela touche l’économie des implants dont le prix moyen est de 2000 euros et qui ne sont remboursés ni par l’Assurance maladie, ni par les organismes complémentaires. Nous sommes, par ailleurs, favorables à l’instauration d’une consultation de prévention tous les ans. Celle-ci devrait être obligatoire : celui qui aurait consulté tous les ans aurait un meilleur remboursement de sa prothèse le moment venu. Pour nous, le reste à charge zéro comportemental a du sens. Mais, nous sommes conscients que cela sera difficile à faire passer. Compte tenu de tous ces éléments, j’ai du mal à penser que la négociation va aboutir à un accord en mai comme le veut le gouvernement.

- Que pensez-vous des premières pistes de réflexion de la Mutualité Française sur ce sujet du reste à charge zéro (augmentation des remboursements de la Sécurité sociale ;  développement des réseaux de soins ) ?

Comme je viens de le dire, nous sommes pour une forte augmentation des remboursements de l’Assurance maladie sur les soins conservateurs et donc parfaitement en phase avec la Mutualité Française sur ce point. En revanche nous ne sommes pas favorables aux réseaux de soins car nous ne souhaitons pas que les praticiens passent sous le contrôle des organismes complémentaires. Cela dit, nous défendons les réseaux négociés nationalement comme celui que nous avons négocié avec la Mgen en 1996 et qui est toujours en cours : les adhérents de la Mgen ont de meilleurs remboursements s’ils se rendent chez l’un des 23 000 dentistes ayant adhéré au protocole. 

Plus généralement, j’ai peur que beaucoup soient déçus en voyant le « panier reste à charge zéro » en dentaire. Nous militons pour un panier évolutif sur plusieurs années. Il faut avoir à l’esprit qu’un meilleur suivi de prévention et de soins conservateurs va permettre de faire baisser les besoins en prothèses dans dix ans. 

 * La Confédération nationale des Syndicats dentaires (CNSD) revendique 12 000 chirurgiens-dentistes adhérents. Les deux autres syndicats de dentistes sont la Fédération des Syndicats dentaires libéraux (FSDL) et l’Union Dentaire. 

Quelques chiffres

-  Chiffre d’affaires des soins dentaires en 2016 : 11 milliards d’euros, dont plus de 50 % pour les prothèses (5,6 milliards d’euros)

-  Répartition de la prise en charge : AMO (23 %) ; AMC (52 %) ; ménages (25 %)

-  Nombre de chirurgiens-dentistes en 2016 : 42 200

-  Nombre de laboratoires de prothèses dentaires : 3800

-  Prix moyen d’une couronne (céramo-métallique) en 2016 : 541 euros 

-  Reste à charge moyen pour une couronne en 2016 : 135 euros (25 % du prix total)

- Nombre de personnes ayant renoncé à des soins prothétiques pour des raisons financières : 4,7 millions de personnes en 2012 

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