- Par Anne-Marie Thomazeau

L'assurance-maladie veut lutter contre le renoncement aux soins

©Jean Claude MOSCHETTI/REA
L'initiative est partie d'un constat. Dans un pays envié pour la performance de son système de santé, les difficultés d'accès aux soins demeurent. Selon une étude menée dans 18 départements par l'Observatoire des non-recours aux droits et aux services (Odenore), plus d'un quart des assurés interrogés dans les accueils de l'assurance-maladie seraient concernés par des situations de renoncement aux soins.

Alors que l'on stigmatise régulièrement la fraude chez les assurés sociaux, c'est dans la réalité l'inverse qui se produit. Ainsi, seules 22 % des personnes éligibles à l'Acs avaient fait valoir leur droit en 2011. Les raisons financières constituent un frein majeur à l'accès aux soins (trois fois sur quatre) mais ne sont pas seules en cause.

Une partie des assurés est en attente d'explications, voire d'orientation, dans un système de protection maladie complexe.

Qui renonce aux soins ?

Essentielement les femmes (58,6 %), des personnes vivant seules (36,6 %) ou les familles monoparentales (17,7 %). Une part importante des assurés qui rencontre des difficultés d'accès aux soins connait - ou a connu - une instabilité par rapport à l'emploi, des ruptures parfois successives. Le phénomène concerne aussi des personnes bien insérées socialement aux revenus modestes pour qui toute dépense imprévue causée par exemple par des soins onéreux ou successifs (plusieurs consultations de spécialistes) est difficile à financer.

A quels soins ?

Particulièrement les soins dentaires, auditifs, ophtalmologiques ou optiques, au reste à charge plus élevé. Mais les consultations de spécialistes, voire l'accès à un généraliste, sont également concernés par le phénomène.

Pourquoi ?

La dimension financière élevée dont le poids peut être ressenti encore plus lourdement en cas d'absence de complémentaire, ou des frais à avancer trop importants. Dans 3 cas sur 4, les obstacles financiers constituent la ou l'une des raisons du renoncement aux soins.

Une méconnaissance des circuits administratifs et médicaux : manque de connaissance de ses droits (Acs), complexité des démarches, difficulté à trouver un médecin.

Ces raisons principales ne doivent pas faire oublier les autres : délais pour obtenir des rendez-vous auprès de certains spécialistes, éloignement géographique par rapport à l'offre de soins, problèmes de mobilité.

Le plan de l'assurance-maladie

L'assurance-maladie a donc mis en œuvre un Plan d'accompagnement du non-recours, des incompréhensions et des ruptures (Planir) expérimenté d'abord dans le Gard puis dans 18 départements et qui devrait se généraliser d'avril 2017 à juin 2018.

Elle veut mener une démarche pro-active avec des agents de l'assurance-maladie, les professionnels de santé, la Mutualité, les assistants sociaux pour repérer les personnes en situation de renoncement, puis de leur proposer un accompagnement personnalisé et éventiellement des aides financières.

Aussi méritoire soit-il, ce dispositif « pansement » ne règlera en rien les questions de fond qui entraînent le renoncement aux soins : dépassements d'honoraires, déserts médicaux, difficultés d'accès à une complémentaire.

 

 

 

 

 

 

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