Ici, je peux prendre une douche chaque matin, j’ai un toit, une chambre où je peux laisser mes affaires. Et avec mes voisins de cabines, on forme une petite famille ! » Debout sur le quai, Daniel, cinquante-huit ans, fume un cigarillo, tout en buvant une tasse de thé. Derrière lui, ce n’est pas une maison, mais un ancien train de nuit Corail, désaffecté, réaménagé et transformé en centre d’hébergement d’urgence (Chu) pour sans-abri. A la suite d’une « succession de galères », Daniel s’est retrouvé à la rue en 2003. Après avoir dormi sous une tente, dans des sacs de couchage, il est arrivé au Chu Pont-National-Bercy début 2013. Depuis, aidé par une assistante sociale, il a rempli un dossier de demande de logement Dalo[fn]Droit au logement opposable.[/fn], et espère retrouver rapidement un logement pérenne.

Le Chu de Bercy a ouvert ses portes en décembre 2008. A l’époque, 5 voitures-couchettes Sncf (complétées en 2011 par des préfabriqués, les « bungalows »), destinées à la casse. En tout, 73 lits, pour des hommes isolés.
En 2007, la direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement (Drhil) et le Centre d’action sociale protestant (Casp) contactent Chantal Saurois, coordinatrice solidarité-citoyenneté à la Sncf, qui s’occupe notamment des sans-abri des gares de Lyon et de Bercy. Chantal Saurois réquisitionne d’anciennes voitures-couchettes et trouve un lieu où installer ces wagons : la Petite Ceinture, une ligne de chemin de fer désaffectée qui fait le tour de Paris. « Pour les sans-abri qui dormaient dans la gare ou dans la rue, ce nouveau centre est un refuge, où ils disposent d’une chambre individuelle, ce qui est rare », note Chantal Saurois.
Géré par le Casp, le centre accueille les sans-abri envoyés par le 115 ou par les plateformes du Service intégré d’accueil et d’orientation (Siao). Dans les voitures, des douches, des chambres, mais aussi un espace de vie, une ancienne voiture-bar. Des tables, un frigo, un micro-ondes ont été installés. Dans un coin, une petite bibliothèque et une télévision.

Assis devant une table, Patrick, soixante et un ans, cheveux gris et bonnet noir sur le crâne, mange un yaourt en regardant le journal télévisé. Par la fenêtre, on distingue des tramways, qui se croisent, et des passants pressant le pas, assaillis par le froid. « Ici, j’ai pu souffler après quatorze mois dans la rue », lance-t-il.
Dans l’un des bungalows, Charlie retrouve Hugo, son chien. « J’ai eu des problèmes dans des centres, à cause de lui. Ici, je peux le garder, et le laisser dans la chambre toute la journée », explique-t-il.

Les « hébergés » du Chu de Bercy sont accueillis de 18 heures à 9 heures. Le reste de la journée, ils sont orientés vers des associations ou des structures partenaires – restaurants solidaires, centres hospitaliers, espaces solidarité et insertion. Au Chu, une assistante sociale et une éducatrice spécialisée du Casp les accompagnent. « Nous planifions avec eux un programme individuel d’accompagnement social, de santé ou professionnel. Le but est de casser le circuit de l’errance », explique Patricia Rousseau, éducatrice spécialisée.

« Notre but est de donner aux personnes hébergées une certaine stabilité, de les remettre sur les rails », ajoute Rachid Ferchouli, chef de service du Chu. Les deux travailleurs sociaux du Casp aident les Sdf dans leurs recherches d’emploi ou de logement, et pour constituer des dossiers administratifs. Patricia les emmène aussi, régulièrement, au cinéma ou encore au cirque – des activités ou des loisirs qui « leur permettent de retrouver toute leur place dans la société ».