Bernard et Georgette s’étaient connu étudiants à Bordeaux. Ces deux intellectuels, lui ancien haut fonctionnaire au plan, économiste et philosophe et elle, professeur de lettres en parlaient depuis des années ouvertement à leurs amis. Revendiquant le droit de mourir dans la dignité, ils sont passés à l’acte et ont décidé de se donner la mort, ensemble, dans une chambre de l’hôtel Lutétia à Paris. Un lieu symbolique puisque c’est dans cet hôtel que la Résistance avait organisé le rapatriement des rescapés des camps de la mort. Et c’est dans cet hôtel que la mère de Georgette avait retrouvé son père, Georges, rentrant de plusieurs années en captivité en Allemagne.

Cette histoire personnelle devient public car elle apparaît clairement comme une revendication au droit de mourir dans la dignité qui n’est pas autorisé en France. Le sujet fait débat et François Hollande a annoncé qu’un projet de loi sur la « fin de vie » sera présenté « avant la fin de l’année ». Il est destiné à compléter et à améliorer la loi Léonetti.

Pour cela, me Président de la République a saisi le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé (CCNE) sur des questions concernant la fin de vie. Dans son avis N°121 « Fin de vie, autonomie de la personne, volonté de mourir », le Comité En juillet, le CCNE s’était montré réservé sur une évolution de la loi Leonetti de 2005 mais avait souhaité poursuivre la réflexion avec des citoyens. Le CCNE avait cependant émis plusieurs recommandations qui font l’objet d’un accord unanime de la part de tous les membres, notamment :

– la nécessité de faire cesser toutes les situations d’indignité qui entourent encore trop souvent la fin de vie ;

– la nécessité de rendre accessible à tous le droit aux soins palliatifs – droit reconnu par le législateur depuis quatorze ans – et de développer l’accès aux soins palliatifs à domicile ;

– le respect des directives anticipées ; lorsqu’elles ont été rédigées en présence d’un médecin traitant, et dans des circonstances où une maladie grave a été annoncée, les directives anticipées devraient être contraignantes pour les soignants, sauf exception dûment justifiée par écrit ;

– le respect du droit de la personne en fin de vie à une sédation profonde jusqu’au décès si elle en fait la demande, lorsque les traitements, voire l’alimentation et l’hydratation ont été interrompus à sa demande. 

En ce qui concerne le droit d’une personne en fin de vie à avoir accès, à sa demande, à un acte médical visant à accélérer son décès, et/ou le droit à une assistance au suicide, le Comité n’a pas abouti à une réflexion et à des propositions unanimement partagées. La majorité de ses membres recommande de ne pas légaliser l’assistance au suicide et/ou l’euthanasie. 

Le CCNE considère que la réflexion sur le sujet de la fin de la vie n’est pas close et qu’elle doit se poursuivre sous la forme d’un débat public. Ce débat public sous forme « de conférences de citoyens choisis pour représenter la société dans sa diversité. »  ont commencé début novembre dans la plus grande discrétion.   « Nous souhaitons que les citoyens puissent travailler sereinement, sans pression, explique son président Jean-Claude Ameisen, comme nous le faisons nous-mêmes au sein du comité »

Les résultats de ces réflexions devraient être rendues public par un avis du CCNE le 16 décembre prochain.