Jean-Claude Decalonne, spécialiste parisien des instruments à vent, a beaucoup voyagé dans le monde entier. Il déplore qu’en France l’enseignement de la musique soit réservé à une élite. 3 % seulement des enfants français étudient un instrument, ce qui nous situe bon dernier en Europe.
Il sait aussi combien un orchestre peut être un puissant vecteur d’intégration sociale et connaît El Sistema, l’initiative menée au Venezuela par le chef d’orchestre José Antonio Abreu, qui, pour aider les milliers d’adolescents en errance dans ce pays, a créé un premier « orchestre social », puis deux…
Aujourd’hui, plus de 250 000 enfants et adolescents jouent de la musique ou chantent dans 180 orchestres de jeunes et des centaines de chorales. Certains sont devenus des musiciens de renommée internationale.
En 2000, Jean-Claude Decalonne transpose cette idée magnifique dans une cinquième du collège des Explorateurs à Cergy (Val-d’Oise), classé Zep, dans laquelle aucun enfant n’a jamais tenu un instrument de musique.
Tous les mardis, de 13 heures à 15 heures, les élèves de cette classe orchestre répètent et apprennent à jouer d’un instrument à vent de leur choix. Bientôt, l’orchestre des Explorateurs est formé.
Jean-Claude Decalonne donne rendez-vous trois mois plus tard à des professeurs et des parents sceptiques pour un premier concert. C’est un succès. Et dans la classe, où l’absentéisme était important et le niveau scolaire très bas, la révolution se fait en musique. Les élèves se mettent au travail, les résultats s’améliorent, l’ambiance devient chaleureuse, solidaire…
Jean-Claude Decalonne ne s’arrête pas là. Il crée le label « Orchestre à l’école » et les « explorateurs » vont faire des émules dans toute la France. Des dizaines d’écoles primaires, de collèges créent des orchestres à l’école (450 à ce jour, 40 nouveaux depuis la rentrée 2010).
Partout, l’organisation est la même. Une classe noue un partenariat avec une école de musique. Des instruments sont remis aux élèves et la composition de la classe reste inchangée pendant trois ans. La gratuité est totale.
Ce sont les collectivités locales et des fondations privées qui financent l’achat des instruments (environ 15 000 euros), le salaire des professeurs de musique extérieurs et les frais de déplacement pour les concerts.
Le temps des répétitions est pris sur le temps scolaire. Les jeunes se produisent en concert tous les trois mois.
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Partout, proviseurs, professeurs, parents s’en félicitent. Non seulement les enfants acquièrent une nouvelle pratique artistique, mais l’ambiance dans les établissements scolaires s’améliore et les notes décollent. Un succès validé par une étude conduite entre avril et août 2010 à la demande de l’institut Montaigne.
Les conclusions sont significatives : les orchestres à l’école favorisent non seulement l’épanouissement artistique des enfants, mais ils permettent de combattre l’exclusion en revalorisant les aptitudes des élèves, notamment
ceux qui sont en échec scolaire, dans un climat propice à la confiance et à l’attention qui encourage le partage, le respect mutuel et la solidarité.
Par la pratique instrumentale, les élèves se familiarisent avec une certaine discipline et acquièrent de nouvelles habitudes de travail. Plus concentrés et mieux disposés à l’écoute, ils prennent goût à l’effort et s’améliorent même dans l’apprentissage de la lecture et du calcul.
Jean-Claude Decalonne veut aller plus loin. Il a créé Passeurs d’arts, un mouvement qui regroupe des associations tentant d’apporter la musique aux enfants des zones sensibles, de la campagne, mais aussi handicapés, hospitalisés ou jeunes en prison.
Passeurs d’arts veut aussi s’internationaliser : déjà, en 2002, Jean-Claude Decalonne avait fait acheminer des instruments de musique
dans une école de Port-au-Prince, afin d’initier les enfants
d’une classe entière à la musique. Le maître de la trompette Maurice André et d’autres musiciens français avaient participé à cette opération.

Site Internet : www.passeursdarts.org