Au diable, la varice !

Inesthétiques, parfois douloureuses, les
varices sont la conséquence d’une insuffisance veineuse chronique. Lorsque les mesures préventives ne suffisent plus, une intervention est nécessaire pour éviter les complications. Aujourd’hui, de nouvelles techniques
plus légères que la chirurgie sont proposées, avec moins d’effets secondaires.
Une marque bleue apparaît à la surface de la peau, plus ou moins saillante, le plus souvent à la jambe : cette veine anormalement dilatée et tortueuse est une varice. En France, on estime que 10 millions d’individus en ont. Il s’agit en majorité de femmes, quatre fois plus touchées que les hommes. La faute aux bouleversements hormonaux (grossesse, périodes prémenstruelles et ménopause), qui fragilisent la paroi des veines.

Autres facteurs favorisant l’apparition de varices : l’âge, la prédisposition familiale (une personne dont l’un des parents a des varices a 24 % de risques d’en souffrir, ces risques montent à 62 % si les deux parents sont touchés), la sédentarité, l’obésité ou encore les conditions de travail : le fait de travailler debout ou ­assis toute la journée, le piétinement, le port de charges lourdes ou l’exposition à une température ambiante élevée.

Des veines moins toniques

Les varices résultent d’une insuffisance veineuse chronique. Autrement dit, le système veineux a des difficultés à assurer le retour du sang vers le cœur. « Une perte d’élasticité et de tonicité de la paroi des veines est souvent en cause, explique le Dr Philippe Blanchemaison, phlébologue à Paris. Cela peut être dû à un manque de collagène, qui constitue 70 % de la paroi des veines. »

Mais pas seulement. Les muscles des jambes agissent comme une pompe en favorisant pendant la marche le retour du sang vers le cœur : un faible tonus musculaire favorise la formation de varices. En cause également : un dysfonctionnement des valvules. Ces clapets situés le long de la veine s’ouvrent en direction du cœur, puis se referment pour empêcher le sang de redescendre vers les pieds lors de la station debout. Lorsque les valvules s’altèrent, le sang stagne dans la veine ou redescend dans les jambes et, au final, dilate la veine.

Eviter les complications

Faute de traitement ou de mesures préventives (voir encadré), l’insuffisance veineuse peut évoluer vers un œdème veineux, une dermite ocre (le sang stagne au niveau des chevilles et forme des taches de couleur brune ou ocre), une phlébite (formation d’un caillot de sang), une embolie pulmonaire ou encore un ulcère de la jambe. Aussi l’apparition de crampes nocturnes, de lourdeurs et de douleurs dans les jambes, de sensations d’engourdissement en position immobile et de fourmillements doit-elle amener à consulter un phlébologue, car les varices ne sont pas toujours visibles.

Ce praticien procédera à un examen clinique des veines du patient en position debout, puis effectuera sans doute une échographie Doppler pour localiser la veine malade à l’origine des varices et juger de la qualité du retour veineux. Sur la base de cet examen, il décidera de la nécessité ou non d’une intervention. Généralement, elle n’est pas conseillée pour une varice d’un calibre inférieur à 8 millimètres.

Par ailleurs, comme le rappelle Philippe Blanchemaison, « l’insuffisance veineuse est une maladie chronique que l’on ne sait pas guérir, au mieux peut-on la contrôler. Le patient doit donc être conscient que, quelle que soit la technique proposée, aucune ne sera définitive et ne pourra empêcher la formation de nouvelles varices. Bien souvent, les traitements doivent être répétés à plus ou moins long terme ».

La chirurgie

La chirurgie a longtemps été le traitement privilégié dans les cas où les varices sont grosses et nombreuses. La technique de référence recommandée par l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes) est le stripping. Cette méthode consiste à arracher la veine principale des membres inférieurs (la saphène) en pratiquant deux incisions, l’une à la cheville et l’autre au pli de l’aine. Toutefois, cette technique est douloureuse, car on touche les nerfs environnants, et elle nécessite une hospitalisation de quatre jours suivie de trois semaines d’arrêt de travail.

Certains praticiens lui préfèrent aujourd’hui le stripping par invagination, qui consiste à retourner sur elle-même la veine. Mieux tolérée, cette technique est réalisée sous anesthésie locale, en ambulatoire, et ne nécessite que dix jours d’arrêt. Une autre méthode, la phlébectomie, consiste à faire une incision de 2 millimètres devant la veine et à la retirer à l’aide d’un crochet. Cette pratique exige une grande dextérité de la part du professionnel de la santé.

La sclérothérapie

Cette technique connue depuis soixante ans est plutôt indiquée pour les varicosités et les varices de petit et de moyen calibre. « Elle consiste à injecter, sous contrôle échographique, un liquide à la source de la veine malade, laquelle va se durcir et se rétracter. L’objectif est de réduire le diamètre de la veine pour la rendre plus solide à la pression sanguine, mais pas de la boucher », explique le Dr Blanchemaison. En fonction du nombre de varices à traiter et de leur état, quatre à cinq séances peuvent être nécessaires pour parvenir à ce résultat.

La sclérothérapie est réalisée au cabinet du praticien. Après vingt minutes d’intervention, on peut marcher, reprendre son travail et ses activités normalement, même la natation. Seule contrainte : pas d’exposition au soleil durant trois semaines. Attention, c’est un geste médical délicat qui exige une pratique régulière de la part d’un praticien formé à cette technique. Aujourd’hui, certains phlébologues injectent le produit sclérosant sous forme de mousse à l’aide d’un long cathéter, mais cette méthode n’est pas encore reconnue par la Haute Autorité de santé.

Le laser et la radiofréquence

Moins traumatisants que la chirurgie, le laser et la radiofréquence consistent à brûler la veine de l’intérieur. Ces interventions sont réalisées sous anesthésie locale, en ambulatoire et sous contrôle échographique. La reprise de la marche est immédiate et le retour à ses activités habituelles, rapide. Un arrêt de travail de quelques jours est cependant nécessaire ainsi que le port de bas de contention durant quelque temps. Un ­bémol toutefois : ces techniques ne sont pas prises en charge par la Sécurité sociale (à titre d’exemple, le prix de la sonde jetable utilisée en radiofréquence varie entre 150 et 350 euros, auxquels s’ajoutent le prix de l’intervention et les honoraires du praticien).

Bas et chaussettes de contention pour soulager

Ce n’est pas la solution miracle, mais les bas et chaussettes de contention aident à soulager les symptômes, à prévenir les complications et l’apparition de nouvelles varices, en soutenant le retour veineux.

Ils peuvent également être portés de façon préventive par les personnes qui travaillent debout, lors d’un long trajet en avion ou pendant la grossesse. Il existe quatre classes de bas ou de chaussettes de contention en fonction du degré de compression. Ils sont remboursés
à 60 % sur prescription médicale. Chez le pharmacien, n’hésitez pas à les essayer pour vous assurer
qu’ils offrent un confort optimal. Car, pour qu’ils
soient efficaces, la compression doit être dégressive
du pied jusqu’au genou ou jusqu’à la cuisse.