L’assurance maladie va entamer jeudi une négociation avec les organisations représentatives des centres de santé afin de revoir la manière dont ils sont financés. Elles demandent en particulier un « forfait de gestion regroupé » qui financerait certains coûts aujourd’hui non pris en compte par l’assurance maladie, comme la gestion obligatoire du tiers payant et du dossier du patient partagé par les professionnels des centres.

Alors qu’ils jouent un véritable rôle de service public de santé, les centres de santé sont peu soutenus par les pouvoirs publics. Leur pérennité ne repose le plus souvent que sur la bonne volonté de leurs gestionnaires (associations, mutualité, municipalités) à les faire vivre malgré des déficits importants. Ils pourraient cependant jouer demain un rôle essentiel dans l’organisation d’un système de soins plus solidaire et accessible à tous aussi bien financièrement que géographiquement. Lors de la campagne électorale, le candidat François Hollande s’était engagé à développer partout en France une médecine de ville collective au sein de pôles de santé de proximité qui pourraient prendre la forme de réseaux de soins coordonnées (professionnels de santé travaillant ensemble), de maisons de santé (professionnels de santé libéraux exerçant dans un même lieu) ou des centres de santé (professionnels de santé, le plus souvent salariés). Une volonté politique revendiquée aussi par Marisol Touraine qui, dans sa stratégie nationale de santé a réaffirmé leur rôle essentiel. Ces derniers pourraient donc voir, enfin, leurs missions valorisées, à condition, bien sûr, qu’on leur en donne les moyens.

Les centres de santé ont des coûts environ 20 % supérieurs à ceux d’un cabinet de médecine libérale. D’abord parce qu’ils ont des frais de structures importants (gestion, comptabilité…). Ensuite, parce qu’ils ne bénéficient pas d’un certain nombre de rémunérations qui viennent s’ajouter au paiement à l’acte chez les généralistes libéraux, comme le forfait annuel de 40 euros pour la prise en charge d’un patient en affection longue durée, le paiement d’astreintes pour les gardes, le forfait pour la réalisation de bilans bucco-dentaires pour les dentistes. D’autre part, alors qu’ils mènent des actions de prévention, de coordination, d’accès aux soins pour des populations fragiles et de participation à des réseaux en partenariat avec d’autres services de santé, ils ne perçoivent pas de leur autorité de tutelle (Cnam ou Agence régionale de santé) un financement public adapté à toutes ces missions. Enfin et surtout, si la dispense d’avance de frais – elle fait partie des obligations des centres et a pour objectif de faciliter l’accès aux soins – est une vraie valeur ajoutée pour les patients, cette activité représente un surcoût financier estimé entre 2 et 6 % des charges d’exploitation selon les centres, non compensées par la Caisse nationale d’assurance maladie. Ce surcoût est donc absorbé par les gestionnaires, associations, mutuelles ou municipalités. Parfois, asphyxiés financièrement, ces derniers sont contraints de mettre la clé sous la porte. C’est sur ces derniers points que les deux parties tenteront de s’entendre.