Alzheimer : pourra-t-on en guérir demain ?

Le mot à lui seul fait peur. Mais qu’est-ce qui se cache exactement derrière cette maladie qui entraîne la destruction lente des facultés cognitives, en particulier la mémoire ? Le point sur les causes, les symptômes, les traitements actuels et futurs…

Un trou de mémoire et tout le monde y songe : et si j’étais Alzheimer ? En France, la maladie touche 860 000 personnes. Un chiffre qui devrait plus que doubler d’ici à dix ans si rien ne change. Chaque jour, 600 nouveaux cas sont diagnostiqués. C’est pareil dans le monde, où 36 millions de malades sont recensés, dont 6 millions en Europe. Le vieillissement de la population n’arrange rien : un patient sur dix a plus de 65 ans, un sur trois a dépassé les 85 ans. A partir de cet âge, la maladie d’Alzheimer, qui détruit inexorablement les neurones et plonge dans le monde de l’oubli, frappe une femme sur quatre et un homme sur cinq. Et encore, le fléau serait sous-estimé : un cas sur deux ne serait pas diagnostiqué, soit que le malade arrive à cacher ses troubles et à déjouer les craintes de ses proches, soit que l’entourage se doute de quelque chose mais préfère ne pas savoir.

Car la maladie fait peur. Malgré les 10 millions d’euros consacrés à la recherche depuis une quinzaine d’années, on n’en sait pas grand-chose. Et aucun traitement n’a encore réussi à stopper son évolution. Pourra-t-on en guérir demain ? La question reste aujourd’hui sans réponse. Un défi crucial pour les malades et leurs familles, des aidants familiaux qui prennent en charge leurs proches délaissés par la société au risque d’y laisser leur peau : un aidant sur trois meurt avant le malade. L’addition est lourde aussi financièrement : selon France Alzheimer, entre les aides à domicile, les couches, etc., les familles sortent environ 1 000 euros de leur poche chaque mois. Un reste à charge sur lequel l’association alerte l’Etat dans un manifeste qui a déjà recueilli près de 60 000 signatures. Un nouveau plan Alzheimer devait être annoncé début 2014 par la ministre de la Santé. On l’attend toujours. Marisol Touraine aurait-elle perdu la mémoire ?

 

Les maladies apparentées

Les maladies apparentées à la maladie d’Alzheimer présentent les mêmes types de symptômes, mais leurs manifestations et leurs traitements diffèrent. On englobe dans cette appellation :
– Les dégénérescences fronto-temporales : elles se caractérisent par la mort progressive des neurones au niveau des lobes frontaux, les parties antérieures et latérales du cerveau, lesquelles sont impliquées dans le raisonnement, les idées abstraites, la planification,
les émotions, le comportement, etc. Contrairement aux malades Alzheimer, avant de perdre
la mémoire, les patients ont des troubles du comportement (impulsivité, désinhibition…).
La maladie se déclare souvent avant l’âge de 65 ans.
– La maladie à corps de Lewy : elle représente 20 % des cas de maladies neurodégénératives et se traduit par une altération du fonctionnement intellectuel
(attention, langage, raisonnement), pouvant s’accompagner de troubles moteurs
de type parkinsonien : tremblements, rigidité des membres, marche à petits pas…
– La démence vasculaire : elle n’est pas dégénérative et est provoquée par des accidents vasculaires cérébraux, une hémorragie ou une embolie affectant des vaisseaux du cerveau.

 

Soupçons sur les tranquillisants

Si rien ne permet d’affirmer de façon certaine que les anxiolytiques et les somnifères favoriseraient l’apparition de la maladie d’Alzheimer, un lien statistique entre leur consommation et la survenue de la maladie a été observé dans plusieurs études. En France, le premier à avoir donné l’alerte est le Pr Bernard Bégaud, qui dirige le département de pharmacovigilance à l’université de Bordeaux. Selon sa dernière étude, publiée dans The British Medical Journal fin 2012, les personnes qui prennent des benzodiazépines (Lexomil, Xanax, Stilnox…) depuis des années ont un risque augmenté de 50 % de développer une démence de type Alzheimer par rapport à celles qui n’en consomment pas. Selon le spécialiste, 16 000 à 31 000 cas pourraient leur être attribués. Plusieurs hypothèses sont avancées : ces molécules imprègnent durablement les tissus cérébraux et pourraient altérer la plasticité du cerveau et diminuer ses capacités d’adaptation en cas de lésions ; elles augmentent la somnolence diurne et donc l’inactivité, propice à entraîner des troubles cognitifs ; elles favoriseraient les apnées du sommeil, qui augmentent le risque de développer des démences de type vasculaire… Malgré les risques, les prescriptions de benzodiazépines sont à la hausse en France. Selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament publié au début de l’année, 131 millions de boîtes ont été vendues en 2012 (53,2 % d’anxiolytiques et 40,5 % d’hypnotiques). Une personne de plus de 65 ans sur quatre en avale, surtout des femmes. La moitié des patients en prennent depuis plus
de deux ans, alors qu’il ne faudrait pas dépasser trois mois pour les anxiolytiques et un mois
pour les somnifères. Ce que la Haute Autorité de santé a rappelé aux médecins.