En France, plus de 2 millions de personnes souffrent d’une allergie alimentaire. Les enfants sont trois fois plus touchés que les adultes, et 5 % des moins de 15 ans vivent en évitant tous les jours le lait, les oeufs, ou le poisson…

Qu’est-ce que c’est ?

Une allergie alimentaire est une réaction exagérée du système immunitaire à une substance (l’allergène), généralement une protéine, qu’il reconnaît comme étrangère. Elle touche essentiellement des personnes prédisposées génétiquement.

La crise survient très rapidement : de quelques minutes à quatre heures après l’exposition à l’aliment. Le plus souvent, elle fait suite à la consommation de l’allergène, mais le simple fait de le respirer ou de le toucher peut aussi la déclencher.

A quoi est-on allergique ?

Globalement, les enfants sont plutôt allergiques aux produits d’origine animale, les adultes à ceux d’origine végétale.

Les quatre principaux responsables sont le blanc d’œuf, le lait de vache, l’arachide, le poisson. Viennent ensuite les légumineuses (soja, pois, haricots, lentilles, fèves), les aliments du groupe des noix (amandes, noisettes, noix, noix du Brésil, de cajou ou de pécan, pignons, pistaches), du groupe des latex (avocat, banane, châtaigne, kiwi), les céréales et, enfin, les aliments du groupe des ombellifères (aneth, carotte, céleri, coriandre, fenouil, graines d’anis, persil).

Chez l’adulte, l’allergie est d’abord favorisée par les aliments du groupe des rosacées : abricot, cerise, fraise, framboise, noisettes, pêche, poire, pomme, prune… Depuis peu, de nouvelles allergies apparaissent (au lait de brebis et de chèvre, au sarrasin, au quinoa, etc.).

Quels sont les symptômes ?

Chez l’enfant, ils consistent principalement en un eczéma, de l’urticaire, une crise d’asthme, des douleurs abdominales. Chez l’adulte, les signes les plus fréquents sont la langue qui picote, les oreilles qui démangent, les lèvres qui gonflent…

Dans les deux cas, un œdème de Quincke (gonflement des muqueuses de la gorge) peut apparaître. La rhinite et la conjonctivite allergiques, les nausées, les vomissements, les diarrhées sont également évocateurs d’une allergie.

Heureusement très rare, le choc anaphylactique est le symptôme le plus grave. Il débute par une sensation de malaise avec démangeaisons, suivie d’une urticaire et d’une gêne respiratoire, et nécessite un traitement médical d’urgence.

Y en a-t-il beaucoup ?

Le nombre de cas d’allergie alimentaire a doublé en cinq ans, en France et dans d’autres pays. Une augmentation qui s’explique par un meilleur dépistage, la diversification trop précoce de l’alimentation des bébés, l’excès d’hygiène (qui rend le système immunitaire plus fragile), l’arrivée dans nos assiettes d’aliments « exotiques » (kiwis, litchis, avocats ou noix exotiques, épices…), la consommation croissante de plats industriels qui exposent à des allergènes masqués (gélifiants, épaississants, etc.).

Qui fait le diagnostic ?

Le diagnostic doit être posé par un allergologue. « Plus le diagnostic est précis, mieux on soigne, affirme le Pr Frédéric de Blay, pneumoallergologue au Chu de Strasbourg et président de la Société française d’allergologie (Sfa). Il faut savoir, par exemple, que plus un poisson est cuit, plus il est allergisant. »

Antécédents familiaux, relevé de tout ce que la personne a mangé au cours des sept derniers jours, conditions de survenue de l’allergie… l’interrogatoire, serré, est complété par des tests cutanés.

Ensuite, un test de provocation par voie orale (Tpo) est pratiqué : « On fait manger au patient l’aliment que l’on suspecte, en cherchant la dose qui provoque les symptômes », précise le Pr de Blay.

Quel traitement ?

Actuellement, le seul traitement consiste à éviter de consommer l’aliment incriminé. Un véritable casse-tête pour les parents car, s’il est facile de faire l’impasse sur un kiwi ou une fraise, tout se complique avec le lait ou l’arachide.

« Préparer les repas, faire ses courses relèvent du parcours du combattant, souligne Véronique Olivier, mère d’un enfant allergique et membre de l’Association française pour la prévention des allergies (Afpral). Il faut traquer les ingrédients sur les étiquettes, mais il est difficile de tout décrypter : certains allergènes apparaissent, d’autres pas. »

De fait, si un étiquetage préventif est devenu obligatoire, les mentions « peut contenir » ou « présence possible de… » ne précisent pas la quantité d’allergènes que renferme le produit. De plus, un même aliment allergisant ne porte pas toujours le même nom ; ainsi, selon la marque, le lait s’appelle « lactose », « caséine », « lactoprotéine »…

Est-on allergique toute sa vie ?

Tout dépend de l’allergène et de l’âge. Beaucoup d’allergies alimentaires disparaissent après la puberté. « Tant mieux, car un enfant accepte mieux d’éviter certains aliments qu’un adolescent, note Véronique Olivier. A l’adolescence, ils ne veulent plus faire attention, ils en ont marre. »

En revanche, une allergie qui a démarré à l’âge adulte aura plus de mal à disparaître, le système immunitaire étant moins souple. A titre d’exemple, l’allergie au lait guérit bien après l’âge de 2 ans, 50 % des allergies à l’œuf ne persistent pas après l’âge de 5 ans, les réactions trop fortes à la farine de blé s’éliminent bien également, contrairement à celles à l’arachide, dont à peine 10 % des patients guérissent.

Qu’est-ce que l’allergie croisée ?

Chez certaines personnes, le système de défense de l’organisme réagit fortement à des allergènes différents mais dont les structures biochimiques sont similaires : c’est l’allergie croisée.

Elle concerne 2 % de la population en France. La plus fréquente associe les pollens d’arbre et certains fruits ou légumes. Ainsi, l’intolérance au bouleau est souvent liée à une allergie à l’abricot, à l’amande, au brugnon, à la carotte, au céleri, au kiwi, à la pêche, la noisette, la noix, la pomme ou la pomme de terre.

Le pollen de graminées peut se « croiser » avec les cacahuètes et la tomate. Plus surprenant : les acariens vont de pair avec les escargots, la plume d’oiseau avec l’œuf…

Contact :
Association française pour la prévention des allergies
tél. 01 49 11 38 88.
Site Internet : www.afpral.asso.fr