Les allergies alimentaires touchent 3,2 % des Français et ne cessent de se développer depuis les années 1990. L’environnement et la façon de nous alimenter pourraient expliquer leur explosion.

Ça ne touche que les enfants

Faux Même s’ils sont les principaux concernés par les allergies alimentaires (on estime que 8 % des enfants sont touchés, contre 3 % des adultes), on peut devenir allergique à tout âge. « L’adulte peut perdre la tolérance qu’il avait pour un aliment qu’il consommait jusque-là sans problème, à la suite, par exemple, d’un changement d’alimentation – on observe ce phénomène chez les personnes qui suivent un régime hyperprotéiné », explique le Pr Gisèle Kanny, allergologue dans le service de médecine interne, immunologie clinique et allergologie du Chu de Nancy. Chez les patients plus âgés, une allergie alimentaire peut également se déclarer avec la prise de certains médicaments, comme les bêtabloquants ou les anti-inflammatoires.

On peut en avoir plusieurs

Vrai Certains allergènes ont une structure protéique proche. Ainsi, une personne allergique au lait de vache peut aussi l’être au lait de chèvre. Une autre allergique à l’arachide peut le devenir au soja, aux lentilles ; une allergie croisée peut aussi se développer entre l’œuf et les volailles, etc. Des individus d’abord allergiques à certains pollens (bouleau, graminées, pin, ambroisie) le deviennent également aux abricots, cerises, pêches, carottes, melon, concombres, tomates, etc. Globalement, les enfants sont plutôt allergiques aux protéines animales alors que, chez les adultes, les allergènes incriminés sont le plus souvent d’origine végétale.

C’est une question d’hérédité

Faux Certes, la génétique joue une grande part dans l’apparition de l’allergie alimentaire. Ainsi, lorsque l’un des parents est allergique, le risque chez le futur bébé est de 30 à 40 %. Il augmente à 50, voire 60 %, si les deux parents sont touchés. Il faut aussi savoir que c’est le terrain à risques d’allergie qui est transmis, et non l’allergie elle-même. Autrement dit, les enfants ne réagiront pas forcément aux mêmes allergènes que leurs parents. Toutefois, ces facteurs génétiques ne peuvent expliquer à eux seuls le boom des allergies alimentaires. L’une des raisons invoquées serait un changement de notre mode de vie, plus « hygiéniste  ». « Les enfants naissent avec un système immunitaire “ naïf ”, qu’ils doivent éduquer au cours de leurs premières années de vie, en se confrontant aux différents germes de l’environnement, les bons comme les mauvais, explique le Pr Kanny. Or, faute d’un contact suffisant avec les microbes, notamment en raison de l’excès des mesures d’hygiène, le système immunitaire est désorienté et se met à ne plus tolérer des substances normales de l’environnement, comme certains aliments, mais aussi des pollens, les acariens, etc. » La pollution atmosphérique est également mise en cause via des substances toxiques, comme les particules fines de diesel, qui sont ingérées avec les aliments.

Ça vient de ce qu’on mange

Vrai et faux La consommation de produits de plus en plus diversifiés et exotiques, tels que les fruits à coque (noix de pécan, noix de macadamia…) ou le sésame, est responsable de 4,4 % des allergies alimentaires chez l’adulte. L’industrie agroalimentaire introduit de nouveaux ingrédients pour la fabrication de ses produits, qui peuvent devenir autant de nouvelles sources d’allergènes. C’est par exemple le cas du sarrasin, traditionnellement utilisé dans les crêpes bretonnes, et désormais introduit dans les barres de céréales, les nouilles asiatiques ou certains sandwichs. Concernant la diversification alimentaire, les allergologues préconisent désormais une introduction progressive des aliments entre quatre et six mois.

Ça peut être très grave

Vrai L’allergie est une réaction anormale du système immunitaire lors d’un contact avec un agent pathogène. Habituellement, les aliments sont bien tolérés, mais, pour une raison encore peu connue, l’organisme de la personne allergique réagit en leur présence en produisant des anticorps particuliers, les immunoglobulines E (IgE), la première fois qu’il est en contact avec l’allergène. C’est la phase de sensibilisation. Dès lors, à chaque nouvelle rencontre avec l’allergène, l’organisme réagit de façon excessive, en libérant des médiateurs, notamment l’histamine, responsables des signes de l’allergie : cutanés (urticaire, eczéma), respiratoires (crise d’asthme, rhinite), oculaires (conjonctivite) ou digestifs (vomissements, diarrhées, douleurs abdominales, régurgitations…). L’intensité de la réaction n’est pas proportionnelle à la quantité ingérée. Chez certaines personnes, quelques traces ou quelques milligrammes de l’aliment incriminé peuvent suffire à déclencher une réaction grave, comme un œdème de Quincke. C’est une urgence médicale qui se manifeste par un gonflement du visage, de la langue et du cou.

Allergie et intolérance, c’est pareil

Faux Les intolérances alimentaires sont liées à un déficit d’enzymes à l’origine de troubles digestifs. L’exemple le plus classique est l’intolérance au lactose, le principal sucre du lait. En raison d’un manque en lactase, l’enzyme qui dégrade le lactose dans le lait, les personnes, surtout des adultes, souffrent de douleurs abdominales, de diarrhée ou de gaz intestinaux dans les heures suivant l’ingestion du lait. Ces troubles digestifs disparaissent généralement en diminuant les apports laitiers ou avec la consommation de lait fermenté, qui contient moins de lactose. Plus grave, l’intolérance au gluten (une protéine naturellement présente dans le blé, l’avoine, le seigle…), ou maladie cœliaque, provoque des lésions de la muqueuse intestinale, diminuant l’assimilation des aliments. La maladie cœliaque se diagnostique par un test ­sanguin, complété, s’il est positif, d’une biopsie intestinale. On estime que 1 % de la population est concernée par cette affection, qui nécessite l’éviction totale et à vie de toutes les sources de gluten.

Ce n’est pas toujours facile à repérer

Vrai Un enfant qui se gratte la paume des mains, la plante des pieds et le cuir chevelu après avoir mangé, qui multiplie les épisodes d’eczéma, fait des rhinites ou des bronchites récidivantes doit être examiné par un allergologue. De même, des diarrhées inexpliquées ou une cassure de la courbe de croissance doivent amener à consulter. Le diagnostic de l’allergie repose sur un interrogatoire précis et des tests cutanés, les prick-tests. On dépose une goutte d’allergène sur la peau puis on la pique pour que la substance pénètre à travers la couche cornée. En cas d’allergie, un gonflement (une papule) et une rougeur apparaissent. Ces tests peuvent être pratiqués dès le plus jeune âge, même chez les bébés de quelques semaines. L’allergologue peut aussi être amené à rechercher dans le sang des anticorps de la famille des IgE, spécifiques de la maladie, et à procéder à un test de provocation orale sous surveillance médicale, à l’hôpital. Après ingestion de l’aliment incriminé, ce test permet de déterminer à partir de quelle quantité d’allergène réagit l’organisme du patient.

On n’en guérit jamais

Faux Certaines allergies de l’enfant disparaissent avec l’âge (lait de vache, œuf). En attendant, l’éviction de l’aliment est recommandée. Ma
is depuis quelques années, les allergologues cherchent à rétablir chez le patient allergique une tolérance alimentaire. « Il s’agit de réintroduire progressivement l’allergène incriminé dans l’alimentation pour faire basculer le système immunologique de l’allergie à la tolérance, explique le Pr Gisèle Kanny. En fonction du seuil de réactivité de l’enfant, on peut parvenir à rétablir une tolérance en trois à douze mois. Parfois, on ne peut aboutir qu’à une tolérance partielle, mais, pour certains enfants très allergiques, l’objectif est de prévenir un accident dans la vie courante, une situation qui inquiète nombre de parents. » Ces désensibilisations orales sont réalisées pour le lait, l’œuf, le blé, la noisette, la pomme, la poire, mais aussi l’arachide. Récemment, une étude publiée dans la revue médicale britannique The Lancet a montré qu’après six mois de traitement les enfants allergiques pouvaient tolérer des doses quotidiennes de 800 mg d’arachide, soit l’équivalent de 5 cacahuètes, une dose suffisante pour leur sauver la vie en cas d’ingestion accidentelle.

 

Bien lire les étiquettes
Les allergiques doivent être attentifs à l’étiquetage des produits industriels, notamment ceux à l’arachide, car elle peut, chez certains d’entre eux, engendrer des réactions sévères même quand elle est présente sous la forme de traces. La directive européenne 2003/89/CE oblige l’industrie agroalimentaire à mentionner quatorze groupes d’allergènes potentiels (gluten, soja, sésame, arachide, fruits à coque, lupin, céleri, moutarde, œuf, lait, poisson, crustacés, mollusques, sulfites) s’ils sont utilisés comme ingrédients dans les produits. Ces ingrédients sont en effet responsables de plus de 90 % de l’ensemble des allergies alimentaires.