Alain Villemeur : la Protection sociale, un investissement pour notre avenir

Alain Villemeur est docteur en sciences économiques, chercheur associé à la chaire « Transitions démographiques, transitions économiques de l’Université Paris Dauphine ». Il répond aux questions de Viva.
Dans votre livre « la Protection Sociale, un investissement pour l’avenir [fn]Editions du Seuil : Octobre 2012 : 17 euros.[/fn] » vous expliquez qu’il faut arrêter de considérer les dépenses sociales seulement en terme de coût .

En effet, il est communément admis aujourd’hui que la Protection sociale et les dépenses de santé sont des charges, des coûts pour l’économie et la société. Aussi, avec les crises qui se succèdent, on a tôt fait de dire qu’il faut couper dans ces dépenses. Or, toutes les études montrent que les dépenses de santé ont un impact positif sur l’économie. D’abord, parce qu’elles ont permis l’allongement de la durée de vie, un meilleur état de santé des actifs et donc un accroissement de la productivité. Mais surtout, le secteur de la santé crée chaque année 40 000 emplois non délocalisables. C’est considérable. Il faut voir autrement ces dépenses, en terme d’investissement et les valoriser comme telles.

Pour autant, vous dîtes qu’il y a aujourd’hui un problème de visibilité de ce qu’apporte le Protection sociale à notre société ?

Tout à fait. La solidarité intergénérationnelle ne fonctionne plus très bien. On constate que la Protection sociale bénéficie globalement plus aux retraités qu’aux jeunes générations, même si bien sûr, il existe encore de nombreux retraités en situation de précarité. De plus, on finance notre système de Protection sociale principalement en accroissant notre dette publique. Celle ci va peser sur les prochaines générations. Le risque est grand que les jeunes ne voient plus l’intérêt de cotiser toujours plus pour une solidarité nationale dont ils ne bénéficient pas. La Protection sociale risque de devenir illégitime pour notre jeunesse. Dans le cas de figure le plus grave, cette incompréhension du système peut déclencher une « guerre des âges ».

Comment éviter ça ?

En montrant aux jeunes que la Protection sociale les concerne, en terme de prévention, de retombées dans la sphère économique. Par exemple, il n’est pas normal que les 18-25 ans, ne bénéficient pas du RSA.

Le problème du financement est donc crucial en terme économique mais aussi symbolique ?

Pour le financement, nous sommes arrivés au bout d’un système axé sur les cotisations sociales et la CSG. Et même si cette dernière taxe aussi les revenus du capital, elle repose principalement sur les revenus du travail. Il faut aller plus loin : d’abord en taxant plus le capital -le taux de taxation du capital est faible, de l’ordre de 15 % selon le Conseil des prélèvements obligatoires, alors que les revenus du travail le sont à plus de 40 %- et la transmission du patrimoine. Il faut savoir qu’en 15 ans, le patrimoine des Français a été multiplié par deux. Taxer la succession, est impopulaire en France, mais il serait normal que cette richesse qui s’accroit participe au financement de la Protection sociale. Je pense aussi aux taxes environnementales peu développées en France alors qu’elles le sont dans les pays nordiques. Il faut aussi lutter contre toutes les sortes de gaspillages et de fraudes fiscales et sociales dont le montant atteindrait, selon la Cour des comptes, 30 ou 40 milliards d’euros par an, imputables principalement au travail au noir, aux fausses déclarations de certains employeurs. D’autres pays autour de nous, ont fait ces efforts de traques aux fraudes.

Vous parlez d’une remise à plat de notre système de Protection sociale ?

Il faut arrêter de prendre des décisions sous la dictature de l’urgence mais se lancer des défis pour les quinze, vingt prochaines années. La Protection sociale en France, c’est 34 % du PIB. C’est considérable. Pourtant, elle n’a pas été au coeur des problématiques de la campagne électorale. Il faut un vrai débat national sur l’avenir de notre Protection sociale et de ses missions d’autant que des enjeux se profilent à l’horizon comme les discussions sur les retraites et le financement de la Sécurité Sociale en 2013 et sur la dépendance en 2014.