Nombreuses sont les études scientifiques vantant les bienfaits de la pratique d’une activité physique pour la santé. Dans certains cas, elle peut même remplacer les médicaments. Alors, consultez votre médecin pour éliminer les contre-indications éventuelles, et lancez-vous…

Les Français ne se dépensent pas suffisamment. Selon le premier baromètre national sport/santé de la Fédération française d’éducation physique et de gymnastique volontaire (Ffepgv), paru en 2012, ils ne sont que 48 % à exercer une activité sportive au moins une fois par mois et 39 % une fois par semaine. C’est trop peu.

L’évolution du mode de vie a progressivement entraîné une modification des comportements en matière d’activité physique : l’accroissement du travail sédentaire, les transports motorisés et les activités de loisirs physiquement passives (télévision, jeux vidéo…) ont diminué nos dépenses énergétiques. Et pourtant, diverses études démontrent les bénéfices incontestés pour la santé d’une activité physique ou sportive régulière.

Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), pratiquer une activité physique modérée (c’est-à-dire durant laquelle on est capable de tenir une conversation) trois heures par semaine ou une activité intense (l’effort doit être tel que l’on est essoufflé) trois fois vingt minutes par semaine réduit de 30 % le risque de mortalité prématurée !

Coeur, cerveau, os…ses nombreux bienfaits sur la santé

D’un point de vue physiologique, l’activité physique prévient diverses affections : elle préserve le capital osseux, ce qui protège de l’ostéoporose, elle permet une meilleure résistance aux infections, retarde le vieillissement cérébral et l’apparition de maladies neurodégénératives, comme la maladie d’Alzheimer, diminue l’anxiété et le risque de dépression, améliore le taux de cholestérol et intervient dans la prévention et le traitement des maladies ostéo-articulaires (lombalgie chronique, arthrose, rhumatisme et polyarthrite rhumatoïde) du fait de son effet positif sur l’élasticité des tendons et des ligaments. Elle a également un effet relaxant, apaise la douleur et améliore donc le bien-être des malades.

L’activité physique agit tel un médicament pour faire baisser la glycémie (le taux de sucre dans le sang). « Elle diminue de 50 % le risque de développer un diabète de type 2 chez les sujets intolérants au glucose et limite les complications liées à la maladie lorsque le diabète est déjà installé, fait remarquer le Pr Martine Duclos, chef du service de médecine du sport et d’explorations fonctionnelles au Chu de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). L’activité physique agit en réduisant la résistance à l’insuline et améliore le transport et l’utilisation du glucose par les muscles ».

Un bénéfice pour les malades du cancer

Autre effet notable : son impact dans la prévention des cancers. « Une heure de marche trois fois par semaine réduit de 25 % le risque de survenue de cancer du sein, de la prostate, de l’utérus, du côlon ou du poumon non lié au tabac », explique Thierry Bouil­let, cancérologue au Chu Avicenne à Bobigny (Seine-Saint-Denis) et président de la Fédération nationale sport et cancer Cami [Cancer arts martiaux et informations].

De même, « l’activité physique, maintenue pendant et après les traitements, réduit de 50 % le risque de rechutes chez des patients atteints de cancer du sein, du côlon ou de la prostate, quel que soit le diagnostic de départ », reprend le Dr Thierry Bouillet. On comprend aujourd’hui mieux pourquoi ces cancers sont particulièrement réceptifs à l’activité physique : celle-ci accélère le transit intestinal, réduisant ainsi le temps d’exposition de la muqueuse digestive aux substances cancérigènes d’origine alimentaire. Elle réduit également les taux d’œstrogènes, d’insuline et de leptine, des hormones connues pour favoriser la croissance des cellules cancéreuses. Pour qu’il y ait un réel effet, l’activité physique doit être assez soutenue – pour le cancer du sein, il faut pratiquer environ trois heures de marche rapide par semaine, pour les deux autres cancers, c’est le double. Enfin, les effets ne se font sentir qu’après six mois.

Au regard de ces résultats très encourageants, la Fédération nationale sport et cancer Cami a mis en place des activités variées et adaptées (danse, gymnastique, patinage artistique, karaté, cirque…) pour les patients en cours de traitement ou en phase de rémission, avec des professionnels spécifiquement formés aux problématiques de ces patients tant sur le plan des soins, de la psycho-oncologie, que des capacités physiques pendant et après les traitements.

De même, l’activité physique fait partie intégrante des programmes d’éducation thérapeutique pour les personnes atteintes de broncho-pneumopathie chronique obstructive (Bpco), d’asthme ou de maladies cardio-vasculaires. « Bouger une heure et demie à trois heures par semaine réduit l’hypertension artérielle et améliore la fluidité du sang, ce qui évite la formation de caillots sanguins, explique le Pr François Carré, cardiologue au Chu de Rennes (Ille-et-Vilaine). Le cœur ralentit du fait de la réduction de l’activité du nerf sympathique. Les cellules musculaires des parois des vaisseaux sanguins se relâchent mieux, et le calibre des vaisseaux augmente : la circulation sanguine est plus efficace et le cœur se fatigue moins. Tous ces bénéfices concourent à prévenir le risque de survenue de problèmes cardiaques et de récidive après un accident cardio-vasculaire ».

Marche, vélo, jardinage…tout est bon pour bouger

« Il faut revenir aux fondamentaux, car on a trop vite oublié que nos gènes étaient programmés pour bouger. Ils ne sont pas adaptés à notre mode de vie sédentaire », explique le Pr Martine Duclos. Bonne nouvelle pour les plus récalcitrants : par activité physique, on entend bien sûr la pratique d’un sport, mais aussi toute l’activité réalisée dans le cadre de la vie professionnelle et de la vie courante (ménage, bricolage, jardinage…). « On peut fractionner les trente minutes d’activité minimales préconisées en garant sa voiture plus loin le matin pour s’accorder dix minutes de marche rapide, en descendant une station de métro avant celle prévue, en marchant d’un pas soutenu pendant sa pause-déjeuner, en utilisant les escaliers ou en allant au travail à vélo…

Toutes les occasions sont bonnes pour retrouver le réflexe de bouger », explique Jean-François Toussaint, cofondateur et directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport (Irmes). Natation, course à pied, danse, aquagym, vélo, tennis, badminton… peuvent compléter le tableau. A chacun de trouver la discipline qui lui permettra d’être le plus constant possible, l’idéal étant de pratiquer une activité physique tout au long de sa vie, en l’adaptant à l’évolution de ses capacités physiques et de ses envies.

A quand une prise en charge par la Sécurité sociale?

Au regard des différentes études qui prônent les vertus de l’activité physique, certains acteurs de la santé s’interrogent sur sa prise en charge par la Sécurité sociale, pour raison médicale. L’Imaps, créée par le mouvement mutualiste pour promouvoir la pratique de l’activité physique pour tous, propose que l’assurance-maladie et les complémentaires santé remboursent à hauteur de 150 euros par an les frais occasionnés par la pratique d’une activité physique pour les personnes souffrant d’une affection longue durée (Ald). Elle chiffre à 56,2 millions d’euros par an les économies que cela pourrait représenter pour le système de soins si 10 % des personnes en Ald
pouvaient en bénéficier. A Strasbourg, la caisse primaire d’assurance-maladie rem­bourse déjà aux usagers l’abonnement au système de vélos en libre-service de la ville. A bon entendeur…