Tout le monde se pose la question : les centenaires ont-ils une recette pour vivre aussi longtemps ? Si certains d’entre eux, c’est prouvé, ont une prédisposition génétique, qu’en est-il des autres, la majorité ?
Optimisme et zen attitude
Les centenaires souffrent comme les autres, mais ils ont une plus grande capacité à rebondir face aux aléas de la vie, affirme le Dr Philippe Dejardin, gériatre et coordinateur des centres de prévention Agirc-Arcco. Ils ont des phases de deuil plus courtes et se reconstruisent plus vite que les autres. »
Les centenaires sont aussi plutôt positifs et satisfaits de leur vie. Selon une étude néerlandaise, l’optimisme réduit de 45 % la mortalité par maladies cardio-vasculaires chez les hommes de 64 à 84 ans. Ce lien a aussi été observé chez les femmes. Mais difficile de changer sa nature.
En revanche, on peut peut-être s’imposer de prendre le temps de vivre et de ralentir le mouvement, comme les tortues qui vivent 150 ans. Ou les habitants d’Okinawa, une île de l’archipel japonais des Ryukyu, qui détiennent le record mondial de la longévité et qui s’accordent plusieurs pauses chaque jour pour se concentrer, méditer, respirer à fond, sentir une fleur ou, simplement, prendre le temps.
Car, on le sait, le stress accélère le vieillissement de nos cellules, et, avec le tabagisme, c’est même l’un des grands « racourciceurs » de vie. Preuve que le psychisme joue : une étude américaine, publiée en 2009, indique que les centenaires sont plus extravertis et globalement moins névrosés que les autres.
Le sommeil serait-il le garant de leur sérénité ? Des chercheurs ont, en effet, noté que 66 % d’entre eux dormaient comme des bébés.
menus équilibrés
Autant le signaler tout de suite : les centenaires ne sont accros ni à la cigarette ni à la boisson, et sont plutôt minces. Une étude réalisée au Royaume-Uni entre 1993 et 2007 sur plus de 20 000 personnes a d’ailleurs montré que celles qui ne fument pas, qui consomment un demi-verre d’alcool au maximum par jour ainsi que cinq fruits et légumes et qui font une demi-heure d’exercice quotidien majorent leur espérance de vie de quatorze ans.
En analysant l’assiette des supercentenaires d’Okinawa, on s’aperçoit qu’ils avalent chaque jour 300 calories de moins que les Français. Surtout, 78 % de ce qu’ils mangent est d’origine végétale, donc pauvre en graisses et riche en fibres, antioxydants, magnésium… Des substances qui protègent notre corps de l’usure.
A leurs menus : poissons, fruits de mer, soja, légumes secs, châtaignes, soupes, légumes, fruits, algues, énormément de thé vert, mais pratiquement pas de sucres et de produits transformés. Une étude danoise menée sur 120 000 personnes originaires d’Okinawa ayant émigré au Brésil et changé leur alimentation montre qu’elles vivent en moyenne dix-sept ans de moins que celles qui sont restées dans l’archipel et qu’elles comptent dix fois moins de centenaires.
Attention, cependant, à la restriction calorique : « Pour vivre en bonne santé, il faut manger équilibré et ne pas perdre de poids après 75 ans, cela augmente la morbidité, assure le Dr Dejardin. Une perte de deux kilos est un signal d’alarme. »
Activité physique et liens sociaux
Pour les centenaires actuels, la retraite a surtout été une formalité administrative, souligne l’anthropologue Frédéric Balard. Ils ont continué à bouger, bricoler, jardiner, s’occuper. C’est indispensable. » L’activité est l’alliée de la longévité.
Parce qu’ils sont moins malades, les habitants d’Okinawa sont toujours en mouvement à 100 ans. Une vitalité qui tient à ce qu’ils ont l’habitude d’être actifs depuis l’enfance et qu’ils n’ont jamais cessé de l’être : 60 % d’entre eux ont exercé des métiers liés à l’agriculture, donc très physiques. Ils pratiquent aussi le karaté et le tai-chi.
« Il y a trois fois plus d’infarctus chez les personnes sédentaires, déclare le Dr Dejardin. L’activité physique réduit le risque de cancer, retarde la maladie d’Alzheimer, combat la dépression, renforce l’équilibre et l’autonomie. C’est bon aussi pour la mémoire, car elle développe tous les processus de cognition. Marche, vélo, natation, peu importe : si on commence à pratiquer régulièrement un sport à 65 ans, au bout de trois ans on diminue son risque d’être malade de 30 %. »
Faire travailler ses méninges, rester en contact avec les autres, être impliqué, avoir une place au sein du groupe… compte également beaucoup. 80 % des Okinawaïens font de la musique, chantent, jouent ensemble, aident ceux qui en ont besoin…
Ce « cercle de connexion » permet aux centenaires de ne jamais être isolés et d’être respectés. « Le fait d’avoir un réseau d’amis est très important. Quand on a du lien social, les maladies passent au second plan, assure le Dr Dejardin. Quand on est seul, on se plaint plus. » Du reste, pour faire des vieux os, mieux vaut être en couple : les personnes mariées vivent plus longtemps que les célibataires. Sans doute une histoire de câlins.
Faut-il prendre de la Dhea ?
« La Dhea* peut être utile pour améliorer l’énergie, le sommeil, la peau, la libido… à condition qu’elle soit prescrite à la bonne dose, en fonction des besoins de chaque individu et pas prise à l’aveuglette. Car, comme
pour les compléments vitaminiques, ce qui est efficace pour l’un
ne l’est pas forcément pour l’autre, et les effets ne sont pas les mêmes
à 50 ans ou à 70 ans, ils peuvent même être délétères si on fait n’importe quoi. Mais penser que la Dhea est une pilule miracle est une erreur », affirme le Dr Christophe de Jaeger.
Ce spécialiste du vieillissement cherche à faire émerger une nouvelle médecine de la longévité : « Quand vous allez voir un médecin, il vous dit si vous êtes malade ou pas. Mais si on souhaite être des centenaires actifs, autrement dit, si on veut que les gens vieillissent en restant en forme le plus longtemps possible, il faut leur proposer une vue d’ensemble de leur état physiologique qui permette de leur donner des conseils personnalisés. Les messages de prévention grand public, c’est bien, sauf que chacun est différent. Il se peut que 5 fruits et légumes par jour, ce ne soit pas assez pour certains et que pour d’autres ce soit trop. »
L’idée serait de faire cette révision complète à partir de 50 ans, car c’est à cet âge-là que « les signaux commencent à passer au rouge ». Un hic : cette médecine à la carte n’est pas remboursée.
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* La Dhea, ou déhydroépiandrostérone, est une hormone naturellement produite par l’organisme, mais dont la production diminue avec l’âge. On l’appelle aussi l’hormone de la jeunesse.