Le procureur Guariniello a fait rêvé l’assistance lorsqu’il a communiqué que le parquet de Turin avait initié, il y a quelques années déjà, la création d’un Observatoire des cancers professionnels. Pour, dit-il, « aller à la recherche des tumeurs perdues ».

Cet observatoire comprend des juristes et des médecins. « Nous avons examiné les principaux cancers dont l’origine professionnelle est très probable : mésothéliomes et cancers du poumon, cancers de la vessie, cancers du nez et cancers du foie. Les médecins, pour chaque cas dans ces pathologies, vérifient si le patient a été exposé à un produit chimique, de l’amiante ou autre. Pour l’instant, nous avons trouvé quelque 2 500 cancers concernant environ 1 600 entreprises, raconte Raffaele Guariniello. Après vérification – entretiens des malades avec les médecins, Ndlr –, nous avons pu constater que plus de 1 500 sont liés à une origine professionnelle. »

Ce qui veut dire que, rien que sur la région Piémont, en cherchant correctement, on trouve autant de cancers d’origine professionnelle que sur l’ensemble du territoire français (compte tenu du fait que tous les cancers n’ont pas été observés en Italie). Une confirmation que la sous-estimation de ces cancers, en France, est de taille.

Le procureur de Turin poursuit : « Cet observatoire n’a aucune visée d’études médicales ou épidémiologiques. Nous avons aussi, comme en France je crois, un registre des cancers. L’observatoire nous sert uniquement à des fins juridiques. »

Exemple : suite à un dépôt de plainte d’un pompier atteint d’un mésothéliome, une recherche a été effectuée par l’observatoire turinois. Au final, ce sont quelque 57 mésothéliomes touchant des sapeurs-pompiers qui ont été mis à jour. Des données médicales qui étayent la présence d ‘amiante dans des immeubles ayant été ravagés par des incendies. Et dont la trace peut être retrouvée.

Cet observatoire est malheureusement limité au territoire de Turin mais donne un aperçu de ce qui pourrait être obtenu si le système s’étendait.

En France, la seule expérience faisant office d’observatoire des maladies professionnelles est l’enquête permanente réalisée par le Giscop en Seine-Saint-Denis. Elle a des visées avant tout épidémiologiques, de mise en évidence du nombre réel de cancers professionnels sur une population donnée. Les patients qui souhaitent poursuivre sur le terrain juridique sont orientés vers d’autres interlocuteurs : professionnels du droit et associations de victimes.

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