Tremblements : une maladie à part entière

La cause la plus fréquente de tremblements est une affection neurologique et génétique qui a pour nom « tremblement essentiel ». Cette pathologie est trois fois plus répandue que la maladie de Parkinson. Pourtant, de nombreux patients vivent souvent de longues années sans diagnostic.

C’est un vrai paradoxe. Le tremblement essentiel touche 300 000 personnes en France, trois fois plus que la maladie de Parkinson. Pourtant, il reste largement méconnu, y compris des professionnels de santé. En moyenne, un malade chez qui le tremblement essentiel s’est déclaré tôt, c’est-à-dire dans l’enfance, traverse dix ans d’errance diagnostique.

Les patients essuient souvent moqueries et remarques désobligeantes. Leurs tremblements sont attribués à tort par l’extérieur au stress, à la nervosité, à la maladie de Parkinson ou à l’alcoolisme, quand ils ne sont pas simplement banalisés. « Il faut sortir de l’idée que le tremblement essentiel est une maladie bénigne ; certains patients peuvent être très sérieusement atteints », affirme le Dr David Grabli, neurologue spécialiste des mouvements anormaux à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris.
Dans cette maladie neurologique et génétique, qui touche aussi bien les femmes que les hommes, les tremblements sont surtout présents lorsque les muscles sont contractés volontairement. « Tous les gestes de la vie quotidienne deviennent difficiles, voire impossibles, au fur et à mesure de l’évolution de la maladie », remarque Fabrice Barcq, vice-président de l’Association des personnes concernées par le tremblement essentiel (Aptes). Comme se raser, lacer ses chaussures, se maquiller, mettre une clé dans une serrure… Alors que, dans la maladie de Parkinson, les tremblements se manifestent au repos.

Deux âges critiques

Les tremblements touchent surtout les membres supérieurs – habituellement les mains –, mais ils peuvent aussi affecter les bras, les épaules, le cou, le visage, la voix et gagner, ce qui est plus rare, les jambes et les pieds. L’intensité des tremblements varie beaucoup d’un patient à l’autre. La maladie apparaît à deux âges critiques, 20 ans et 60 ans, mais elle peut aussi se déclarer pendant l’enfance. Les symptômes ont tendance à s’aggraver très lentement avec le temps. L’évolution de la maladie reste toutefois difficile à prédire.

Stéphanie, 36 ans, aujourd’hui hôtesse d’accueil dans l’Ain, souffre de tremblement essentiel depuis toute petite. Elle a longtemps ignoré l’origine de ce trouble, qui lui a pourtant bien compliqué l’existence. « A l’école, écrire au tableau, ce n’était même pas envisageable. Au travail, des clients me disaient qu’il fallait que j’arrête de boire », raconte Stéphanie, ancienne caissière. Elle se souvient d’ailleurs s’être fait renvoyer de son premier emploi au bout d’une petite semaine. « Vous ne paraissez pas sûre de vous », a-t-on justifié. C’est finalement à 23 ans qu’elle a consulté pour la première fois une neurologue, sur les conseils de sa tante. Le diagnostic est alors tombé. « J’ai été soulagée de pouvoir mettre un nom sur ce que j’avais, dit-elle. Mais j’étais aussi un peu déçue d’apprendre qu’il n’y avait rien pour me soigner. »

Aucun traitement spécifique

A ce jour, il n’existe toujours pas de traitement spécifique au tremblement essentiel. On ne sait ni le guérir ni enrayer son évolution. Des bêtabloquants ou encore des antiépileptiques peuvent être prescrits pour soulager les symptômes, mais leur efficacité reste limitée et leurs effets secondaires s’avèrent non négligeables. On a parfois recours à la chirurgie pour soigner certains patients sévèrement handicapés : une ou deux électrodes sont implantées dans le cerveau et reliées à un stimulateur qui envoie des impulsions électriques dans le but de diminuer les tremblements. Mais cette technique de stimulation cérébrale profonde est un traitement « invasif qui ne peut être proposé à tout le monde », prévient la Pre Emmanuelle Apartis-Bourdieu, neurologue qui dirige l’unité d’explorations fonctionnelles de l’hôpital Saint-Antoine, à Paris.

Pendant longtemps, le tremblement essentiel n’a pas suscité un grand intérêt parmi les chercheurs. De récents travaux lèvent en partie le voile sur les mécanismes à l’œuvre dans cette affection. Une dégénérescence de certaines cellules du cervelet, organe qui assure la régulation de la fonction motrice, vient d’être mise en évidence. Des chercheurs de l’université de Montréal ont aussi annoncé, il y a peu, avoir isolé un gène potentiellement impliqué dans la genèse du tremblement essentiel. Les malades espèrent, eux, que ces avancées scientifiques serviront à mettre rapidement au point un traitement contre cette pathologie.

Sandra Jégu

Qui consulter ?

En cas de tremblements, c’est un neurologue spécialiste des mouvements anormaux que vous devez consulter. Celui-ci réalisera un examen clinique. Différents tests permettent de mettre en évidence un tremblement essentiel : il est par exemple demandé au patient d’écrire, de verser à boire ou encore de reproduire une spirale au crayon.

Vos réactions

Bien-être

Santé

Protection sociale

Société

Seniors

Environnement

Coup de cœur de la rédaction