En 1945, avec la création de la Sécurité sociale, en application du programme du Conseil national de la Résistance, les générations de l’après-guerre ont fait le choix de la solidarité et d’un investissement collectif exceptionnel pour protéger et améliorer la santé de la population.

La part de la richesse nationale consacrée aux dépenses de soins est passée de 2,5 % en 1950 à 9,2 % en 2009. Cet investissement, financé pour l’essentiel par les cotisations sociales et l’impôt, a fait naître un système de santé classé premier par l’Oms en 2000.

Pourtant, depuis les années 1980, ce bien collectif, auquel les Français sont attachés, est menacé. La crise financière de 2008, en projetant l’ombre du déclin économique, a conforté l’idée d’une nécessaire réduction des dépenses publiques de santé. Pendant la période où la croissance était soutenue, le débat public sur la politique de santé a occupé une place modeste lors des grandes échéances électorales, malgré les différences d’approche des principales forces politiques concernant l’élargissement des recettes de la Sécurité sociale et les plans de maîtrise des dépenses de santé.

Cette dépolitisation relative des questions sanitaires a permis, à la faveur de l’empilement de mesures présentées comme “ techniques ” et limitées, d’entrer insidieusement dans une logique de déconstruction de la protection sociale.

Aujourd’hui, la Sécu ne rembourse plus que 55 % des soins courants à 80 % de la population… Demain, avec les 15 millions de malades chroniques et le vieillissement de la population, les besoins seront plus importants et la situation pourrait encore s’aggraver.

Face à ce déclin programmé, une nouvelle politique de protection sociale est une nécessité. Elle appelle un débat politique général. Aura-t-il lieu lors de cette présidentielle ? C’est ce que souhaitent les signataires du Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire.

“Plaçons la santé solidaire au cœur de la campagne électorale” 

Didier Tabuteau, responsable de la chaire santé à Sciences-Po.

“Depuis quelques années, nous sommes un certain nombre – professionnels de la santé, universitaires, responsables d’associations de malades – à nous inquiéter de la dégradation de notre système de protection sociale. Les remboursements par la Sécu ne cessent de baisser, avec un transfert de charges accru sur les mutuelles. Les inégalités sociales de santé sont profondes et se creusent.

Cette situation existait déjà en 2007, lors de la dernière élection présidentielle. Mais la question sanitaire et sociale n’avait pas été au cœur des débats. Nous souhaitons qu’en 2012 elle le soit. Notre système de protection sociale est au centre de notre pacte républicain. Il repose sur celui qui a été mis en place en 1945 avec la création de la Sécurité sociale. Si nous devons aller vers un système plus libéral, la moindre des choses serait que les Français en décident.

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Or toutes les mesures d’économies et de rationalisation de ces dernières années reposent sur des affirmations idéologiques selon lesquelles nous n’avons plus les moyens de financer un système de protection sociale et de santé de haut niveau.

On assiste à des mesures techniques de déremboursements, de mise en place de franchises sans débat démocratique. Nous pensons qu’il s’agit de choix politiques et nous demandons donc que le débat politique ait lieu. Avec le Manifeste pour une santé égalitaire et solidaire, nous espérons placer ce débat au cœur de la campagne électorale. Ça n’a jamais été le cas.

Cela s’explique par des raisons historiques qui remontent à la Révolution. Depuis cette date, la gestion du système relève d’un rapport de force entre l’élite politique et le corps médical, non d’une vision politique ou d’un débat démocratique. Il nous faudrait un Jules Ferry de la Sécu. Il faut investir dans la protection sociale. Notre système de santé doit reposer sur des services publics avec des hôpitaux de qualité, un système de prévention efficace, des soins de proximité et, bien évidemment, sur une assurance-maladie de bon niveau.”

Didier Tabuteau est l’auteur de Dis, c’était quoi la Sécu ? Lettre à la génération 2025, éd. de l’Aube, 7 euros.
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