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Juin 2009 - Un jardin, c'est extraordinaire

Quand les malades se mettent au vert...

Avec son association Belles Plantes, Anne Ribes* fait entrer les jardins et les fleurs dans les hôpitaux et les maisons de retraite.

Comme tous les jeudis, le pavillon des enfants de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, s’anime. Un groupe de filles et de garçons quitte le service de pédopsychiatrie et se dirige vers un jardin situé à l’arrière du bâtiment. Sur la porte, une pancarte indique : « Le potager ». La petite bande pénètre dans l’enceinte où les attend Anne Ribes.

Les jardiniers en herbe enfilent des bottes et des tabliers. « Au jardin, explique Anne Ribes, il y a des rites. C’est important pour les enfants, plus encore pour ceux qui ont des souffrances psychiques. Un jardin, c’est bon pour l’âme parce qu’il apporte la sérénité, pour le corps parce qu’il oblige à une activité physique, pour l’esprit parce qu’il nécessite d’anticiper. »

C’est à la suite de sa rencontre, en 1997, avec le Pr Michel Basquin, chef du service de pédopsychiatrie de la Pitié-Salpêtrière, qu’Anne Ribes a l’idée de créer un atelier jardin.

Un projet qui vient de loin. Adolescente, à l’âge où l’on rêve de son futur métier, Anne Ribes veut prendre soin des autres, devenir nurse… Nursery n’est-il pas le mot anglais pour « pépinière » ? Elle découvre les joies du jardin avec sa grand-mère et devient… infirmière : « J’ai toujours aimé l’ambiance des hôpitaux, lieux de vie où des gens se mobilisent pour alléger les souffrances. »

Dans le même temps, Anne s’installe avec son mari dans une maison avec un jardin, dont elle découvre les bienfaits sur son moral. Elle retrouve les bancs de l’école en s’inscrivant à un Bts arts du jardin aménagement paysager.

Le 1er août 1997, elle réunit passion de soigner et amour de la nature en fondant l’association Belles Plantes, pour promouvoir la création de jardins dans les hôpitaux et les maisons de retraite.

Une philosophie guide son action : l’environnement dans lequel évolue un malade est essentiel à sa guérison. « Si les fenêtres de l’hôpital ouvrent sur une autoroute, vous n’obtiendrez pas les mêmes résultats qu’avec une baie donnant sur la forêt. »

En septembre 1997, un emplacement est trouvé, les arbres sont élagués, la terre retournée. Au printemps 1998, le jardin est prêt. Simon, Rita, Isma, Amin, Marc, Florent et Charlotte commencent à y planter du mimosa, un romarin, de la menthe, de la sauge, des rosiers, deux pommiers.

Dans le jardin d’Anne Ribes, aucun interdit : on peut toucher la terre, marcher pieds nus. « Pour les enfants autistes, le jardinage est une activité qui leur permet d’exercer leurs sens : plantes odorantes comme la lavande, piquantes comme les roses, douces ou rugueuses, ou fruits à goûter comme les pommes et les figues. La nature communique à ceux qui la fréquentent une émotion, source d’une restructuration efficace. Là où le langage échoue, le jardin devient médiateur. »

En août 2002, Philippe Charru, chef du service de gérontologie de l’hôpital Louis-Mourier de Colombes, entend sur France Inter une émission consacrée à l’association. Il contacte Anne Ribes : « Nous avons une centaine de mètres carrés inutilisés. Voulez-vous en faire quelque chose ? »

Un « jardin des âges » sort de terre. Personnes âgées et bambins de l’école maternelle voisine s’y retrouvent. Puis ce sera la création d’un jardin dans un Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) à Cherbourg. Le jardinage aide les personnes âgées à se remettre debout. Il leur donne envie d’aller quelque part, ne serait-ce que pour s’asseoir au milieu des fleurs.

Le jardin soigne, Anne Ribes en est persuadée. Elle s’inspire d’expériences menées aux Etats-Unis et au Canada : « Dans un jardin, on vient déposer sa souffrance, ses lassitudes, ses infirmités. C’est la possibilité pour ceux qui reçoivent les soins d’en donner. Donner à quelqu’un qui souffre quelque chose ou quelqu’un à soigner, à chérir, à protéger, c’est lui offrir la chance de sortir de ses maux par le haut. »

* Auteure de Toucher la terre : jardiner avec ceux
qui souffrent
, éd. Médicis, 21 euros.

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