Les pays nordiques (Suède, Norvège, Finlande et Danemark) ont anticipé la question de la dépendance dès les années 1950. Ils s’appuient à l’origine sur un Etat providence universel qui permet à chaque personne citoyenne, quel que soit son âge ou sa situation sociale, de recevoir des services de prestataires publics ou privés à but non lucratif extrêmement contrôlés au niveau de la formation de leur personnel. Ce système universel est financé par l’impôt national, mais surtout par les municipalités. Ces pays ne parlent pas de prise en charge de la dépendance, mais de compensation de la perte d’autonomie.

La notion de dépendance semble purement française

Il s’agirait d’une vision médicale imposée par les gériatres en France dans les années 1980. Elle part de l’idée que la dépendance est irréversible, que l’on ne peut rien faire pour améliorer l’autonomie de la personne âgée. Il en est découlé la grille GIR, qui classe les personnes âgées en fonction de leur niveau de dépendance de 1 à 6.

« Les années 1990 ont été une date charnière, explique Michel Naiditch, médecin chercheur à l’Irdes (Institut de recherche et documentation en économie de la santé), nous sommes alors entrés dans le dogme du libéralisme. Tous les pays sans exception vont faire entrer sur le marché de la vieillesse des agences de services à la personnes ou des résidences à but lucratif et les mettre à concurrence avec le secteur public ». [fn]Conférence organisée par l’association des journalistes de l’information sociale 16 mai 2011.[/fn]
Bientôt, la tendance qui était de proposer des aides en nature émanant de services publics, se renverse. On laisse désormais le patient définir ses besoins et « acheter » des services en choisissant le prestataire (public ou privé) qui lui convient le mieux. Pour cela on lui donne de l’argent. C’est le principe de l’Apa (Aide personnalisée à l’autonomie) français. Ce système du « Cash for care » a bouleversé les régimes de protection sociale nordiques et hollandais. Aujourd’hui, 40 % des services à la personne suédois sont privés, 30 % en Finlande. Peu à peu, tous ces pays ont également ciblé leurs services sur les personnes les plus dépendantes au détriment des aides plus préventives (services pour faire les courses, aide ménagère).

« Nous assistons à une dérive d’un système universaliste de prise en charge vers un modèle de plus en plus inégalitaire, de moins en moins axé sur la prévention », déplore Michel Naiditch.

Quant à la France, la mise en place des services à la personne n’a pas grand chose à voir avec la question du vieillissement. Il s’agissait d’une politique de l’emploi et d’inciter à recruter du personnel dans de nombreux domaines (soutien scolaire, garde d’enfants…) grâce à des avantages fiscaux conséquents pour toutes les familles françaises quels que soient leurs revenus. Un rapport de l’Igas et de la cour des comptes a d’ailleurs dénoncé ces niches fiscales permettant aux riches d’acheter du service à moindre coût. Seulement 20 à 30 % de ces services concernent des personnes dépendantes.