Deux professeurs de médecine Philippe Even et Bernard Debré ont décidé de passer au crible 4 000 médicaments les plus répandus et le résultat est accablant : 50 % d’entre eux sont inutiles, 20 % présentent des risques et 5% sont même “potentiellement très dangereux” ! Plusieurs familles sont pointées du doigt par les auteurs : les médicaments utilisés en psychiatrie, en neurologie, certains anti-inflammatoires, les antidiabétiques mis sur le marché depuis dix ans. Autres familles de médicaments inutiles et/ou dangereux : les expectorants, les veinotoniques, les antitussifs ou encore les dilatateurs artériels destinés à oxygéner le cœur et le cerveau et qui n’ont absolument pas la moindre efficacité mais qui sont dangereux.

Déjà pointé du doigt suite à l’affaire du Mediator, l’industrie pharmaceutique est de nouveau critiquée. Même l’Afssaps, transformée en Agence du médicament suite au scandale du Mediator est mise en cause. Son système de contrôle des molécules mises sur le marché resterait opaque selon les deux spécialistes.

Un gaspillage qui coûte cher en termes de santé mais aussi de finances publiques soulignent les auteurs. Le livre n’apporte pas de révélation mais a le mérite de rassembler toutes les études sur les médicaments commercialisés en France pour en faire un résumé avec une liste des produits par famille et une explication. A la portée de tous, malades et bien-portants, ce guide est aussi un bon document de travail et de réflexion pour les politiques en cette période de crise et de resserrement des budgets.

Pourtant le professeur Philippe Even sur Europe 1 ce matin précisait : “Je ne suis pas très optimiste”, cela fait cinquante ans que je navigue dans la profession médicale et autour du ministère de la Santé, je sais que rien n’avance bien vite”.

Pilules…

L’exemple de la pilule contraceptive “nouvelle génération” est éloquent : “Il y a aujourd’hui pour les femmes des pilules dite de deuxième génération. Elles sont remarquablement efficaces et n’ont pratiquement aucun risque. Mais sont apparues ensuite des pilules de troisième et même de quatrième génération : elles sont toujours aussi efficaces, mais avec trois à quatre fois plus de complications sérieuses. Or elles sont sur le marché”, rappellent-t-ils.

Et de poursuivre : “Pour une fois, l’Etat a bien fait : il n’a pas remboursé celles qui comportent un danger. Mais il devrait même aller plus loin : ces pilules devraient ne jamais avoir été inscrites sur le marché”.

Diabète

D’autres cas sont mis en avant dans le guide : les traitements pour les diabétiques.

“C’est une des situations les plus scandaleuses”, explique le professeur even. “Le diabète se traite avec deux médicaments formidables qui marchent parfaitement. Malheureusement, ils ont été mis sur le marché avant 1960, ils ne rapportent donc plus rien à l’industrie pharmaceutique. Donc, dans le monde entier, elle a fait des efforts formidables, a sorti douze molécules nouvelles. Or ces molécules sont beaucoup, beaucoup moins efficaces. Beaucoup plus chères selon la molécule, entre 20 et 60 fois plus. Et, enfin, elles comportent des risques d’accident potentiellement très graves : pancréatique, hépatique”, détaille-t-il.

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Les professeurs Bernard Debré, urologue et député UMP de Paris, et Philippe Even, président de l’Institut Necker, auteurs en 2011 d’un rapport au vitriol dans l’affaire du Mediator, passent au crible 4000 médicaments : “Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux”, au Cherche Midi, 23,80 euros.