Pesticides : plus de tumeurs cérébrales chez les enfants et de cancers de la prostate chez les agriculteurs ?

A l'automne prochain, l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) rendra un rapport sur les effets des pesticides sur la santé. Pour le préparer, les députés ont auditionné hier les différents acteurs du dossier : industriels, association, scientifiques...

Cancers de la prostate et lymphome chez les agriculteurs

Premier problème : la France est un des pays européens qui utilise le plus ces substances chimiques pour son agriculture mais quid de leurs répercussions sur les agriculteurs ? Selon le Pr Pascal Gaudruchon, directeur du Grecan (Groupe régional d'études sur le cancer) au moins deux méta-analyses font consensus.

Elles signalent que, « toutes localisations confondues, il y a moins de cancers chez les exploitants agricoles que dans la population générale ». En revanche, il existe « un excès de risque limité mais confirmé de cancers de la prostate et d'hémopathies malignes comprenant des lymphomes et des leucémies».

Une étude sur 6 000 agriculteurs réalisée en 1995 dans le Calvados fait le même constat. Mais pour ce biologiste, « la taille de la cohorte est trop faible pour conclure et elle n'inclue pas de salariés agricoles. »

Or, ce sont ces derniers qui manipulent le plus souvent des pesticides. Le Pr Gaudruchon précise, par ailleurs, que, lorsqu'on exclut le tabagisme, 86% des cancers chez les agriculteurs restent inexpliqués. Selon lui, nous en saurons bientôt plus grâce à l'étude, Agrican sur l'exposition aux pesticides des agriculteurs et les risques de cancer qui en découlent qui a démaré en 2005. Menée auprès de 180 000 personnes dans 12 départements, ses résultats sont attendus fin 2009.

Excès de tumeurs cérébrales chez les enfants

Qu'en est-il pour la population générale ? Environ 800 études ont été passées au crible par l'Institut National de Veille Sanitaire (Invs). « Une augmentation du risque de tumeurs cérébrales chez les enfants dont la mère a utilisé des insecticides style anti-fourmis ou anti-cafards au moment de la grossesse ou de la conception est observée mais cela demande a être confirmé », déclare prudemment Florence Coignard, épidémiologiste en santé-environnement à l'Invs.

D'autres études montrent des effets sur la qualité du sperme, la fertilité, le petit poids de naissance des bébés, les malformations foetales mais, toujours selon l'épidémiologiste « il est difficile de les interpréter ».

Concernant le cancer du sein et l'exposition au DDT, un pesticide organochloré aujourd'hui interdit en France, il n'existe pas de différence de risques, selon la chercheuse, entre les femmes exposées et celles qui n'y ont pas été, excepté en Colombie et au Mexique où les femmes en contact avec ces produits ont plus de cancers du sein.

Enfin, une méta-analyse (regroupant 16 études) comparant les résidus de pesticides en zone rurale et en zone urbaine, note une augmentation du risque de maladie de Parkinson à la campagne.

« Nous avons encore beaucoup de lacunes, souligne Florence Coignard. Mais il y a des doutes sur les populations vulnérables que sont les femmes enceintes et l'exposition des enfants ».

Troubles de la fertilité chez les femmes

François Veillerette, co-auteur du livre* Pesticides, révélations sur un scandale français et président du Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (Mdrgf) est beaucoup moins mitigé. « Il y a d'autres études au plan international et elles sont de plus en plus nombreuses à montrer un lien entre les pesticides et la santé », souligne-t-il.

Il suffit d'aller sur le site du Mdgrf pour s'en rendre compte. Ainsi, une dizaine d'études menées à l'étranger et notamment aux Etats-Unis indiquent que les utilisateurs de pesticides mais aussi leurs enfants sont plus souvent atteints par certains cancers (estomac, prostate, vessie, cerveau, lèvres, leucémies...) que la population générale.

Des chercheurs ont mis aussi en évidence une augmentation de cancers de la thyroïde chez des personnes exposées à des mélanges de pesticides organochlorés contenant un taux élevé d'hexachlorobenzène.

Chez les enfants, les cancers les plus souvent associés aux pesticides sont les tumeurs du cerveau, les leucémies, les lymphomes et les tumeurs du rein. Par ailleurs, une étude de 2001 réalisée en Argentine sur une population agricole révèle un lien entre l'exposition aux pesticides et l'augmentation des consultations pour infertilité.

Une autre recherche publiée en 2003 montre que, chez les femmes, la préparation et l'utilisation d'herbicide pourrait multiplier par 27 les risques d'infertilité.

16 pesticides différents sur du raisin

« Au delà des problèmes de santé, la présence de résidus de pesticides dans l'eau est inacceptable. Elle témoigne d'une souillure d'un bien commun et du mauvais état de notre environnement », déclare François Veillerette.

L'essentiel, selon lui, n'est pas de savoir aujourd'hui si « les agriculteurs respectent les normes ou non mais plutôt d'arriver à l'absence de résidus. Les consommateurs veulent une nourriture saine, ils n'acceptent plus qu'il y ait 16 résidus de pesticides différents sur une grappe de raisin ».

En effet, selon un sondage Ifop de 2008, 80 % des Français sont inquiets de la présence de traces de pesticides dans l'alimentation.

Pour François Veillerette, le principe de précaution s'impose d'autant plus que nos connaissances ont évolué : « Il y a 15 ans, par exemple, nous pensions qu'un herbicide comme l'atrazine était seulement mauvais pour l'environnement. Nous savons aujourd'hui qu'il est aussi nocif pour la santé. Des expériences montrent que c'est un perturbateur endocrinien et que les grenouilles qui y ont été exposées en laboratoire sont devenues hermaphrodites ».

*Edité chez Fayard

Le site du Mrdgf :

www.mdrgf.org

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