Navigation article

Hôpital

Patricia Parry-Pousse, des frissons dans la tête

Psychiatre à Toulouse, Patricia Parry-Pousse écrit des romans noirs et tient sur Internet un blog coups de coeur-coups de gueule.

Le héros des deux derniers romans de Patricia Parry – son nom d’auteur – est psychiatre, comme elle. Antoine Le Tellier, qui mène l’enquête avec son « ex », est un être très en prise sur son époque, puisqu’il côtoie tous les milieux sociaux. Il n’a rien du superhéros, ni du flic ou du journaliste, encore moins du détective désabusé et alcoolique qui hante de nombreux polars. Et quoi de mieux que son double, fût-il de l’autre sexe, pour être crédible ?

Patricia Parry-Pousse se définit comme une littéraire contrariée. Elle dévore les livres depuis qu’elle a lu, à huit ans, les Trois Mousquetaires, d’Alexandre Dumas, et le Roman de la momie, de Théophile Gautier. Aujourd’hui, outre des classiques, tels les feuilletonistes du xixe siècle, elle est une inconditionnelle des auteurs de roman noir du monde entier. « Ça me fait voyager. » Ses préférés sont des Anglo-Saxons : Elisabeth George, P. D. James, Ruth Rendell, Minette Walters…

Patricia Parry s’exerce à tous les genres littéraires, depuis l’adolescence. Elle est réellement passée à l’acte – écrire pour être éditée – en 2001, au lendemain de la catastrophe d’Azf.

Son genre actuel, c’est le thriller historique, genre qu’elle conçoit dans le sens littéral du terme : « frissonner ». Ses trois romans noirs s’inspirent de faits divers, où la fiction se mêle à la réalité : la grande Histoire et les dérives du pouvoir politique ou médiatique.

Patricia Parry affectionne les périodes traversées par l’obscurantisme religieux : les cathares pour le premier, l’affaire Calas, du nom d’un commerçant toulousain protestant injustement condamné et exécuté en 1762, pour le deuxième. Cette affaire fut rendue célèbre par Voltaire, qui innocenta Jean Calas et obtint sa réhabilitation à titre posthume.

Dans son troisième roman, dont une partie se déroule à la fin du xixe siècle, elle met en scène Freud et Charcot, les pères de la psychanalyse, sur fond d’antisémitisme et de misogynie. L’auteure rappelle au passage que les femmes de l’époque n’avaient pas accès au concours de médecin des hôpitaux !

Dotée d’un style très fluide, souvent incisif, et adapté à l’époque dont elle parle, Patricia Parry échafaude des intrigues bien menées, aux énigmes complexes. Ses personnages, très cartésiens, sont confrontés aux sciences occultes et à l’ésotérisme.

Psy, écrivaine et militante

Il y a en Patricia Parry-Pousse deux personnages, le psychiatre et l’écrivain. Mais elle refuse qu’on dise que l’un est le thérapeute de l’autre ! Née d’une mère narbonnaise et d’un père africain – « un point commun avec Obama ! », s’amuse-t-elle –, la future écrivaine marche d’abord dans les traces paternelles en choisissant la médecine. Très vite, elle s’oriente vers la psychiatrie parce qu’elle croit que c’est la spécialité la plus proche de la littérature. Erreur… analyse-t-elle a posteriori, puisque c’est une branche de la médecine aussi scientifique que les autres.

Si Patricia Parry-Pousse a été à ce point marquée par l’explosion de l’usine chimique Azf, le 21 septembre 2001, à Toulouse, c’est qu’elle travaille juste en face, à l’hôpital départemental Gérard-Marchant. Elle conserve de l’après-Azf un sentiment de révolte. « J’ai été profondément choquée du mépris avec lequel les malades ont été traités… personne ne parlait ni ne voulait d’eux ! Leur avenir, comme celui du personnel, était le cadet des soucis de certains politiques… y compris du ministre de la Santé de l’époque, Bernard Kouchner, qui n’a même pas traversé la route pour venir nous saluer ! »

Et, comme elle n’a pas la langue dans sa poche, ses collègues l’ont élue présidente de la commission médicale d’établissement de l’hôpital, fonction qu’elle occupe toujours. Et révoltée, elle l’est. Aujourd’hui, c’est la politique sécuritaire et répressive du gouvernement qui l’indigne : « On veut nous faire croire que derrière chaque schizophrène se cache un criminel en puissance, c’est un discours populiste et démagogique ! La plupart des malades mentaux sont inoffensifs, et il faut avoir à l’esprit que 90 % de nos patients ne sont pas hospitalisés en continu. Nous avons besoin de moyens pour soigner, pas pour enfermer ! » s’insurge-t-elle.

Retrouvez Patricia Parry-Pousse
sur son blog :
www.patriciaparry.com

Vous pourrez
y lire un
roman-feuilleton :
Danse avec les fous.

Dans un autre registre, où il est question de l'affaire Calas et de nombreux événements, petits et grands, « Guide des faits divers de Toulouse, du Moyen âge à nos jours », de France Berlioz et Bruno Vincens. Editions Le cherche Midi (18 euros).

Vos réactions

Dans la même rubrique

Protection sociale

Bien-être

Santé

Protection sociale

Société

Seniors

Environnement

Coup de cœur de la rédaction