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Médicaments

Faut-il interdire les nouvelles pilules ?

Les pilules de 3ème génération ne seront plus remboursées à partir du 31 mars 2013, c'est ce que vient d'annoncer le ministère de la Santé suite à la plainte au pénal d'une jeune utilisatrice, victime d'un AVC après avoir pris Méliane, un contraceptif dit de 3ème génération. Initialement prévue pour fin septembre, la date de déremboursement a été avancée de six mois car une trentaine d'autres plaintes devraient être déposées d'ici la mi-janvier. Une concertation a démarré à l'Agence nationale du médicament et des produits de santé (Ansm) pour mieux encadrer la prescription des pilules de nouvelles générations qui, pour l'heure, ne doivent plus être proposées en première intention.

Tout a commencé en décembre 2012 quand une jeune bordelaise de 25 ans, Marion Larat, a annoncé qu'elle portait plainte au pénal contre le laboratoire Bayer pour « atteinte involontaire à l'intégrité de la personne humaine ». En juin dernier, la Commission régionale de conciliation et d'indemnisation (Crci) de la région Aquitaine a, en effet, reconnu que Méliane, une pilule contraceptive de 3ème génération, était responsable de l'accident vasculaire cérébral (Avc) dont elle a été victime en 2006.

Un AVC au bout de trois mois

« L'Avc est survenu dans les trois mois de la prescription du Méliane. Ces éléments constitutent autant de présomptions graves, précises et concordantes permettant d'imputer la survenue de l'Avc à l'administration du Méliane », écrit le Crci. Alors qu'elle venait de se présenter aux concours des grandes écoles de commerce de Bordeaux, Marion s'est effondrée, « terrassée par un Avc, massif, raconte le journal Le Monde qui a recueilli son témoignage dans son édition du 15 décembre. Un oedème se développe dans son cerveau, elle plonge dans un coma dont elle se réveille, trois jours plus tard, hémiplégique et aphasique ».

Risques de thrombose veineuse

Aujourd'hui, la jeune femme est handicapée à 65%. Ce que Marion ne savait pas, c'est qu'elle était porteuse d'une anomalie génétique, le facteur V de Leiden, qui favorise la coagulation et le risque de thrombose. Elle n'aurait donc pas du prendre la pilule, absolument contre-indiquée dans ces cas là. Et encore moins une pilule de 3ème génération, beaucoup plus risquée si l'on en croit les Prs Philippe Even et Bernard Debré qui écrivent dans leur livre1 : « Il faut écarter les pilules de 3ème génération, prises par deux millions de femmes, qui associent l'éthinylestradiol à dose faible et de nouveaux progestatifs de synthèse (desogestrel, gestrodène ou norgestimate -Cycléane Mercilon, Varnoline, Minesse, Carlin, Melodia, Belara, Triafemi) et plus encore les 4ème génération, à la Drospirénone (Jasmine, Jasminelle) car elles n'ont aucune efficacité supplémentaire et comportent toutes des risques 3 à 6 fois supérieurs de thromboses veineuses et d'embolies pulmonaires, déjà 1,5 fois plus fréquentes avec les pilules de 2ème génération par rapport aux femmes non traitées ».

Pas plus efficaces que les autres

Selon une étude danoise, publiée en 2011, portant sur 8 millions de femmes, les risques de thrombose veineuse et d'embolie pulmonaire seraient 3 à 4 fois plus fréquents avec les pilules de 3ème génération. Pourtant, commercialisées depuis plus d'une dizaine d'années, ces dernières ont déjà envahi presque la moitié du marché des contraceptifs oraux. « Elles ont été promues de façon forcenée par l'industrie sous prétexte qu'elles étaient plus efficaces, ce qui n'a jamais été démontré, et qu'elles donneraient moins d'effets secondaires immédiats (moindre risque de prise de poids) et qu'elles amélioreraient l'état de la peau », dénoncent les Prs Even et Debré qui conseillent aux femmes de s'en tenir aux pilules de 2ème génération, plus sûres.

Déremboursées en mars prochain

C'est aussi l'avis de la commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé (HAS) qui, depuis 2007, recommande de ne pas prescrire les pilules de 3ème génération aux femmes en première intention et de ne réserver ce choix qu'à celles qui supportent mal les pilules plus anciennes. En juin 2012, la HAS va même plus loin en faisant passer leur service médical rendu « d'important » à « insuffisant » et en proposant leur déremboursement à la ministre de la Santé, lequel était programmé pour la fin septembre 2013. Les plaintes pour thromboses veineuses, embolies pulmonaires (dont certaines mortelles), qui, à la suite de celle de Marion, sont visiblement en train de s'accumuler (il y en aurait déjà au moins trente) ont accéléré le processus puisque, hier, le ministère de la Santé, a annoncé que les pilules de 3ème génération ne seraient plus remboursées à partir du 31 mars 2012.

« Plus personne ne doit les prendre »

Pour Marion Larat, il y a urgence à retirer ces pilules du marché. A travers sa plainte, ce sont toutes les jeunes filles comme elle qu'elle veut prévenir. D'autant qu'environ 6 à 8% de la population est porteuse de la même anomalie génétique dont forcément une grande partie de femmes. A défaut, l'association de victimes (Avep) exige qu'une information soit mise en place auprès des médecins et des patientes et qu'un dépistage systématique des troubles de la coagulation soit réalisée chez toutes les femmes. Pour Marion, « Personne, personne, ne doit prendre la pilule troisième et quatrième génération. C'est mon combat ». Elle semble commencer à être entendue.

Leurs différents noms :

- Les pilules de 3ème génération : Méliane, Moneva, Melodia, Phaeva, Harmonet, Minesse,, Minulet, Cycléane Mercilon, Varnoline, Triafemi, Belara. Parmi leurs génériques : Carlin, Efezial, Edenelle, Desobel, Optinesse, Minerva, Felixita.
- Les pilules de 4ème génération : Jasmine, Jasminelle, Yaz. Génériques : Drospibel, Convuline, Belanette.
- Les pilules contraceptives antiacnéique (Diane 35, Minerva, Evepar, Lumalia, Holgyène) présentent aussi des risques de thrombose.

  • 1. « Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles et dangereux »

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