Mon médecin est sur Twitter

Mon médecin est sur Twitter

Des professionnels de la santé qui souffrent de leur isolement utilisent le réseau social pour échanger avec leurs confrères.

La plupart sont prudents, parfois méfiants. Ils ont accepté de nous parler à condition que l'on ne révèle pas leur identité. « On parle d'un aspect de la vie privée de chaque malade, c'est une question de secret médical. Je n'ai pas envie que certains patients puissent me reconnaître », explique @TitBouchon, interne en neurologie de 26 ans.

Environ 200 professionnels de la santé sont inscrits sur Twitter, sur plus de 5 millions de comptes existant en France. Beaucoup de médecins généralistes, mais aussi des psychiatres, psychologues, dermatologues ou pharmaciens. « C'est un accès immédiat et direct à 200 confrères de différentes spécialités. Quand on pose une question, il y a toujours un spécialiste pour répondre », apprécie @drjulienc. Ce psychiatre et addictologue de 32 ans, qui exerce en hôpital psychiatrique, voit Twitter comme un précieux outil pour résoudre des problèmes qui dépassent son champ de compétences. Comme avec ce patient qui présentait un problème rénal : « Il y avait un néphrologue sur Twitter, il m'a répondu immédiatement. C'est difficile de faire mieux en termes d'accès direct ».

Une pratique très individuelle

Bien sûr, les médecins n'ont pas attendu ce réseau social pour obtenir des réponses à leurs questions – « Ça n'a clairement pas révolutionné notre pratique », précise @drjulienc. Mais tous s'accordent à dire que la quasi-instantanéité offerte par Twitter, où l'on trouve toujours quelqu'un de disponible, représente un gros avantage par rapport aux voies classiques que sont le coup de téléphone ou l'e-mail envoyé à un confrère débordé.

Il n'est donc pas rare de voir des médecins solliciter l'aide de leurs pairs. « SOS Twitter : H 44 a, RAS en-dehors d'un ttt rétinoïde fini il y a 2 mois. Depuis 2 jours, paresthésies et hypoesthésie unilatérales D7 à L3 / ... pas de troubles objectifs, ROT ok, pas de troubles moteurs ni sphinctériens. Des idées ? (tous les neuros du coin sont à table) », lançait @dr_boree il y a quelques jours. Une demi-douzaine de confrères ont alors réagi, posé des questions, apporté leurs éclairages. « L'exercice de la médecine de famille est très individuel, or on a besoin d'échanger. On souffre beaucoup de cet isolement dans nos cabinets », confie ce généraliste de 39 ans, installé dans le Sud-Ouest. Comme beaucoup, il tweete entre deux consultations ou une fois rentré chez lui.

@Fluorette n'exerce pas seule, mais n'a pas de contact avec les autres médecins de son cabinet, l'un ne lui adressant pas la parole, l'autre étant trop débordé pour échanger avec elle. « Je n'ai absolument pas la même pratique qu'eux, pas la même conception de la médecine. Sur Twitter, je trouve des gens qui ont une vision plus semblable à la mienne : on est un peu idéalistes quelque part, on ne court pas après l'argent », assure cette généraliste de 32 ans installée dans l'Est.

Exutoire

« Les hôpitaux sont de plus en plus surchargés, on n'est pas assez nombreux. Quand vous travaillez de 8 heures à 20 heures et que vous avez l'impression de ne pas sortir la tête de l'eau, ça n'aide pas à communiquer. Les gens autour de vous n'ont pas le temps ou ne le prennent pas », déplore @TitBouchon, qui exerce en Chu. Un minimum d'échanges serait pourtant le bienvenu, puisque « tous les domaines sont de plus en plus spécialisés et, quand on nous pose une question de médecine générale, on se trouve parfois très bête », glisse-t-elle.

Les solutions s'appellent alors @Jaddo_fr
, @dr_boree ou @Dr_Stephane, généralistes-blogueurs et tweeteurs souvent cités en exemples, qui ont donné envie à de nombreux confrères de s'inscrire sur le réseau. « Ils se tiennent à jour, ils ont beaucoup de choses à nous apprendre », salue @TitBouchon.

Le fait de tweeter permet aussi d'épargner ses proches. « C'est un exutoire. Si vous parlez de ça tout le temps, ce n'est pas viable pour votre entourage », admet @Titbouchon. Twitter regorge ainsi d'anecdotes médicales, souvent tellement absurdes qu'elles en sont drôles. « Donc non, dire "Ça n'arrivera plus" n'est pas un moyen de contraception fiable. Oui je sais, ça paraît dingue. Même à voix haute, non », rapportait récemment @Jaddo_fr à propos d'un-e patient-e.

Bousculer les idées reçues

Le Conseil national de l'ordre des médecins (Cnom) encourage ces derniers à utiliser les réseaux sociaux, mais les met en garde : ils « doivent se montrer vigilants sur l'image qu'ils donnent d'eux-mêmes et par conséquent de l'ensemble du corps médical ; ils ne doivent pas agir de manière à déconsidérer la profession », peut-on lire dans le Livre blanc du Cnom. Il est recommandé aux médecins « d'assumer leur identité », ce que beaucoup ne font pas.

Tous sont en tout cas vigilants sur l'anonymat de leurs patients. « Je parle de cas cliniques, pas de personnes. Un cas clinique peut s'appliquer à plein de gens », avance @TitBouchon. Si les situations évoquées sont vraiment particulières et risquent d'être reconnaissables, les professionnels de santé ont tendance à poser leurs questions en privé à leurs confrères.

En intervenant sur un réseau public, visible par tous, certains médecins caressent l'espoir de voir certaines idées reçues sur la médecine disparaître. « J'en ai marre d'entendre que, si j'ai des cernes énormes, c'est que je l'ai choisi, que l'Etat a payé mes études, ou d'être traitée de nantie, s'agace @TitBouchon. J'en suis à mon sixième semestre en tant qu'interne, à bac+9, et je gagne 1 800 euros. Mes parents se sont saignés pour me payer six ans d'études. Je n'ai pas l'impression de me foutre des gens. » Pour l'heure, sa modeste contribution à Twitter n'a pas permis de faire bouger les lignes. Peut-être avec un peu de patience.

Vos commentaires

#Viva? le journal Pas de bouton pour tweeter un article. Dommage : "Mon médecin est sur Twitter", ça vaudrait le coup, non ?https://twitter.com/Formindep/status/222259519953178624

Bonjour,
Il y a un bouton juste avant le début de l'article (sous le chapeau) et un juste après la signature !

et ou peut-on avoir accès à ces témoignages de médecins ?
Sont-ils accessibles au grand public également ou réservé à un public 'averti' médical ?

Tous ces témoignages sont visibles sur Twitter, que l'on soit inscrit sur le réseau ou non. Les liens insérés dans cet article vous mèneront directement vers les comptes des médecins cités.
Certains échanges sont techniques, donc pas forcément compréhensibles par tous, d'autres tout à fait accessibles, il y a de tout !

Des parents qui se saignent pour subvenir aux etudes de leurs enfants, çà existe dans beaucoup de domaines qui ne sont pas subventionnés par l etat ou la sécu, un peu plus tard. 1800 euros c'est déjà bien. Bac plus 9 çà devient courant.
Quant à cette méthode, elle va a l encontre du principe juridique du consentement du patient, du secret professionnel, de la pratique d'un diagnostic. La relation patient, professionnel est déséquilibré. Si les médecins se sentent isolés, passons aussi à tous ces malades en rase campagne qui le sont encore plus avec comme revenus des allocations.
La médecine est avant tout humaine et technique, et se pratique dans un premier temps dans un monde réel. Faut savoir s organiser ou bien choisir sa vocation.

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