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Le travail change et les maux s'intensifient
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Le travail change et les maux s'intensifient

A la veille de la Journée mondiale pour la santé et sécurité au travail (voir encadré ci-dessous), et dans le contexte actuel de crise économique, impossible de ne pas se demander quelles répercussions sur la santé des salariés peuvent avoir ces nouvelles données. Nouveaux éléments qui s'ajoutent aux divers constats établis ces derniers mois.

En effet, de nombreux facteurs concourent aujourd'hui à une dégradation globale de la santé au travail : licenciements et restructurations, temps de travail éclatés, intensification du recours à des produits chimiques et donc des expositions à des produits dangereux. Enfin, une durée hebdomadaire du travail sans cesse plus longue pour nombre de ceux qui travaillent, en France : on estime en effet que 15% des salariés dépassent les 45 heures par semaine. Ce, malgré une durée de de travail normalement encore à 35 heures.

En Europe, les négociations sur cette durée hebdomadaire de travail sont difficiles : certains états voulant remettre en cause le précédent accord qui la limitait à 48 heures[<1>Lire [ ]]. Sans compter le nombre d'années de travail - avant de pouvoir faire valoir ses droits à la retraite - qui ne cessent d'augmenter. Il est question, en France, de passer l'âge de la retraite à 61 ans. En Lituanie, une grosse majorité de salariés ne peut accéder à une retraite décente 1.

De surcroît, la question de l'extension du travail du dimanche, déjà refusée par deux reprises dans notre pays[<3>Lire [ ]], est sans cesse remise sur le tapis, comme tout récemment au Sénat, par le biais d'amendements au projet de loi de modernisation du tourisme, déposés par les centristes.

« Il faut s'attendre à ce que ce sujet revienne par différents biais », nous confiait récemment Régis Juanico, député (PS) de la Loire, membre de la commission sur les conditions de travail. L'élu ne croit pas que le gouvernement ait complètement abdiqué sur cette question.

Difficile, avec toutes ces transformations en cours, de mesurer exactement l'impact sur la santé des salariés. Mais, tout de même, quelques études, mais aussi des témoignages, permettent de comprendre que les conditions de travail se dégradent, mal-être - voire souffrance - se développent et l'incertitude sur la fin de carrière ne contribue pas à aborder sereinement une entrée dans la vie « inactive » de retraité.
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Horaires et durée de travail : des équations complexes

Le traditionnel 8h-12 heures et 14h-18 heures a vécu. Les horaires de travail, tant dans les secteurs privé que public, varient énormément, d'un type d'activité à l'autre, voire d'une entreprise à l'autre.

Les horaires décalés ne sont plus uniquement l'apanage de secteurs industriels pratiquant le travail posté : le secteur de la santé, celui de la grande distribution, les télécommunications et les téléservices sans oublier les transports, ont développé des formes de travail « décalé »; dans certains secteurs industriels (automobile, pneumatique, textile...), les contrats que l'on appelle les VSD (vendredi, samedi, dimanche) se sont considérablement développés.

Faire sa semaine de travail en trois jours peut comporter des attraits : davantage de temps à consacrer aux enfants en semaine, économie d'une «nounou» pour garder les tout-petits. Mais toutes ces formes de décalage ont une contre-partie : vie sociale perturbée, vie de couple qui en prend un coup car l'on ne communique plus que par les post-it placardés sur le frigidaire...

Les répercussions sur la santé, à long terme, ne sont pas anodines non plus. Manque de sommeil, stress sont le lot fréquent des horaires en postes. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé en 2007 le travail posté comme « probablement cancérigène »[<4>Lire [, et

]]. Une nouvelle passée assez inaperçue, comme le souligne notre confrère François Desriaux dans un dossier de Santé et Travail daté de janvier 2008. Mais qui confirme la nocivité, sur l'organisme, des horaires décalés fréquents.

Travailler trop nuit à la santé

Excès de travail, heures supplémentaires sont également mis en cause par deux études nordiques. La première, menée par l'Institut finlandais de santé au travail (Fioh) sur plus de 2 000 fonctionnaires britanniques, met en évidence que les personnes travaillant de 41 à 55 heures par semaine, cinq ans après les premiers tests cognitifs réalisés, répondent moins bien à ces mêmes tests que les personnes travaillant moins de 40 heures par semaine.

Ces résultats ne varient pas avec l'âge, le sexe, la scolarité ou tout autre facteur. L'explication résiderait dans le fait que plus de travail signifie un moins bon sommeil et une hygiène de vie plus aléatoire.

Des chercheurs de l'université de Bergen, en Norvège, se sont eux penchés sur les méfaits des heures supplémentaires à répétition [<5>Lire [ ]]. Ils ont remarqué que le phénomène produit davantage de stress et d'anxiété. Chez les hommes comme chez les femmes.

Ces processus, loin d'être toujours voulus, s'intensifient

Que ce soit dans la grande distribution ou la santé, les témoignages pleuvent sur l'accentuation de la pression exercée sur le personnel : « Il est fréquent que l'on nous rappelle lorsqu'une collègue est déclarée absente », raconte une caissière de chez Carrefour.

Les restrictions budgétaires à l'hôpital qui, dans la majeure partie des cas, se traduisent par d'importantes suppressions de postes, entraînent aussi leur lot de mal-être. « Les infirmières se plaignent de voir leur métier réduit à de purs gestes techniques et de ne pouvoir passer du temps avec le malade, comme normalement leur mission le stipule », note Huguette Julien, secrétaire Cgt de l'hôpital du Puy-en-Velay (Haute-Loire).

Elle rajoute : « Nous sommes tellement juste en nombre d'infirmières que tous nos congés sont imposés. Nous avons fait le calcul que celles qui ont aussi leur conjoint travaillant sur l'établissement ne peuvent, avec l'organisation actuelle, avoir leurs congés avec lui qu'une fois tous les quatre ans ! »

Les femmes, premières victimes des modifications du travail

La secteur de la santé est exemplaire de ces mutations du travail, mal vécues. En règle générale, les femmes se trouvent particulièrement fragilisées par les nouvelles donnes économiques.

Déjà recensées comme plus touchées que les hommes par les augmentations du nombre de maladies professionnelles, elles sont aussi souvent celles qui, de par leurs professions, vont se trouver confrontées à des contraintes de travail encore plus dures.

Outre la santé, c'est aussi le cas de la grande distribution et du commerce où elles sont en grande proportion mais aussi des professions de services à domicile (aides ménagères...) ou des employées d'entreprises de ménage.

Des raisons qui ont fait que, pour la première fois, les médecins du travail lors de leur congrès à Tours, l'an dernier, se sont penchés sur les problèmes spécifiques des femmes liés au travail.

On sait déjà que les femmes sont plus nombreuses que les hommes à souffrir de troubles musculo-squellettiques (Tms): elles représentent en effet 58% des Tms reconnus en maladies professionnelles. Elles sont aussi, d'après l'enquête Samotrace de l'Institut national de veille sanitaire (Invs)2, plus sujettes que les hommes au phénomène de souffrance au travail.

Les causes de ce mal-être? Un décalage important entre leur investissement dans le travail et les gratifications perçues en retour. Thierry Braillon, président de la Mutuelle Souffrance et Travail, à Lyon, fait lui aussi ce constat : en 2008, le nombre de salariées demandeuses de consultations à la mutuelle a beaucoup augmenté. Beaucoup plus que chez les hommes. « Mais elles viennent aussi demander de l'aide plus tôt », rapporte Thierry Braillon[<7>Lire aussi : [, et .]]. Ce qui peut permettre d'éviter plus facilement l'exclusion du travail.

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