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Hôpital

La riche histoire de l'hôpital Joseph-Ducuing à Toulouse

L'hôpital Joseph-Ducuing, fleuron de la médecine sociale, est le digne héritier de l'Hospital Varsovia, fondé par des médecins catalans pour les espagnols fuyant le franquisme.

Etablissement de proximité, qui abrite, notamment, un fauteuil dentaire de l’Union de gestion des réalisations mutualistes (Ugrm) du Sud-Ouest, l’hôpital Joseph-Ducuing est réputé pour accueillir les populations migrantes et pour proposer, outre les services médico-chirurgicaux traditionnels, des consultations de planning familial, la prise en charge des nouvelles maladies (sida, addictions…), des soins palliatifs, etc.

Cette vocation humaniste est l’héritage d’un riche passé qui a fait l’objet d’un livre édité récemment : L’Hôpital Varsovie, exil, médecine et résistance (1944-1950)*. L’ouvrage rappelle comment l’Hospital Varsovia fut créé, en octobre 1944, à la libération de Toulouse, par des médecins catalans afin de soigner les guérilleros et les maquisards espagnols des Forces françaises de l’intérieur (Ffi).

Installé dans un château abandonné rue de Varsovie – d’où son nom –, l’hôpital a pu fonctionner grâce à des médecins bénévoles et à un mouvement de solidarité internationale venu principalement des Etats-Unis, de l’Unitarian Service Committee (Usc) et du Joint Anti-Fascist Refugee Committee (Jafrc). Ce dernier, dirigé par le Dr Edward Barsky, était composé de personnalités et d’artistes, parmi lesquels Albert Einstein, Pablo Picasso, Leonard Bernstein, Eleanor Roosevelt…

Au livre s’ajoute un Dvd contenant des images d’archives et le documentaire Spain in Exile (1946), racontant la trajectoire des réfugiés espagnols depuis le début de l’année 1939 : leur participation active à la Résistance, le retour des survivants des camps de concentration. Ce film montre l’extrême dénuement, la malnutrition de ces réfugiés et leur prise en charge par les soignants de l’Hospital Varsovia, les conditions de travail de ces derniers, confrontés à la pénurie de l’immédiat après-guerre.

D’abord militaire, Varsovie devint très vite un hôpital civil soignant gratuitement tous les républicains espagnols réfugiés à Toulouse. Complété par un dispensaire, il dut faire face aux fléaux sanitaires de l’époque – tuberculose, maladies vénériennes, mortalité infantile… – et apporter un soutien moral à cette population déracinée.

Médecins, infirmiers, aides-soignants, personnel administratif : tous sont espagnols et, pour la plupart, communistes. Ils ne sont autorisés à soigner que leurs compatriotes.

L’aventure espagnole s’acheva le 7 septembre 1950, par l’arrestation par la police française de l’équipe de direction et de plusieurs médecins de l’hôpital, qui furent emprisonnés puis déportés en Corse ou en Algérie, tandis qu’aux Etats-Unis le maccarthysme prive l’hôpital de ses soutiens.

Emmené par le Pr Joseph Ducuing, un groupe de médecins toulousains prit immédiatement le relais au moyen d’une association privée à but non lucratif. Aujourd’hui encore, la direction de l’hôpital se sent redevable et fière des républicains antifascistes qui le fondèrent.

* Ouvrage collectif coordonné par Àlvar Martinez Vidal, docteur en médecine et professeur à l’Université autonome de Barcelone. Editions Loubatières, 22 euros. Le documentaire a été réalisé par Paul V. Falkenberg.

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