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Maladies

La précarité aggrave le diabète

Pour la première fois en France, une enquête, menée à l'initiative de l'Académie nationale de médecine, de la Mutualité française et de l'association Prespodia (Association d’aide aux malades diabétiques par l’éducation et le sport) ( *) a permis d'évaluer les conséquences de la précarité sur le diabète. Cette étude a été menée sur 1840 personnes (diabétiques ou pas) entre 2006 et 2011 à Montpellier et à Narbonne. Plus de 3,5 millions de personnes sont actuellement atteintes par le diabète de type 2 en France.

Les résultats sont sans équivoque : l'enquête dévoile le rôle délétère de la précarité sur l'équilibre glycémique au long cours des patients diabétiques, évalué notamment par le taux d'hémoglobine glyquée (HbAc1) (c'est un indice de surveillance du diabète et de l'efficacité des traitements antidiabétiques. Son taux témoigne également des risques de complications à long terme).

Les patients précaires subissent davantage d’hypoglycémies (51,5% contre 26,7% pour les malades non précaires), et de comas diabétiques (10,3% contre 4,4 %). Ils portent d'ailleurs peu d'attention à leur santé : ils consultent moins souvent leur généraliste et les spécialistes (ophtalmologiste, cardiologue, dentiste), des visites pourtant nécessaires au moins une fois par an pour déceler d'éventuelles complications cardiaques, visuelles ou dentaires liées à la maladie. Ils respectent aussi moins souvent le contrôle biologique recommandé deux fois par an.
De même, ils suivent moins souvent un régime et sont moins traités par insuline (19,8% contre 31,1% pour les diabétiques non précaires).

Les réseaux de soins: une approche bénéfique pour les plus précaires

Autre point noir : ils vivent mal leur maladie. Les plus précaires soulignent des difficultés pour suivre leur régime et leur traitement. 55,4 % insistent sur l’impact défavorable du diabète sur leurs revenus. Un nombre important se plaint d’anxiété, de dépression, d’irritabilité et d’agressivité, avec pour conséquences une tendance à moins suivre correctement leur régime, leur traitement et des difficultés à se plier à des règles contraignantes d’hygiène de vie.

En revanche, il apparaît que le suivi de ces patients les plus défavorisés par un réseau de soins améliore leur prise en charge globale, et ce, quel que soit le degré de précarité des patients diabétiques. En bénéficiant d'une aide personnalisée de la part de professionnels de santé, les patients consultent plus de médecins spécialistes, ils ont davantage recours au traitement par insuline et réalisent plus souvent de contrôle glycémique. Par conséquent, ils sont moins victimes de malaises hypoglycémiques. Le diabète, mieux équilibré, engendre moins de complications et d'hospitalisations.

Suite à cette enquête, les différents protagonistes recommandent de « renforcer le dépistage des états pré-diabétiques et du diabète dans les milieux défavorisés, de développer les réseaux de soins pour diabétiques tout en encourageant les patients à les intégrer quelque soit leur degré de précarité ». De même, il est nécessaire de former les personnels non médicaux, qui ont l'habitude d'accueillir des personnes précaires (foyers d'hébergement, secours alimentaires,...), à sensibiliser cette population au dépistage du diabète et de l'alerter sur ses complications, notamment celles touchant les pieds et la rétine.

(*) cette association a été créée en 1993 par le Pr. Claude Jaffiol, membre de l'Académie nationale de médecine

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