L'écomédecine pour nous dépolluer

Il n'y a pas un seul mètre cube d'air non pollué sur Terre, et les maladies chroniques explosent. Et si une nouvelle médecine était nécessaire pour dépolluer notre organisme ? Interview du Pr Gilles-Eric Séralini*, spécialiste des Ogm et des effets des polluants sur la santé.

Qu’est-ce que l’écomédecine ?

L’écomédecine va nous permettre de nous détoxifier. On retrouve plus de 400 polluants sur les gènes du fœtus, il va falloir apprendre à les enlever. Ils sont comme du sable qui rentre en nous par l’intermédiaire des aliments, de l’air et de l’eau… Ils sont trop petits pour être éliminés par les anticorps ou les globules blancs, qui assurent une défense immunitaire contre les microbes. Il faut donc faire appel à une nouvelle médecine de défense cellulaire, car, à force de s’accumuler dans l’organisme, ces polluants peuvent perturber notre santé. Les maladies chroniques explosent depuis vingt ans : cancers, troubles de la reproduction, maladies immunitaires, nerveuses, hormonales…

Peut-on parler de maladies de l’environnement ?

Tout le monde est d’accord pour dire que ces maladies n’ont pas de causes uniquement virales, microbiennes ou héréditaires. En revanche, il n’y a plus un kilo de chair vivante sur Terre qui ne soit pas contaminée par des dizaines de polluants chimiques. Les médecins sont démunis, ils ne sont pas formés à ce problème. Ils ne savent pas comment agissent les pesticides, les Ogm, les plastifiants en nous… Notre médecine, celle de Pasteur, est centrée sur la lutte contre les virus et les microbes.
Jusqu’à présent, le lien avec l’environnement n’est pas reconnu…
L’Organisation mondiale de la santé s’appuie sur les enquêtes épidémiologiques, qui sont des études statistiques menées sur un grand nombre de personnes, pour conclure qu’il n’y a pas de cause évidente connue, sinon le mode de vie. Mais ces enquêtes ne sont pas forcément l’outil adéquat. Les épidémies microbiennes, par exemple, se développent vite et présentent un lien assez évident entre la maladie et sa cause. La pollution chimique, elle, peut provoquer des troubles des années plus tard. Le rapprochement est d’autant plus difficile à faire que l’on est exposé à plusieurs polluants et qu’il n’y a pas un agent pour une maladie, mais une combinaison d’agents qui provoque une combinaison de maladies. Chez l’un, ils vont déclencher une maladie de Parkinson, chez l’autre un cancer, une maladie de la reproduction ou auto-immune, ou bien une allergie… Les effets néfastes ont été montrés dans bon nombre d’études sur les cellules, les animaux de laboratoire et même les animaux sauvages. Mais, souvent sous la pression des lobbys, ces observations sont écartées.

Comment fonctionne l’écomédecine ?

Plusieurs centaines de gènes éboueurs permettent d’éliminer naturellement de notre corps les toxiques. Aujourd’hui, la pollution est telle que ces gènes sont saturés et nos cellules n’ont plus la capacité de se défendre normalement. Le but de l’écomédecine va être de stimuler les gènes éboueurs afin qu’ils nous débarrassent des polluants grâce à des extraits de plantes, qui renferment des substances qui ont ce pouvoir de stimulation. On commence seulement à étudier les mélanges et les dosages savants qui pourraient nous dépolluer. Dans le monde, quelques firmes, dont une française, y travaillent, mais on n’en est qu’au début.

Est-ce que cela suffira à nous dépolluer ?

Il ne sert à rien de se rincer à l’eau claire quand on est dans de la vase. S’il est absolument indispensable de se dépolluer, ce n’est pas suffisant. On doit mieux réglementer l’utilisation des produits chimiques. Il n’y a aucune transparence sur leurs effets, il faut l’exiger. Depuis trente ans, des substances nocives sont utilisées alors qu’elles n’ont été testées que par les industriels qui les commercialisent, autrement dit sans expertise préalable indépendante. C’est d’autant plus scandaleux que les détails des études sur leurs effets sont confidentiels. Il a fallu que la justice oblige Monsanto à rendre publics les résultats des études de toxicité d’un maïs transgénique, le Bt Mon 863, qui produit un insecticide, pour s’apercevoir que certaines données étaient passées sous silence.

Quels sont les polluants les plus dangereux ?

Leurs combinaisons. On a au moins la liste des polluants les plus communs, ceux que l’on retrouve dans les eaux de rivière et notre sang, parmi lesquels les Pcb, les plastifiants, les métaux lourds et les pesticides… Les Ogm sont de véritables éponges à pesticides. De plus, c’est la première fois sur Terre qu’on est capable de modifier à une vitesse industrielle le patrimoine héréditaire des êtres vivants malgré la barrière sexuelle des espèces, c’est-à-dire en prenant un caractère d’une espèce et en le mettant dans une autre. Il serait malsain de ne pas mieux contrôler une technique si puissante. Comment ces polluants sont-ils évalués ? On le garde illégalement secret pour le public. La même absence de transparence caractérise la sphère financière. La crise sanitaire pourrait être plus grave encore que la crise financière internationale.

Auteur de Nous pouvons nous dépolluer, éd. Josette Lyon, 19 euros.

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