Amiante : ouverture du premier procès pénal en Italie

Amiante : ouverture du premier procès pénal en Italie

Pour la première fois en Europe depuis que le drame de l'amiante a éclaté il y a maintenant 35 ans, des dirigeants-actionnaires ont des comptes à rendre devant justice. En France, Joseph Cuvelier héritier du « cartel de l'amiante » représenté par la firme Eternit est mis en examen. Mais c'est en Italie que s'ouvre aujourd'hui le procès pénal de deux de ses compères suisse et belge.

Turin, le 10 décembre. Des milliers de drapeaux aux couleurs de l'Italie sur lesquels on peut lire « Eternit : Giustizia ! » saluent l'ouverture du procès du milliardaire suisse Stéphan Schmidheiny et du baron belge Cartier de Marchienne. Ces derniers ont en effet exercé la direction de plusieurs usines Eternit en Italie de 1952 à 2008. Les peines qu'ils encourent pour désastre sanitaire sont de l'ordre de 10 ans de prison et jusqu'à 1 million d'euros d' amende et de réparation par victime principale.

Des victimes venues en nombre

Devant le Palais de justice les prises de paroles des victimes d'Eternit se succèdent. Elles sont venues en nombre de toute l'Italie mais aussi de France où les Comité amiante prévenir et réparer, initiés par les Mutuelles de France, ont affrété plusieurs cars. Une forte délégation de l'Association nationale des victimes de l'amiante, l'Andeva, leurs équivalents belge avec l'Abeva, Suisse avec Caova, ont décidé de faire le voyage ainsi que Ban Asbestos qui lutte pour l'interdiction de l'amiante dans le monde. Une mesure dont on est loin : la production ne cessant d'augmenter.

C'est donc une manifestation très européenne qui salue l'ouverture de ce procès qui devrait après cette première audience préliminaire, débuter le 15 janvier et durera un an et demi selon le pool d'avocats des victimes. Ils défendront 1900 familles des villes de Casale Monferrato, Cavagnolo, Rubiera et Bagnoli, soit quelques 4000 parties civiles, des rescapés de l'amiante ou leurs ayant droits. La municipalité de Casale, la province d'Alexandrie et la Région du Piémont sont également au nombre des plaignants. En effet les dégâts environnementaux sont énormes, et les sommes consacrée à l'élimination de l'amiante de atteignent les 35,5 millions d'euros.

Et en France ?

Nul n'y voit une coincidence : quinze jours avant le procès de Turin, en France, après 6 années d'enquête le juge d'instruction Marie Odile Bertella Geffroy a mis en examen Joseph Cuvelier 73 ans, petit fils du fondateur et patron d'Eternit France. Pour sa défense il a déclaré être désolé, mais n'avoir appris que fort tard et de manière parcellaire la toxicité de l'amiante. Or, selon des documents aujourd'hui en possession du juge, il déclarait en 1994, « Il ne s'agit pas de préserver le marché, mais de préserver l'avenir industriel de tous. Il s'agit de se battre, se battre sans concession ».

Un combat qui a retardé en France l'interdiction de l'amiante jusqu'en 1997, alors que sa toxicité reconnue depuis longtemps était largement prouvée notamment dès 1964, aux Etats-Unis par Irvin Selikoff. Un combat retardé qui cause chaque année quelques 3000 morts.

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