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Solidarité

Interview de Tim Greacen, chercheur à l'hôpital Maison Blanche

Responsable des recherches de l'hôpital Maison Blanche dans le cadre du dispositif "Un chez soi d'abord", Tim Greacen défend l'alternative à un système "en escalier" inefficace. Il en profite pour dénoncer la "peur des troubles psychiques".

Les troubles psychiques sont-ils un frein à l’accès au logement ?

Nous sommes face à un système social qui traditionnellement, essaie de “réhabiliter” les sans abri (atteints de troubles mentaux ou non) avant de pouvoir les loger. Pendant ce temps, on les loge dans des hébergements temporaires, et ils y passent le plus clair de leur vie... Avec “Un chez soi d’abord”, l’idée est inverse : avant de commencer à “réhabiliter”, nous proposons au patient un logement. Les soins coûtent une fortune, avoir d’abord un logement est fondamental. Les problèmes psychiques sont stigmatisés dans notre société. Les personnes souffrant de troubles bipolaires ou de schyzophrénie sont soupçonnés d’être dangereux, alors que les personnes dangereuses sont rarement psychotiques. On les voit comme des fous internés en hôpital psychiatrique, alors que dans la majorité des cas, cela ne se voit pas et se gère au quotidien. Les personnes psychotiques ne doivent surtout pas dire qu’elles ont un problème pour accéder à un logement social. C’est une spirale de désinsertion. Les maladies psychiques sont un portail vers l'exclusion. Les malades ont du mal à conserver leur travail, leur logement, leur vie sociale. Leur famille s’éloigne. Être dans la rue, ne pas pouvoir dormir, être constamment sur le qui-vive empire les choses.

Quels sont les avantages d’Un chez soi d’abord ?

A l’hôpital Maison Blanche, nous comparons les cent personnes relogées et les cent autres bénéficiant du système classique de suivi “pas-à-pas”. On se rend compte qu’Un chez soi d’abord coûte moins cher que le système classique des centres d’hébergement, que cela signifie aussi moins d’hospitalisations. En plus d’être moins coûteux pour la société, cela permet aux malades relogés de se soigner plus facilement. Ceux déjà logés vont mieux dans leur tête et sont moins hospitalisés en psychiatrie. C’est une double économie : financière et éthique. Les bénéficiaires retrouvent une dignité, une vie privée. Ils sont plus présentables et fiers de l’être. Ils gagnent en confiance en soi, se rétablissent et créent des projets. Ils reprennent aussi contact avec les équipes de soin, sont plus disposés à en recevoir. Il est temps d’intégrer ces personnes dans la société, comme des citoyens à part entière. Il faut savoir qu’une personne sur dix en France souffre d’un problème psychiatrique à un moment de sa vie. Et que nous aurons tous, au moins une fois dans notre vie, un voisin atteint de troubles psychiques.

 

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