Grenelle des antennes : tout le monde n'est pas sur la même longueur d'ondes

Grenelle des antennes : tout le monde n'est pas sur la même longueur d'ondes

La ministre de la Santé a lancé ce matin le Grenelle de la téléphonie mobile.
Trois réunions auront lieu les 6, 14 et 15 mai sur les risques des ondes des téléphones portables et des antennes-relais sur la santé. Elles devraient aboutir à des propositions qui seront présentées le 25 mai. « Mais s'il faut plus de temps, nous le prendrons », a affirmé à la conférence de presse Roselyne Bachelot. On peut s'en réjouir. Mais du temps pour quoi ? « Nos études officielles disent qu'il n'y a pas de problèmes, d'autres montrent qu'il y a un doute. On va se mettre d'accord pour dire ce qui est fiable ou pas », souligne Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'Ecologie. On voudrait noyer le poisson qu'on ne s'y prendrait pas autrement. De fait, des études scientifiques sérieuses existent déjà.

Les ondes cassent notre ADN

Ainsi, le programme Reflex mené par 12 équipes européennes de recherche de 2000 à 2004 a montré que les ondes électromagnétiques émises par les portables  « sont à même de produire, en dessous des limites de sécurité actuellement en vigueur, des ruptures d'Adn et d'augmenter le nombre d'aberrations chromosomiques ». Le 23 mars dernier, lors d'un colloque au Sénat, le Pr Franz Adlkofer, coordinateur du programme, expliquait : « Plus les personnes sont jeunes, plus la fréquence des cassures augmente. Les ruptures d'Adn et les aberrations chromosomiques augmentent après 8 heures d'exposition. Ces lésions peuvent induire un risque de cancer ».

... Et fragilisent nos cellules

Un autre travail fait référence, le rapport Bioinitiative publié en 2007. Il rassemble les données internationales de plus de 1 500 travaux scientifiques et a été validé par l'Agence Européenne de l'Environnement. Il indique lui aussi que les ondes agissent sur nos cellules en modifiant la perméabilité de la barrière hémato-encéphalique (une membrane qui sépare les vaisseaux sanguins des neurones). Le rayonnement diminuerait également la production de mélatonine, l'hormone du sommeil. Le rapport va encore plus loin en se demandant si l'augmentation de certaines pathologies comme les tumeurs cérébrales, le cancer du sein, les leucémies de l'enfant ou la maladies d'Alzheimer... ne serait pas liée à une exposition prolongée aux champs électromagnétiques.

Plus de tumeurs au-delà de 10 ans d'utilisation

Enfin, les premiers résultats de l'étude Interphone, menée depuis 2000 dans 12 pays sous l'égide du Centre International de Recherche sur le Cancer (Circ) et dont les conclusions définitives sont attendus depuis un an, ne sont pas très rassurants. Ils évoquent une augmentation significative du risque de tumeurs (gliome, méningiome, neurinome du nerf acoustique, tumeurs -parfois cancéreuses- de la glande parodite), au-delà de 10 ans d'utilisation du téléphone portable. Un lien est également observé entre le côté d'utilisation du mobile et l'apparition de la tumeur.

Aucun scientifique invité

Autre raison de s'interroger sur le Grenelle de la téléphonie Mobile lancé par le gouvernement : les seuls scientifiques invités à la table ronde du 23 avril sont deux sociologues et un juriste. Etonnant quand il s'agit de débattre sur un problème de santé !

« L'absence de scientifiques du domaine laisse à penser que la controverse relative à l'implantation des antennes-relais ne serait en définitive qu'un problème de droit et de sociologie. On peut s'étonner de ce parti pris particulièrement réducteur et exlusif », soulignent dans un communiqué les associations Priartem et Agir pour l'environnement. Même réaction de l'association Robin des Toits dans une lettre ouverte à la ministre de la Santé : « Nous déplorons que les médecins traitants des victimes ne soient pas au nombre des personnes que vous consultez ».

Depuis presque un an, en effet, un réseau s'est crée pour recueillir les témoignages de personnes qui pourraient être victimes du syndrome d'ElectroHypersensibilité, et une étude clinique pilotée par le Pr Belpomme, cancérologue et président de l'Artac (association pour la recherche thérapeutique anticancéreuse) a démarré.

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