Fibromyalgie : trois questions à...

Dr Gérard Mick, neurologue au centre d'évaluation et de prise en charge de la douleur de l'hôpital neurologique de Lyon.

Comment peut-on prendre en charge la fibromyalgie ?

Le diagnostic posé, il est important d'informer le patient. D'abord pour le rassurer - vous n'avez pas une maladie grave -, ensuite pour lui dire qu'on reconnaît ses plaintes, qu'on sait son handicap et l'importante altération de la qualité de sa vie, enfin pour expliquer qu'on fera tout pour l'aider, même s'il n'y a pas de traitement miracle. C'est par un travail personnel, associé à un soutien médical, qu'il obtiendra des résultats.

Un travail personnel ?

La majorité des malades sont dans un état d'hypervigilance où le corps est « réglé de travers » et leur système est en quelque sorte en éveil permanent. Leur hypersensibilité vient de cette hypervigilance dont ils n'ont pas forcément conscience et sur laquelle il faut travailler. Il n'y a pas une, mais des centaines de façons d'être fibromyalgique. On ne peut pas proposer la même chose à tout le monde. Un travail psychique à certains et pas à d'autres, de la relaxation, des traitements médicamenteux... Il y a des modalités de reconstruction différentes. Prenons l'exemple d'un homme de cinquante-cinq ans, souffrant d'arthrose et qui a fait toute sa vie un travail harassant. Il a une lombalgie chronique, puis devient fibromyalgique. Son stress psychique initial est augmenté par les douleurs arthrosiques. Quand l'hypersensibilité qui s'ensuit est alimentée par des situations douloureuses dans un contexte de stress interne, on ne s'en sort plus. La solution peut passer par une rééducation à l'effort, comme celle que suivent les sportifs après une blessure. Il s'agit d'aller plus loin dans le mouvement, en l'assouplissant, malgré la douleur, et de maîtriser cette situation, car il faut conserver une activité physique.

Voyez-vous de plus en plus de personnes fibromyalgiques dans vos consultations ?

Il y en a beaucoup. Devenir fibromyalgique, c'est avant tout entrer dans un mauvais équilibre global. Cela peut arriver à n'importe qui, si le vécu et le terrain personnel le favorisent. Le problème est que la société occidentale actuelle, faite de contraintes et de contention, augmente le nombre de personnes anxieuses et donc, potentiellement, de patients fibromyalgiques. Il ne s'agit pas d'un trouble psychiatrique avéré, mais d'une forme d'expression moderne de la souffrance de l'être.

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