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Handicap

Faut-il autoriser l'assistance sexuelle ?

Pour répondre aux besoins sexuels des personnes handicapées, certains réclament la création d'un métier d' « assistant sexuel ». Pour d'autres, il ne s'agirait ni plus ni moins que de prostitution.

Les termes handicap et sexualité ne surgissent pas spontanément dans une même phrase. Un sondage paru en 2006 [1] montrait d’ailleurs que 61% des Français pensaient que les personnes handicapées n’avaient pas de sexualité. Vu les difficultés que rencontrent ces dernières en matière d’accessibilité et d’emploi, pourquoi s’attaquer à un sujet si « dérisoire », sont tentés de se demander certains.

Pourtant, la question commence petit à petit à faire débat. L’association Ch(s)ose [2] et le magazine Faire face ont même lancé en septembre2011 un appel en faveur de l’assistance sexuelle. Il s’agirait de former des volontaires à caresser, masturber, avoir des rapports avec une personne handicapée, ou à aider deux personnes handicapées à avoir des rapports entre elles, et donc de créer un véritable métier d’assistant sexuel.

La grande majorité des personnes handicapées peuvent avoir une vie sexuelle, même si elle est difficile. C’est pour les autres que Ch(s)ose se mobilise. Pour celles que leur handicap empêche même de se masturber. « Nous nous battons contre une double peine : être prisonnier de son propre corps et être condamné à vivre dans une abstinence subie. On n’exclut pas la dimension affective, mais ce n’est pas parce que vous pouvez rencontrer des gens que votre problème va être réglé, avance Pascale Ribes, présidente de Ch(s)ose. La sexualité est une dimension fondamentale de l’homme, nécessaire à son épanouissement. » L’association espère notamment mettre fin à des pratiques connues de tous : face à la détresse de certaines personnes lourdement handicapées, des soignants en viennent à les masturber. Quand ce n’est pas la maman qui s’en charge.

Ce débat est victime d’un double tabou : celui de la sexualité et celui du handicap. « Dans de trop nombreux établissements pour personnes handicapées, un règlement intérieur interdit les relations sexuelles », regrette François Crochon, chef de mission au Centre ressources handicaps et sexualités (voir encadré ci-dessous). Et quand le thème est abordé, il l’est souvent de façon négative. « On parle des risques, du sida, des bébés… C’est certes à prendre en compte, mais il faut d’abord parler de la rencontre, du lien social », s’agace Thierry Willocq, directeur de l’Ensoleillade, un foyer pour personnes handicapées mentales à Pau.

La sexualité est une dimension fondamentale de l’être humain.

Le débat est d’autant plus délicat que la question de l’assistance sexuelle renvoie à celle de la prostitution. Ce type de service existe en Suisse, aux Pays-Bas, au Danemark, en Allemagne, pays où la prostitution est légale. En France, Ch(s)ose milite pour un assouplissement de la loi sur le proxénétisme, afin que les personnes ou les institutions qui mettraient en relation une personne handicapée et un assistant sexuel ne soient pas condamnables.

Ces idées font bondir les associations qui s’opposent à la prostitution. « En faire un métier est absolument inacceptable, tacle Claudine Legardinier, membre du collectif féministe Handicap, sexualité, dignité. Peut-être que des personnes se lanceront là-dedans par militantisme, mais ça ne durera pas. On sait sur qui retombera un métier de cette nature : sur une immense majorité de femmes, les plus précaires. On ficherait en l’air quarante ans de combat des femmes pour le droit de ne plus être corvéable sexuellement dans le cadre de l’emploi. » Jennifer Sorlin, trente-deux ans et en fauteuil roulant, n’y est pas non plus favorable : « Des gens pourraient profiter de la faiblesse des personnes handicapées… » Les partisans de l’assistance sexuelle défendent un droit à la sexualité. Les autres parlent d’une liberté. « S’il existe un droit à la sexualité, ça veut dire un devoir sexuel pour d’autres, attaque Claudine Legardinier. D’autant que si un tel droit existait il devrait être universel. Ou alors il est évident qu’au nom de la discrimination d’autres catégories vont dire “et nous ?” »

Pour parer à ce genre de critiques, Ch(s)ose se veut très restrictive : seules pourraient prétendre à l’assistance sexuelle les personnes que leur handicap empêche de se masturber et qui n’ont d’autre choix que de compter sur l’aide d’un tiers. Quant aux assistants sexuels, leur recrutement et leur formation seraient très encadrés, leurs pratiques supervisées et peu fréquentes (on exigerait d’eux qu’ils aient un travail par ailleurs). Rien à voir, donc, avec de la prostitution, insiste-t-on à Ch(s)ose. Le fait que la relation soit tarifée devrait empêcher tout attachement émotionnel. « Cette avalanche de précautions est la preuve qu’on n’est pas en train de créer quelque chose de normal, mais bien quelque chose de dangereux ! rétorque Claudine Legardinier. Et l’argent est d’une froideur énorme, il rappelle qu’il n’y a pas de relation possible, c’est très violent. »

Face aux demandes a minima de l’association Ch(s)ose, des voix moins politiquement correctes se font entendre. Ainsi celle de Marcel Nuss, pourtant cofondateur de l’association, qu’il a depuis quittée. Dans son livre Je veux faire l’amour (éd. Autrement, 12euros), cet homme lourdement handicapé, fervent défenseur de l’assistance sexuelle et des droits des prostituées, est très clair : l’assistance sexuelle, « c’est de la prostitution, certes très spécialisée, mais de la prostitution tout de même ». Et d’ajouter : « J’espère qu’à terme [elle] pourra bénéficier à toute personne souffrant de misère affective et sexuelle, qu’elle ait un handicap ou non. » En Suisse, par exemple, elle est ouverte à tous les types de handicap et devrait, à l’avenir, être principalement pratiquée par des prostituées (voir interview ci-contre). En France, vu la volonté de la ministre des Droits des femmes de faire purement et simplement disparaître la prostitution, il y a fort à parier que les personnes handicapées ne devront pas se voir attribuer une dérogation.

P.-S.

Centre ressources handicaps et sexualités (Cerhes)

En septembre2012 le Cerhes a ouvert à Lyon. Son objectif : promouvoir la santé sexuelle des personnes en situation de handicap. Il propose des formations à la vie affective et sexuelle pour les personnes handicapées comme pour leurs proches et les professionnels, dispose d’un espace de recherche, recense et diffuse les bonnes pratiques… Il entend faciliter la vie affective et sexuelle, et non l’entraver sous prétexte qu’il existe des risques, comme c’est souvent le cas dans les institutions.
Site Internet : www.cerhes.orginterview

Notes :

[1] Sondage Ifop réalisé par téléphone pour l’Association des paralysés de France, auprès de 804 personnes représentatives de la population française âgées de 15 ans et plus.

[2] Site Internet : www.chs-ose.org

 

 

« C’est un service, au même titre que d’autres »

Catherine Agthe-Diserens, présidente de l’association suisse romande Sexualité et handicaps pluriels (Sehp), qui organise des formations pour assistants sexuels.

Pour quelle raison avez-vous élaboré une formation à l’assistance sexuelle ?
On s’est dit qu’il fallait combler un manque. Longtemps, la personne handicapée a été réduite à son handicap, puis on a commencé à réaliser qu’elle pouvait avoir des désirs amoureux, sexuels. Je suis vraiment contente que l’assistance sexuelle existe. Ça n’a rien d’extraordinaire pour nous, c’est un service certes très spécifique, mais qui existe en Suisse au même titre que d’autres. Et ce n’est pas la solution miracle, le plus gros du travail est de donner aux personnes handicapées l’occasion de sortir, de faire des rencontres, afin de trouver un partenaire de vie.

Quel est le profil des assistants sexuels ?
Nous les avons choisis en fonction de leurs compétences, de leur caractère et de leur personnalité. Ils devaient déjà avoir côtoyé des personnes handicapées, prodigué des massages et avoir une grande qualité d’écoute et d’empathie. Il y a une infirmière, un musicien, un graphiste, deux femmes prostituées…

Cela ne vous pose pas problème d’associer des prostituées à ce service ?
Pas du tout. A l’avenir, nous allons d’ailleurs surtout former des masseuses érotiques et des femmes prostituées, parce que ce sont les meilleures.

L’assistance sexuelle est-elle bénéfique pour les personnes handicapées ?
Ça augmente leur estime d’elles-mêmes, ça leur donne du mieux-être – parfois même du bien-être –, leur vie reprend du sens. Certains hommes ont redécouvert la fonctionnalité de leur sexe.

Et si la personne handicapée tombe amoureuse de son assistant ? 
Mais on peut être amoureux de son psychiatre ! Une femme a commencé à s’attacher et a demandé à arrêter. Les hommes s’attachent moins. On est vigilants : pour les personnes handicapées mentales, par exemple, on voit si ça va être un plus ou, au contraire, les mettre en dépendance affective.

Vos commentaires

Si les personnes handicapées souhaitent avoir des aides sexuelles: je pense qu'il serait utile de former des gens spécialisés en la matière et cette action pourrait faire en sorte de créer des emplois spécialisés et sous contrôle des autorités publiques. Dans ce cas là, je crois que cela pourrait être porté en débat politique et arriver a promouvoir des emplois très spécifiques auprès de personnes handicapées. A mon avis, cela nécessite des vrais formations et avec des règles très strictes contrôlées par des organismes médicaux.

Si les personnes handicapées souhaitent avoir des aides sexuelles: je pense qu'il serait utile de former des gens spécialisés en la matière et cette action pourrait faire en sorte de créer des emplois spécialisés et sous contrôle des autorités publiques. Dans ce cas là, je crois que cela pourrait être porté en débat politique et arriver a promouvoir des emplois très spécifiques auprès de personnes handicapées. A mon avis, cela nécessite des vrais formations et avec des règles très strictes contrôlées par des organismes médicaux.

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